L'Œil de Saphir et autres contes

Des mondes à conquérir, ou à reconquérir

Month: novembre 2015

Le voyage du lieutenant Jouk

Ci-dessous, le prologue d’un autre récit de voyage, imaginaire, celui-là. Et pourtant, comme vous allez le voir, tout est lié.

Le projet n’ayant, une fois de plus, pas intéressé les éditeurs, et ayant pris assez la poussière, je me décide à le sortir de sa malle et à vous le proposer à la lecture ici.

Bon voyage, donc…

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LE VOYAGE DU LIEUTENANT JOUK

OU

RÉCIT D’UN APAISANT PÉRIPLE EN AMÉRIQUE RUSSE

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Prologue

 

Une balle entre les tombes

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Est-il convenable de mourir dans un cimetière ?

La réponse peut paraître évidente, car se trouve-t-il en effet de meilleur endroit où rendre son dernier soupir, à part peut-être, dans une église. Toutefois, la question méritait d’être posée, surtout pour ces quelques milliers d’hommes qui, pour le compte de généraux obscurs et de maréchaux qui présidaient à leurs destinées du haut de collines confortablement sises une poignée de lieues en arrière, se fusillaient allègrement entre les tombes du Père-Lachaise.

Ce jour-là, en ce pluvieux mois de mars de l’année mille huit cent quatorze, un empereur avait décrété que l’heure était venue de faire la peau à un autre, de préférence dans les faubourgs de la capitale de ce dernier, afin de mettre un terme à près de vingt-cinq ans de guerre.

Aussi des hommes en bleu et blanc avaient-ils attendu dès le matin, fusils pointés baïonnette au canon, que d’autres, en vert et blanc ceux-là, se décidassent à avancer.

Depuis l’aube, c’était chose faite, et l’on s’entretuait avec ferveur entre bustes de marbre et cénotaphes de pierre moussue. Le crépitement de la mousqueterie roulait d’une pente ombragée à l’autre. L’on se pourchassait vigoureusement entre de dignes caveaux de familles, se perçait le flanc à la commissure des lèvres avides de fosses communes boueuses, se sabrait au détour d’angelots qui souriaient de tant d’ardeur mise à rejoindre au plus vite le Créateur.

L’Histoire garda de l’affaire le souvenir d’une sinistre petite bataille, et ce fut à peu près tout. Il ne se trouva pas de chroniqueur de renom pour brosser le tableau vibrant de cette épopée guerrière, il n’y eut point de chant pour immortaliser les guerriers tombés au champ d’honneur, tués parmi les morts. Très vite, nul ne se soucia plus de ces soldats qui, pour certains, avaient traversé toute l’Europe à pied pour venir rendre l’âme à l’ombre de tombes anonymes déjà défigurées par les ans avant que leurs balles n’achèvent de les enlaidir.

Ce matin-là, dans les vallons et au pied des arbres du cimetière du Père-Lachaise, ils furent, dit-on, près de trois mille à perdre la vie, ultime et inutile sacrifice, qui n’eut d’autre effet que de permettre à Paris d’ouvrir ses portes à l’ennemi avec le sentiment du devoir accompli, tandis que l’Usurpateur abdiquait et que ses vainqueurs se disposaient bientôt à bivouaquer dans ses palais.

Aujourd’hui, pas un monument, fût-ce une modeste plaque, n’est là pour nous rappeler que si ce sont les grands qui mènent les guerres, ce sont toujours les petits qui livrent les combats, et qu’il est bien rare qu’ils sachent pourquoi ils se battent, ou quel est le nom du lieu où beaucoup vont perdre ce qu’ils ont de plus précieux : la vie.

Il suffit de quelques années pour que soit effacé jusqu’à l’écho des coups de feu et des hurlements de douleur et de rage. Puis la paix revient, et avec elle, bien vite, l’envie d’en découdre à nouveau, pour des souverains et des chefs d’État qui ne manquent jamais de raisons de se sauter mutuellement à la gorge. Il en va ainsi depuis des générations. Depuis des millénaires, l’homme égorge son prochain, dans les déserts et sur les mers, dans les forêts et les steppes, dans les villes et les temples. Et quand il en vient à tuer dans les cimetières, la boucle enfin se boucle, pour mieux recommencer…

 

Vous lirez bientôt le premier chapitre des aventures du lieutenant Jouk :

PRÉSENTATIONS – VODIANNOIÉ – LES VOIX DE LA SAULAIE

Terre promise (2)

D’une auberge à l’autre

Le hasard joue un grand rôle dans sa relation au pays. Sauf que le hasard, ça se provoque. Et qu’en fin de compte, quand on se retourne, vingt ou trente ans plus tard, on se dit qu’il n’y a jamais eu de hasard, que tout semble avoir été écrit, prédestiné.

Certains n’aiment pas ça. Lui, ça le motive.

