L'Œil de Saphir et autres contes

Des mondes à conquérir, ou à reconquérir

Month: mai 2015

Une brève histoire de l’Œil (2)

Empires et démons

Nous entrons donc dans l’histoire écrite de l’Œil de Saphir.

Écrite, et pourtant, il est bien difficile, dans les premiers âges, de distinguer entre légende et réalité.

C’est en ces temps déjà immémoriaux qu’Andamius, une des plus belles villes de la planète, est fondée et que s’érige lentement le Premier Empire nibdéen (d’Anibda, le continent de l’Ouest).

Le Premier Empereur, légendaire, aurait eu pour nom Andamérius, et il aurait été le général en chef de toutes les forces “impies” qui avaient fini par triompher des Thâ. Que ce personnage ait ou non existé, la dynastie régnante du Premier Empire est dite “andaméride”. C’est sous la dynastie andaméride que l’empire devient à proprement parler “nibdéen”, soumettant à sa loi toutes les populations du continent.

Dans le même temps, à l’est, l’autre continent, Imtaol, assiste à l’avènement d’une autre grande puissance, l’empire avanjide, fondé par les hiérarques de la cité de Dîr. Rapidement, les Avanjides prennent le contrôle de tout le nord-ouest du continent, seulement bloqués dans leur expansion par les Monts Orroks au sud et les Monts Tarna à l’est.

Loin de s’affronter, les deux grands empires de cette époque antique s’entendent pour partager l’Œil de Saphir en deux zones d’influence. Le premier traité de l’histoire de l’Œil remonte à ces temps à la lisière entre légende et réalité, et aurait été signé entre Tomerius II pour l’empire nibdéen et Sûr-Margâ pour l’empire avanjide. Un fragment en est d’ailleurs conservé dans les archives de la bibliothèque impériale d’Andamius.

Vers 2000 av. J.-C. [datation terrienne], les deux empires sont à leur apogée. C’est alors que se situe un événement qui prouve que mythes et histoire restent indémêlables sur l’Œil. Selon les diverses traditions populaires des deux continents, quatre créatures font brutalement leur apparition en divers points de la planète. Trois dieux et un démon qui, dès lors, vont imprimer leur marque à l’histoire du monde. Il s’agit de Rakar-Than, le Dieu-momie, qui surgit au cœur des Montagnes d’Anibda, où il s’installe dans le Sanctuaire de l’Effroi, un ancien champs de ruines thâ. Shaggotha, le Dieu-aveugle-et-sourd, force brute qui se répand dans les sous-sols des deux continents et dont l’influence néfaste se fait aussitôt sentir parmi les populations, en particulier chez les orques, les gobelins et les ogres, qui se mettent à déferler sur les États humains. Et Yil’tha, l’Ailé, qui prend possession d’une île au sud-est d’Anibda, d’où il peut contrôler les mers. Quant au démon, il a pour nom Gork, et il apparaît dans les terres du nord d’Anibda.

Que ce soit sous l’influence de ces êtres mythiques, ou pour d’autres raisons, la situation devient instable dans les deux grands empires qui se partageaient le monde. En -1250, un coup d’État fomenté par plusieurs généraux impériaux entraîne l’extermination de toute la famille impériale. Avec l’avènement de la deuxième dynastie, dite “mazéride” [du nom de la famille Mazeri, qui existe toujours et compte parmi les sept grandes familles de l'empire actuel. De réputation douteuse, elle préfère aujourd'hui se contenter de tirer les ficelles dans l'ombre plutôt que de tenter un retour officiel sur le devant de la scène], démarre la période du Deuxième Empire.

Sur Imtaol, les Avanjides sont renversés et chassés par leurs vassaux les Tarán og Taziran. L’empire avanjide se morcelle en une multitude de potentats qui entrent en concurrence.

Le Deuxième Empire nibdéen ne se porte guère mieux et, vers -1000, il ne contrôle plus que la moitié occidentale du territoire. Le nord est désormais occupé par un royaume indépendant, et l’est par une confédération relativement lâche de cités-États.