19 novembre 2015 — Bucarest-Otopeni 20 H 30

Ça y est. J’y suis. Après des contrôles passés sans dommages, un accueil aussi poli que possible quand on a pour métier de porter l’uniforme et de filtrer jour après jour des milliers d’inconnus qui vont et viennent d’un monde à l’autre.

Ensuite, les grands halls de l’aéroport, où tout est écrit en roumain. Les membres du personnel, qui discutent comme si de rien n’était, qui ne savent pas que je suis là, pourquoi le sauraient-il ? Pour eux, ce n’est rien, un étranger de passage de plus. Ils ne peuvent pas se douter que le simple fait de les entendre me comble de joie. Et mon sourire s’élargit encore. À ce rythme-là — et je ne suis même pas encore vraiment arrivé —, ce cher sourire va faire tout le tour de mon crâne, dont la partie supérieure va finir par se détacher, et tomber. Ou s’envoler. Béate.

Me voilà dehors. Aussitôt, je sens que mes yeux passent dans un mode différent de celui qui est le leur au quotidien, même si je suis de toute façon d’un naturel assez observateur. Là, ils se muent en ogres et dévorent tout ce qui les entoure. Je n’en rate pas une miette. La forme des poubelles, le virage de la chaussée qui mène au trottoir où nous attendons, la livrée des taxis qui font la queue, jusqu’à leurs noms. Mon nez aussi se met de la partie, il respire, sent cet air nouveau, doux et frais en ce début de soirée. Mes oreilles sont déjà au travail depuis l’avion. Elles transmettent des messages dans cette langue que mon cerveau a l’impression de comprendre alors qu’en réalité, il n’en identifie que des fragments épars.

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Les coléoptères bucarestois signés Dacia.

Ma bouche, elle, se tait. Elle a déjà balbutié quelques “bonsoirs”, quelques “mercis”, mais pour l’instant, elle ne s’estime pas à la hauteur. Du reste, je n’ai rien à dire, et tout à regarder, à écouter.

Assis à côté du chauffeur, je contemple mon environnement alors que nous quittons l’aéroport. Cette étape-là de mon voyage est terminée.

La langue, il l’a apprise. Grâce au hasard, justement. Un hasard qui, alors qu’il faisait ses études (de traduction, un métier dont il ne s’est jamais senti proche et auquel il ne comprend finalement pas grand-chose), lui a fait rencontrer une jeune femme adorable, pétillante, et dont le père était de là-bas.

Cette année-là, il a repéré son nom sur la liste des étudiants qui faisaient partie de son groupe. Un nom vilainement francisé avec une terminaison en “–esco”, comme c’était l’habitude, pour éviter que ces idiots de Français ne ricanent sur une finale en “cu”. Incroyable ! Si incroyable que, lui qui d’ordinaire est plutôt réservé, voire timide, s’est lancé et risqué à lui adresser la parole, pour lui dire qu’il a toujours été attiré par ce pays dont elle est à moitié originaire.

Surprise — le mot est faible —, elle l’a invité à prendre un café, lui a annoncé que son père était, un hasard de plus, responsable du département de la langue du pays à l’université, et lui a proposé de suivre des cours. L’occasion pour elle, a-t-elle ajouté, de s’y “remettre”. Heureux, il a accepté. Et ils sont devenus amis. Lui en est tombé irrémédiablement amoureux, mais leur histoire, longue, belle et complexe, n’a pas sa place ici, même si elle a été pour lui fondatrice.

28 avril 2009

Un lieu magique, parce que l’Histoire, de temps en temps, aime bien faire semblant de se répéter.

Et c’est ainsi qu’il a pris des cours, s’est frotté à la grammaire, a adoré les sons, adoré aussi rencontrer d’autres gens venus du pays, découvert poésie, littérature et musique.

Jamais il ne s’était senti aussi à l’aise, ni aussi passionné par l’apprentissage d’une langue, malgré toutes ses difficultés, malgré la folie de ses sept groupes de conjugaison, cette façon si ardue de construire les relatives. Il était fait pour elle, elle était faite pour lui.

On peut mettre ça sur le compte de l’enthousiasme de la jeunesse, mais il n’avait pas tout à fait tort.

19 novembre 2015 — Sur la route 21 H

Le premier télescopage me prend au dépourvu sur le chemin qui nous mène de l’aéroport à Bucarest. Dans la nuit, alors que filent autour de nous des nuées de petits taxis Dacia, de vieilles camionnettes bringuebalantes et des berlines et 4×4 rutilants, les noms de ces multinationales désormais partout inévitables scintillent de tous leurs feux au sommet d’entrepôts et d’immeubles. Au loin, j’aperçois un supermarché français, puis un géant suédois du meuble, et soudain, sur ma droite, une station-service. Russe.

Il n’y a pas de meilleur moyen de comprendre que je me trouve au carrefour exact entre nord et sud, est et ouest, ce que tout ce que je vais voir dans les heures et la journée qui suivent ne fera que confirmer.

La Roumanie est à la croisée des chemins, elle le sait, elle en est fière, à juste titre, car c’est bien ce qui lui confère cette identité si particulière, cette identité qui me fascine, m’obsède.

Tandis que la radio du taxi égrène, d’une voix de femme mécanique et atone, des noms de rues et des numéros, je commence à me dire que je ne vais peut-être pas avoir assez d’yeux pour tout voir et tout enregistrer.

Sur les côtés de la route, les grandes structures commerciales, forcément toujours hideuses, cèdent peu à peu du terrain alors que l’on se rapproche de l’objectif, Bucarest. Dans l’obscurité, je rate sans doute des choses, tout va trop vite. Voilà, sur la droite encore, de hauts édifices construits dans un style que je n’ai encore jamais vu ailleurs. Mes compagnons de voyage me parlent de musées, de ministères, de sièges de partis. Je les entends – surtout que, gentiment, c’est en français qu’ils s’adressent à moi —, mais je ne suis pas sûr de les comprendre, de faire le lien entre ce que je vois et ce qu’ils me disent.

Je le ferai plus tard. Pour l’heure, je suis trop occupé à me remplir de cette lueur crue et orangée qui, chaque nuit, illumine toutes les grandes villes du monde, de ces silhouettes de monuments et de bâtiments que je devine, de ces rues qui s’enfoncent vers d’autres quartiers, d’autres vies, et dont je sais déjà que je n’aurai pas le temps de les parcourir, de ces immenses panneaux publicitaires, partout, qui vantent des produits d’ici, qui m’attirent, et d’ailleurs, qui m’ennuient.

Ma tête devient comme la Roumanie, un carrefour d’influences, d’images, de couleurs, de bruits, pas encore de saveurs et d’odeurs, mais bientôt, bientôt.

Je suis complètement perdu, et aux anges.

Quand leurs études ont pris fin, elles ont emporté avec elles leur histoire d’amour, ce qui n’a rien de très original, c’est assez souvent le cas.

Elle est partie, le laissant seul avec son envie de continuer à découvrir son pays. Sa passion, cependant, ne se démentira pas.

Il ne va plus à l’université, il n’a plus le temps, se ment-il. Mais il s’efforce de lire tout ce qui lui tombe sous la main afin de rester en contact avec la langue. À Paris, vers le milieu des années Quatre-vingt, ce n’est pas tellement plus facile qu’en province un peu plus tôt.

Qu’importe. Il ne lâchera pas.

Il a même failli poser une première fois le pied sur la terre. Il faisait alors son service militaire dans la marine, et s’est retrouvé embarqué dans une mission absurde où il était censé jouer les espions, prendre des photos dans un grand port. La raison dudit voyage ne lui plaisait guère, mais la destination, en revanche…

Sur le moment, pourtant, curieusement, il n’y a pas cru. Et il a bien fait. Jamais il n’a atteint son but, suite à un cafouillage administratif entre chancelleries et autres ministères. Le navire sur lequel il se trouvait a dû piteusement rebrousser chemin, le déposant sur une île en Méditerranée avant d’aller faire des ronds dans l’eau au large d’une éternelle zone de crise.

Il est rentré, à la fois triste et soulagé, car les conditions n’auraient pas été idéales pour une première prise de contact.

Les années passent, apportant avec elles d’autres rencontres, des rencontres qui l’emmènent plus loin, plus à l’Est. Il lui faut se familiariser avec d’autres langues, qu’il aime aussi, d’autres cultures, d’autres histoires, qu’il fait siennes avec une même ferveur.

Extérieurement, on peut croire qu’il s’est résigné. Son lien au pays n’aura, finalement, été qu’un amour de jeunesse.

Non, son lien au pays est l’amour de sa vie.

19 novembre 2015 — Strada Poenaru Bordea 21 H 30

Mes hôtes ont tout prévu, ils me gâtent, me pourrissent. Et pour me loger pendant les deux nuits qui viennent, ils m’ont choisi une auberge. Quand on sait ce que le concept d’auberge représente pour moi.

Le taxi est déjà reparti quand nous pénétrons dans la cour de la magnifique Auberge des Brasseurs, Hanu’ berarilor. Et je fais un pas de plus vers la roumanité, un grand pas pour moi, un pas sans intérêt pour l’humanité, ce qui ne me dérange guère.

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Où passer la nuit, sinon dans une auberge de conte de fées ?