Dans les siècles qui suivent, la stabilité qu’avait connue l’Œil n’est plus qu’un lointain souvenir. Sur Anibda, les trois Dieux et Gork, qui a rassemblé une armée d’orques et d’hommes-lézards, déclenchent des guerres de conquête. Sur Imtaol, le royaume de Spanthâ Mandu, gouverné par une secte, les Grands-Teugs, qui se disent les héritiers des Thâ, franchit les Monts Tarna et asservit quiconque tente de lui résister.

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Man’Thâ, concubine de S’rakkil, vers 1000 av. J.C. © Fonds royal d’Olhim

Vers -500, sans que l’on sache exactement pourquoi, Gork interrompt ses opérations militaires contre l’empire nibdéen, désormais réduit au quart sud-ouest du continent. À la tête de ses forces, il débarque sur Imtaol et, en une campagne fulgurante, détruit le royaume de Spanthâ Mandu et les Grands-Teugs.

Sur Anibda, les guerres incessantes finissent par avoir raison du royaume du Nord et de la Confédération de l’Est. Vers l’an 200 de notre ère, la Confédération se disloque, laissant la place aux Onze Cités, association fragile de cités-États. Quant au royaume du Nord, il se divise en trois potentats qui existent encore de nos jours : Oktin, Asraw et Idriss.

Vers l’an 600, la situation géopolitique de l’Œil est la suivante. Sur Anibda, le Deuxième Empire de la dynastie mazéride vit replié sur le sud-ouest, dans la crainte permanente d’une reprise de la guerre contre Gork, qui tient toutes les terres dites du Grand-Lac. Mais en dehors de ces tensions, et malgré la menace perpétuelle d’attaques menées par les forces de Rakar-Than et Yil’tha, le continent connaît une période de prospérité relative grâce aux échanges commerciaux entres les Trois Royaumes au nord, les Onze Cités à l’est, et l’empire mazéride.

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Sur cette vieille carte de l’ouest d’Anibda, on distingue les Onze Cités, en rouge, et l’île de Tsher-Tokhod, au sud, occupée par Yil’tha, l’Ailé. © Bibliothèque des Édiles, Busan

Sur Imtaol, les Tarán og Taziran ont fondé leur propre empire, le Sultanat taránog, qui contrôle toute la moitié septentrionale du continent. Cet immense État, bien que toujours tenté par des aventures militaires, reste le garant d’une certaine stabilité, même s’il se heurte, au sud, à de nouvelles puissances régionales, comme les principautés de Stradom et Olhim, et le royaume acène.

Mais Stradom et Olhim, justement, se fédèreront, en 759, pour constituer un nouveau contre-pouvoir face à l’empire taránog. Bientôt, la guerre éclatera entre les deux grandes puissances d’Imatol. Elle durera près de neuf siècles, et bouleversera à jamais la physionomie de l’Œil de Saphir.

 

À suivre :

Une brève histoire de l’Œil (3)

De l’hégémonie podolienne aux premiers Terriens

Une brève histoire de l’Œil (1)

Le temps des Dieux

 

Quand notre campagne, intitulée “Reconquête”, débutera, nous serons en l’année fictive 2040, dans une chronologie parallèle à la nôtre.

Mais tant pour les vétérans du monde de l’Œil que pour les nouveaux (bien)venus, un rappel historique, je pense, s’impose.

Car l’histoire des civilisations humaines et autres qui se sont succédé, et souvent bousculées, sur cette lune remonte à bien plus loin que leurs équivalents terrestres.

Tout commence il y a cent mille ans. C’est à cette époque préhistorique que les Odrrons, peuple vivant alors sur Kéron, auraient vu “s’ouvrir l’Œil de Saphir”. Mais les Odrrons (sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir) sont les seuls à entretenir ce mythe.

Pour la plupart des peuples de l’Œil, leur monde a toujours existé, tout comme l’immense planète autour de laquelle il tourne. La tradition populaire fait généralement remonter l’avènement des civilisations que nous connaissons actuellement sur l’Œil de Saphir à l’an 5000 avant notre ère. À en croire les archives du plus ancien État de notre lune, l’empire du Sud-Nibda, c’est à peu près à cette date que se situe la fondation du Premier Empire.