À notre entrée, alors que nous récupérons nos clés à la réception, une fête bat son plein dans une des grandes salles du rez-de-chaussée. Chanteuse et musiciens s’agitent et s’époumonent, on ne s’entend plus. J’imagine sans peine ce que des visiteurs parisiens penseraient sur le champ : kitsch (j’y reviendrai), folklo, attrape-touristes. Oui, bien sûr. Et alors ? Du reste, l’attraction n’est peut-être pas destinée à des étrangers, mais plutôt à quelque famille aisée qui vient fêter là bruyamment un moment important.

Pour moi, ce choc tonitruant avec ce côté clinquant, tapageur de Bucarest ne fait que contribuer un peu plus à mon immersion.

Un petit ascenseur nous mène à l’étage, et très vite, le tintamarre festif s’estompe. Une fois dans ma chambre, ils ne sont plus qu’une rumeur, qui ne me déplaît pas, se mêlant au grondement lointain du trafic sur le Splaiul Independentei, les deux grands axes éternellement fréquentés qui longent la Dîmbovita, la rivière de la capitale. Des sirènes d’ambulances ululent.

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La Dîmbovita by night, presque transformée en canal par un dictateur…

Assis sur mon lit, j’essaie de “décompresser”, car je sais que je ne suis qu’au début de mes aventures. Le programme qui m’attend est chargé, très chargé. Alors, je regarde la télévision.

Le zapping, baguette magique du voyageur qui veut mieux s’imprégner de l’ailleurs où il vient d’atterrir. Les chaînes roumaines ne valent pas mieux que les autres, bien sûr, mais je m’en moque, j’ai pour elles une bienveillance, une tolérance que n’ont pas les intellectuels roumains — je les approuve —, pas plus que je n’en ai, en France, pour le piètre spectacle que nous offre la plupart du temps le petit écran. Ici, elles ont l’avantage de parler roumain, ce qui me confirme à quel point je suis dépassé, à quel point la langue que je maîtrise à peine est livresque, une langue de musée, de contes populaires, d’exploits guerriers, de voïvodes en colère, de cavaliers sacrifiés et de soldats partis mourir dans des batailles qui n’étaient pas les leurs.

Les émissions braillardes et les publicités crétines de ces heures de grande écoute achèvent de me convaincre : je ne comprends pas le roumain, et je le parle encore moins.

Ce qui ne me déprime pas le moins du monde, au contraire.

Il me faudra du temps, c’est tout. Cette fois, je n’en ai pas. Mais une prochaine fois, sans doute.

Je me lève, nous avons rendez-vous. Dans une autre auberge, encore plus fantasmagorique que celle où je loge.

Et je m’aperçois que j’ai faim.

Mes réflexions et mes ébahissements se poursuivent dans la troisième partie :

Terre promise (3)

Deux monstres dans la nuit

Terre promise (1)

Quarante ans. C’est long, pour une histoire d’amour. D’ordinaire, on raconte qu’elles ne durent pas, et qu’elles finissent mal, en général. Pas cette histoire-là. Une femme ? Bien sûr. Mais pas seulement, et pas depuis quarante ans. Mais avec son pays, leur pays, en revanche…

19 novembre 2015 — Roissy 15 H

Étrangement calme. J’aimerais vous raconter que j’ai le cœur qui bat à tout rompre, que je brûle d’une impatience presque maladive, que je n’arrive plus à me concentrer sur quoi que ce soit tant je suis rongé par l’expectative, comme un gosse qui tourne et se retourne dans son lit durant la nuit de Noël. Mais il n’en est rien.

Je suis, au contraire, étrangement calme. Apaisé. Peut-être est-ce le fait de savoir que cette fois, les contrôles divers et variés étant franchis — depuis quatorze ans, grâce à quelques abrutis meurtriers et autant de gouvernements guère plus malins qu’eux, il n’est plus possible d’associer un voyage en avion à un simple plaisir, tout n’est plus que contrainte, chicanes et mesquineries administratives —, plus rien ne va m’empêcher d’atteindre mon but.

Et quel but !

Le terminal 2E est lui aussi extraordinairement paisible. La destination, en dehors de ceux qui rentrent chez eux, n’attire que quelques fous dans mon genre.

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La présence incongrue d’une boîte postale et le calme étrange d’un terminal. © Iulia Badea-Guéritée

Alors, j’attends. Mes compagnons de voyage devinent bien comme l’esquisse d’un sourire sur mes lèvres, un sourire qui s’entête et ne veut pas disparaître. Et qui va aller s’élargissant dans les heures qui viennent.

Mais c’est tout. Et ce calme-là est déjà une bonne chose, signe avant-coureur de tant d’autres.

Comment peut-on tomber amoureux d’un pays dont on ne parle jamais et que l’on n’a jamais vu ?

Il a suffi d’un écran de télévision, par un bel été dans le sud de l’Angleterre, il y a bientôt quarante ans. Un écran de télévision où un incroyable feu follet est apparu et s’est mis à danser, sauter, pirouetter et virevolter, entre des barres, sur une poutre, sur un tapis. Un feu follet aux grands yeux noirs, graves, et à la peau pâle, si pâle, que l’auteur de ces lignes, sans bien comprendre ce qui lui arrivait à l’époque, en est tombé amoureux.

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Un feu follet…

Il n’était pas bien vieux, et forcément mal équipé pour expliquer ce qu’il ressentait. Le pays du feu follet, il n’en avait, jusqu’alors, presque jamais entendu parler. Il avait bien lu Tintin et le sceptre d’Ottokar, avec cette Syldavie d’opérette assez délibérément inspirée du pays en question, dans sa version des années Trente. Et Le château des Carpates. Sans pour autant faire le lien.

Son séjour estival outre-Manche terminé, sentant comme un creux inexplicable entre ses côtes et au niveau de son œsophage, il a alors entrepris d’en savoir plus sur la terre natale du feu follet.

Il venait ainsi de mettre le doigt dans un délicieux engrenage dont il ne s’extirperait plus jamais. Dont il ne veut toujours pas s’extirper.

Preuve que les histoires d’amour, ça peut effectivement durer quarante ans. Et même ne jamais prendre fin…

19 novembre 2015 — Roissy 15 H 45

“Buna ziua.” L’hôtesse est évidemment jolie, et par ces simples mots, elle me fait comprendre que je suis déjà, enfin en train de passer de l’autre côté.

Dans trois heures, j’y serai. Mon cœur va-t-il se décider à s’emballer, cette fois ? Un petit peu, quand même.

En réalité, ce qui se passe en moi est plus complexe. C’est plutôt comme si j’avais le sentiment que les choses se mettaient finalement en place. Car au bout de quarante ans de passion, de lecture, d’écriture, et de rencontres toujours merveilleuses, c’est aujourd’hui la première fois que je pars en Roumanie, cet autre “chez moi”, virtuel, romantique, onirique.

Seulement maintenant ? En quarante ans, je n’ai jamais trouvé le moyen d’y aller ? N’est-ce pas plutôt que je repoussais l’échéance ? De peur, peut-être, de voir mon rêve se dissiper une fois atteint ?

Rien ne saurait être plus loin de la vérité.

D’ailleurs, quelques-uns de mes amis roumains me l’avaient dit, et j’avais trouvé leur inquiétude touchante : “J’espère que tu ne seras pas déçu.”

(Le moment d’une parenthèse me semble venu :

Je me rends bien compte que, pour beaucoup de mes lectrices et lecteurs français, je suis plus ou moins en train de dire n’importe quoi. Comment est-il possible de s’enflammer à ce point pour cette région de l’Europe quand nous, en Occident, nous enthousiasmons si aisément, et constamment, pour d’autres ailleurs, plus colorés, plus chauds, plus exotiques, plus dans le vent : la Chine, le Brésil, les Etats-Unis, les déserts où qu’ils se trouvent ? Tout, mais pas, jamais l’Europe de l’Est, que nos intellectuels, le plus souvent, continuent d’associer sans réfléchir à la grisaille, la lourdeur, la tristesse. Et que beaucoup, ne nous voilons pas la face, méprisent purement et simplement.

Un jour, dans l’hebdomadaire où je travaille, alors que nous discutions de l’éventualité de consacrer plusieurs pages à la Roumanie à la veille du Salon du Livre de Paris 2013, dont elle était le pays invité (ce qui, en soi, était déjà surprenant), une collègue a brutalement torpillé mes ambitions en déclarant froidement : “Moi, la Roumanie, ça ne me fait pas rêver…”

Moi si. Aujourd’hui plus qu’hier, et moins que demain. Et si vous ne comprenez pas, je n’y peux rien. J’ai essayé d’expliquer : j’ai évoqué l’Histoire, fascinante, la musique, qui m’emporte, la beauté, des paysages et des gens. Mais en fait, l’amour, ça ne s’explique pas.)

Non, je ne serai pas déçu, je le sais déjà. Avec moi, la Roumanie part gagnante, elle ne peut pas me décevoir. Pourquoi ? Parce que je ne la juge pas. Et parce que je ne m’attends à rien de précis. Je viens pour voir, pour écouter, goûter et apprendre.

Je sais ce que redoutaient mes amis. Que je sois horrifié, rebuté, ou juste désarçonné par les contrastes violents qui m’attendent, par la ruine qui côtoie la richesse, par les contradictions omniprésentes, par la misère, ce qu’eux perçoivent comme la brutalité de leur société. Mais qu’ils se rassurent. Si c’est la première fois que je viens chez eux, “chez moi”, ce n’est pas la première que je me rends à l’Est. Je suis bien souvent allé en Ukraine, une société infiniment plus brute que son équivalent roumain. Et je suis aussi allé encore plus au nord et à l’est, dans la capitale de la brutalité par excellence, celle d’un empire qui refuse d’admettre qu’il a disparu et qui n’a de cesse de rappeler à ses voisins (ses vassaux ?) qu’ils lui appartiennent encore et toujours : Moscou. Et même à cette vilaine citadelle rouge et noire, j’ai trouvé des qualités et des charmes.