Pour savoir ce qui a pu se passer, on ne peut s’appuyer que sur les mythes, les légendes et les religions des divers peuples de ce monde.

Selon les multiples croyances, l’univers aurait été créé par Moz, en lutte éternelle contre son antithèse, NSO. Un des fils de Moz, Shaddaï, aurait donné naissance à une race d’être si puissants qu’ils maniaient la pierre comme l’homme le fait des métaux, et qu’ils maîtrisaient toutes les énergies, en faisant armes et vaisseaux. Les Shaddaïtes, plus connus sous le nom de “Dieux-serpents”, se lancèrent à la conquête des étoiles depuis leur monde d’origine, dont nul ne sait où il se trouvait. Cette race conquérante était crainte de tous, et il est dit que même NSO les redoutait.

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Tentative de reconstitution d’une Shaddaïte, d’après les témoignages, balbutiants et incohérents, de voyageurs qui prétendent l’avoir croisée dans les montagnes du centre d’Anibda. Ce qui est évidemment impossible, tout le monde sait que les Dieux-serpents ont disparu. Si même ils ont jamais existé… © Archives impériales, Andamius-la-Souterraine.

Ils régnèrent sur l’univers pendant des millénaires, colonisant des milliers de mondes, y compris Kéron, Mars, et même la Terre. Mais en secret, NSO préparait sa riposte. Et c’est ainsi, rapporte-t-on, que le Seigneur du Chaos finit par maudire les Dieux-serpents. Dès lors, ces féroces créatures n’eurent pire adversaire qu’elles-mêmes. À l’apogée de leur domination, leur plus puissant souverain, resté dans les légendes sous le nom d’Empereur Fou, entama la lente mais méthodique destruction de ses propres sujets. Jusqu’à ce que l’ultime survivante de ce peuple mythique, une jeune guerrière, soit blessée et disparaisse ici, sur nos rives.

C’était, assurent les chroniqueurs odrrons, il y a plus de quinze mille ans.

En disparaissant, les Dieux-serpents auraient laissé un monde désemparé. En particulier sur l’Œil de Saphir qui, au fil du temps, était devenu leur capitale, ou leur centre de commandement pour leurs grandes expéditions à la conquête de l’univers.

Là, les peuples se divisaient en trois catégories : les Intendants (ou Rûn), des humains formés par les dieux à gérer leurs immenses propriétés et leurs troupeaux ; les Serviteurs (ou Thâ), des humains qui tenaient les maisonnées des dieux ; et les Esclaves, autrement dit, toutes les autres races (humains, nains, gnomes, gobelins, orques, ogres et centaures, pour ne citer que les plus connus).

Les Rûn et les Thâ ne purent se résoudre à la disparition de leurs maîtres. Se considérant comme les héritiers légitimes des dieux, ils entreprirent d’une part d’en préserver le domaine et d’autre part de tout faire pour qu’ils reviennent. En sacrifiant les Esclaves par dizaines de milliers sur leurs autels. Mais les dieux ne revinrent jamais.

Une guerre éclata entre Rûn et Thâ, et ce furent ces derniers qui l’emportèrent, chassant leurs frères ennemis de la surface du monde. Bien des légendes racontent que les Rûn se seraient réfugiés dans les entrailles de l’Œil où, abâtardis et pervertis, ils ourdiraient encore de nos jours de sinistres complots contre l’humanité.

Le règne des Thâ fut sans pitié, à tel point que toutes les races qu’ils avaient asservies finirent un jour par se révolter. Et les Thâ, à leur tour, disparurent, engloutis par les horreurs qu’ils avaient provoquées, balayés par une immense révolution planétaire.

Quand le dernier des Thâ eut été anéanti, les vainqueurs et nouveaux maîtres de l’Œil, hommes, nains, gnomes, gobelins, orques, ogres et centaures, se partagèrent le monde. Des royaumes se firent et se défirent, et c’est là que commence l’histoire officielle de notre monde, il y a près de sept mille ans.

 

Vous en saurez plus dans le prochain chapitre :

Une brève histoire de l’Œil (2)

Empires et démons

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