Alors, mes amis ne doivent pas avoir peur, leur terre va me plaire, elle va plus que me plaire : je vais l’aimer.

S’intéresser au pays, à sa langue et à son peuple, en France à la fin des années Soixante-dix et au début des années Quatre-vingt, c’est se heurter quasiment au néant.

Il est encore au lycée qu’il décide d’apprendre la langue. Or, il ne vit même pas à Paris, mais en province, dans une ville sans grande importance, où il ne peut espérer trouver ni méthodes, ni professeur. Tout ce qu’il peut faire, c’est, à la bibliothèque de son établissement, lire et relire l’article, modeste, que l’Encyclopædia universalis consacre à l’objet de ses rêves. Un jour, dans une librairie, il s’achète aussi un guide touristique, qu’il finit par connaître presque par cœur.

Et c’est tout.

Quand il le peut, il suit les matchs de rugby — originaire du sud-ouest, sa famille aime ce sport et lui a communiqué ce goût-là — de l’équipe en bleu-jaune-rouge, lors de ses tournées à l’Ouest. Il détaille les revues historiques sur la Première et la Seconde Guerre mondiale, en isolant, tel un chirurgien, les passages qui concernent les combats menés par le petit royaume. Mais ils sont si rares, et la plupart du temps si irrespectueux ou indifférents qu’ils le laissent toujours sur sa faim, quand ils n’éveillent pas en lui un sentiment de colère.

Il s’efforce obstinément de partager sa passion avec ses proches, qui l’écoutent avec curiosité, sans comprendre ce qui le fascine ainsi dans ce pays qui ne les a jamais intéressés, et avec ses parents qui, eux, ne l’écoutent pas.

Petit à petit, il s’habitue à ce silence, apprend à se taire, à ne plus en parler qu’à ses amis les plus fidèles.

Tout en se jurant que cette langue, il l’apprendra, et qu’un jour, il partira, là-bas.

19 novembre 2015 — Dans le ciel 19 H

L’avion tremble et ballotte depuis déjà quelques minutes. Des turbulences. Je ne suis pas vraiment inquiet, mais quand même, ça dure. Calmement, Iulia, ma compagne de voyage à qui je dois en grande partie d’être à bord ce soir-là, m’explique que nous sommes en train de survoler les Carpates, et que c’est toujours comme ça à ce moment du voyage.

Mon sourire, que j’ai de plus en plus de mal à contrôler, s’élargit. Les Carpates ! Qui viennent de fêter mon passage en secouant sans ménagement l’Airbus dans lequel je suis assis.

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Ravies de me voir arriver, qu’elles étaient. © http://www.travmonkey.com/8-reasons-visit-romania/

Ce n’est déjà plus un rêve. Dans une heure, nous nous poserons.

Oui, c’est à Iulia Badea-Guéritée que je dois d’être là, elle qui m’a convaincu de rédiger des essais pour deux recueils publiés par les éditions Adenium : un, Je suis Charlie ?, sur les conséquences de l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, en janvier, l’autre, le plus récent, sur le dialogue entre les religions dans l’Europe unie (ceux qui me connaissent ne manqueront pas d’être surpris que j’aie pu y participer, et pourtant). C’est à l’occasion du lancement de ce dernier que me voilà invité à venir à Bucarest, avec l’aimable et généreuse complicité de Radu Magdin et de Smartlink Communications.

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La sortie d’un nouveau livre est toujours un moment exceptionnel, magique.

Demain, je dois prendre part à la présentation de notre ouvrage collectif, qui rassemble quarante-cinq textes et dialogues, et des auteurs roumains et français, bien sûr, mais aussi anglo-saxons, catalan, hongrois. Tous ne seront pas là, bien sûr, et je suis honoré, justement, d’avoir la chance de pouvoir assister à l’événement.

Un honneur qui se double d’une joie sans limites, celle de voir quarante ans de patience sur le point d’être récompensés par ce qui est, pour moi, le plus beau des cadeaux.

J’arrive…

Retrouvez bientôt la suite de mon voyage et de mes impressions dans la deuxième partie :

Terre promise (2)

D’une auberge à l’autre

Les contes du Bourreau

Oui, je sais, rien que le titre, déjà…

Et pourtant.

C’est à la fois une longue et une courte histoire, qui commence par ça :

“Le Bourreau passe,

de villes en villages.

Toujours absent,

quand tombe la sentence,

Toujours présent,

pour dresser la potence.

Quand un par un,

chacun il dévisage,

Voyez les tous,

comme ils refluent, tremblants.

Besogne faite,

il repart d’un pas lent,

Mais nul n’oublie

le feu de son regard sans âge.”

Les contes du Bourreau font partie de ce que j’appelle les récits-passerelles, autrement dit, les histoires qui décrivent comment certains personnages passent, accidentellement ou non, d’une réalité à l’autre. C’est dans cette même catégorie que se trouvent Cireasa ou le Sang du calice, Thâ, une énorme épopée en un seul volume qui raconte la vie de la plus grande guerrière de tous les temps, ou encore La Fiancée noire, dont je vous ai déjà parlé ci-dessous.

Dans Les contes du Bourreau, on suit, justement, un personnage solitaire qui vient directement de la série Chemins de croix. Non, je ne vous dis pas lequel, il faudra que vous lisiez la série en question (deux tomes sont déjà écrits, un troisième est bien avancé, sur un total de six).

L’homme parcourt des terres dévastées en compagnie de deux chiens et d’un chat, une grande épée sur les épaules, plus quelques autres moyens divers de faire passer promptement son prochain de vie à trépas, et pour gagner sa pitance, il vend dans les villages miséreux ses compétences d’exécuteur de sentences la plupart du temps prononcées par d’autres. Il ne juge pas, ne prend pas partie. Il tue, c’est tout. Mais il le fait bien, très bien, même, au point d’être devenu une des légendes des terres dévastées.

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Élégance et sobriété, c’est à l’odachi que le Bourreau travaille.

Le récit se décompose en neuf textes d’inégale longueur, et décrit son périple depuis les ruines de son ancienne existence jusqu’à une nouvelle cité flamboyante où il ira se perdre pour devenir l’un des nombreux héros des Contes de l’Auberge.

Le premier, Le chant du bourreau, vous l’avez lu en introduction. Le deuxième, La chanson, parle de ce qui lui manque de son ancienne vie. Le troisième, Maladroits, est une sorte de mode d’emploi pour quiconque serait amené à le croiser. Dans le quatrième, D’un désert l’autre, on le voit se souvenir de ses désolations, et de celles des autres. Dans le cinquième, Une tour sans clé, il découvre une tour fermée et s’interroge.

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Cette tour-là m’a déjà joué bien des tours, et ce n’est pas fini.

Dans le sixième, Les risques du métier, il arrive dans un village où il exécute une sentence mais personne n’est content. Le septième, La guerre des clowns, raconte comment un ancien cirque s’est trompé de public. Le huitième, Une partie de pêche, dépeint sa rencontre avec le propriétaire de la tour sans clé, un certain enchanteur qui cherche sa reine des fées.

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Dans la calme fraîcheur du petit matin, un bourreau et un enchanteur posent leurs lignes et devisent…

Et dans le neuvième et dernier, La cité sans mémoire, on assiste à son arrivée, et à son nouveau départ.

Énigmatique ? Bien sûr, vous savez bien que c’est là un de mes nombreux défauts. Une fois encore, il n’y a donc plus qu’à les écrire, ces fameux contes, marmonneront les éternels cancres du dernier rang.

Et une fois encore, ils auront raison, les cancres.

L’Auberge aux 196 883 portes

La vie, c’est quand même une drôle d’histoire.

Je reviens tout juste de mon premier voyage en Roumanie. Un voyage que j’aurais dû faire il y a trente ans exactement. À bord de ce machin :

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Le Montcalm, fière frégate ASM…

Mais, grâce à l’efficacité conjuguée du ministère de la Marine et de celui des Affaires étrangères, je n’étais pas arrivé à bon port à l’époque. Puis la vie, justement, encore elle, m’a entraîné dans une autre direction. Ou plutôt, toujours dans la même direction, mais encore un peu plus à l’Est, autrement dit, là :

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…en Ukraine.

Alors, pourquoi la Roumanie ? On m’a si souvent posé cette question, sans jamais vraiment comprendre la réponse, les réponses, car il y en a plusieurs. Eh bien, ce n’est pas dans ce petit texte que je vous l’expliquerai. Simplement, mon amour pour la Roumanie, les Roumains et les Roumaines (oui, je sais, surtout les Roumaines, j’en entends qui rigolent, au fond) ne s’est jamais démenti. Ce que même mes amis roumains, qui ne sont pas tendres avec eux-mêmes, peinent à comprendre.

Bref. Enfin, trente ans plus tard, les circonstances — en l’occurrence, la publication d’un essai de ma main dans un recueil intitulé Le dialogue des religions dans l’Europe unie, sous la direction de Iulia Badea-Guéritée et Alexandru Ojica, aux éditions Adenium — m’ont permis de partir pour ma Terre promise à moi. Et qu’elle ne soit pas celle des autres m’importe peu. Chacun sa Terre promise, et l’Enfer sera peut-être un peu moins bondé…

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L’affiche du lancement, pour le Salon du Livre de Bucarest.

Ce préambule était indispensable. Passons maintenant à “l’Auberge” et à ce qu’elle représente dans mes mondes.

Je travaille depuis longtemps déjà sur diverses histoires, et l’on y trouve un peu de tout. Des épopées à grand spectacle comme Beneagel, des polars fantastique comme Chemins de croix, des aventures dans un univers parallèle rappelant l’Ukraine et la Russie des années 1917 à 1950, comme Olga et l’Archange, des récits plus court, comme Cireasa ou le Sang du calice, qui se termine en Valachie en 1632 (comme par hasard, diront ceux qui continuent de rigoler au fond, je vais finir par sortir le cahier des punis, hein). Et toutes ont un point en commun : une mystérieuse auberge. Soit parce que les personnages y entrent et en ressortent quelque peu bouleversés, soit parce que l’on suit lesdits personnages avant qu’ils y aient mis les pieds.

Cette auberge, surgie de mon imaginaire en 1984 — sans que j’aie vraiment rien demandé, d’ailleurs, c’est toujours comme ça —, a fini par prendre une place essentielle au sein de mes histoires. À tel point que l’ultime saga que je veux écrire, la conclusion, où l’on assiste au télescopage de toutes les précédentes séries, s’intitule simplement Les Contes de l’Auberge.

Résumer le concept de l’Auberge en quelques lignes est évidemment impossible (assez de teasing ! Vos gueules, dans le fond). C’est même inutile. Disons que l’Auberge est un lieu entre les mondes, sorte de nexus reliant les multivers. Des personnages y font halte à jamais, d’autres ne sont que de passage, certains deviennent de gentils pensionnaires pour l’éternité, d’autres, forts en gueule et n’ayant pas peur de grand-chose, en deviennent les “Seigneurs”, portant le fer et le feu d’un monde à l’autre, la plupart du temps à raison, mais aussi, parfois, un peu à tort.

C’est en traduisant un ouvrage du mathématicien (de génie) britannique Marcus du Sautoy que j’ai eu la réponse à une question que je me posais depuis longtemps : combien peut-il y avoir de portes dans une auberge qui est un point de connexion mouvant entre les dimensions ? 196 883. Pour savoir pourquoi, je ne peux que vous inviter à lire le livre de Marcus.

Nous avons donc, d’un côté, un fou furieux amoureux d’un pays méconnu au pied des Carpates, le tout depuis bientôt quarante ans, et de l’autre, une auberge inventée par le même fou et qui est devenue la clé de voûte de ses mondes.

Où cela se rejoint-il ? Sur Facebook. Plus exactement, sur ma page. Où, délibérément, j’ai pris comme photo de couverture une auberge roumaine, que je croyais fermée, voire détruite depuis longtemps. Et c’est là que, comme par “hasard” (cessez donc de rigoler, je vais vraiment finir par me fâcher) une des 196 883 boucles se boucle. Vous allez me dire, il en reste encore 196 882, donc, on n’est pas rendu. Je suis bien d’accord, et c’est tant mieux.

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La photo de couverture en question…

Le soir de mon arrivée à Bucarest — moi, j’étais déjà juste heureux d’y être, je ne demandais rien —, mes hôtes m’annoncent qu’ils vont m’emmener dîner … dans l’Auberge ! Celle de ma photo de couverture !

Elle a pour nom Hanu’ lui Manuc (l’auberge de Manuc), et c’est un édifice énorme. Elle n’a peut-être pas 196 883 portes, mais entre celles de l’extérieur et celles de l’intérieur, il doit bien y en avoir quelques centaines.

Hanu’ lui Manuc a été construit (han est un mot neutre en roumain, donc masculin au singulier) en 1808 et plusieurs fois agrandi et rénové depuis. Autrefois, on y trouvait également un grand hôtel, plusieurs tavernes, le restaurant, et même des boutiques. Dans sa vaste cour, les marchands faisaient halte sur la route entre les Carpates et le nord et l’ouest de l’Europe, et la plaine danubienne, vers le sud, l’est et l’empire ottoman.

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Hanu’ lui Manuc en 1841.

C’est donc avec un sourire béat que j’en ai franchi le grand porche d’entrée…

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…avant de m’attabler avec mes amis autour d’un repas pantagruélique dignement arrosé de vin et de palinca…

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…et où l’on s’est retrouvé à parler roumain, français, espagnol, anglais, le tout saupoudré d’un peu d’allemand et même d’une pincée de russe.

Quand j’en suis ressorti, preuve que c’était sans doute bien “mon” Auberge, je n’étais plus tout à fait le même (parce que j’étais bourré ? Je vous ai encore entendus, au fond. Cette fois, c’est décidé, je me lève et je viens vous distribuer des baffes).

Et c’est dans une autre auberge que j’ai passé la (courte) nuit. Une auberge qui vaut, elle aussi, le détour, mais ceci est une autre histoire.

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