L'Œil de Saphir et autres contes

Des mondes à conquérir, ou à reconquérir

Month: juin 2016

Nous sommes tous Caïn et Abel

Choqué, écœuré par la saturation d’images violentes qui se bousculent sur nos écrans, et profondément ébranlé par le dernier drame absurde et ignoble en date, l’assassinat de Jo Cox, j’ai cherché quelque chose à dire, à écrire.

Je sais que ce blog file un mauvais coton, que je ne publie plus ici que des textes tristes, qui vous invitent rarement à voyager dans d’autres mondes. Du reste, je sais aussi que l’on me reproche souvent de n’écrire que des histoires lourdes de chagrin et de sang. Mais en même temps, que voulez-vous, mon imaginaire se nourrit de ce qui l’entoure, et de ce qu’il sait de l’humanité.

Alors, oui, j’ai cherché quelque chose à dire, à écrire. Et je me suis aperçu que je l’avais déjà dit, déjà écrit. En mars 2015, la maison d’édition roumaine Adenium m’avait demandé (ainsi qu’à bien d’autres auteurs) de réfléchir aux attentats liés à Charlie Hebdo. J’avais donc rédigé un texte, paru en mai 2015 dans un recueil intitulé Je suis Charlie ?

Je vous le livre ici, c’est tout ce que je peux faire.

Plus d’un an plus tard, je pourrais ajouter aux horreurs que j’évoquais alors toutes celles que nous avons vécues depuis, des attentats du 13 novembre à la mort tragique de la malheureuse Jo Cox.

À quoi bon ?

 

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“Mal du siècle ou mal éternel ?

Le 7 janvier, deux imbéciles massacrent à la Kalachnikov toute une rédaction sans défense. Du reste, une rédaction est toujours sans défense, ce n’est pas un objectif militaire, pas plus qu’une université, un métro, une église ou deux tours à Manhattan.

C’est justement pour cette raison que ces deux crétins sinistres l’ont prise pour cible. Et qu’ils ont abattu sans merci tous ceux qui se trouvaient là. Le but était, purement et simplement, de faire le mal. Avant d’être tués à leur tour. Comme c’est généralement le cas des auteurs d’actes de ce genre. Mais pas tous. Qu’on se souvienne d’un autre imbécile, en Norvège, qui, à lui seul, a fait plus dégâts, plus de victimes innocentes que ses deux homologues. Et qui risque de passer encore de longues années derrière les barreaux.

Ses deux “homologues” ? Mais voyons, ils n’avaient pas la même cause, on ne saurait les mettre sur un même pied.

Bien sûr que si, on le saurait. Plus dur encore, il le faudrait. Car entre un fou furieux d’extrême droite qui mitraille des adolescents qui, à ses yeux, ont le tort de ne pas être du même parti et de promouvoir la tolérance, et deux abrutis prétendant tuer au nom d’un monothéisme, quel qu’il soit, personnellement, je ne vois pas de différence.

À chaque fois que se produit un drame de cet ordre — et il faut hélas reconnaître qu’ils sont de plus en plus fréquents, la médiatisation y est forcément pour quelque chose —, on ne peut échapper à la succession de « spécialistes » qui viennent alors se bousculer sur nos écrans et dans les pages de nos journaux. Spécialistes de l’islam, spécialistes du Moyen-Orient, spécialistes des néonazis, spécialistes des jeunes de banlieues, spécialistes de leurs parents, spécialistes de l’éducation, spécialistes de l’antisémitisme, spécialistes du terrorisme, spécialistes des Kalachnikov, spécialistes des spécialistes… Et tous de vouloir analyser à chaud ce que l’on ne comprend pas encore, ce que l’on ne peut évidemment pas encore comprendre.

En réalité, il n’y a rien à comprendre. Confronté à l’horreur, l’être humain invoque aujourd’hui les « spécialistes », dont il espère qu’ils lui expliqueront pourquoi a eu lieu telle ou telle tragédie, comme autrefois, c’était de ses prêtres et de ses prophètes et devineresses qu’il attendait des explications à la folie de son monde.

Si le terrorisme avait existé dans l’Antiquité, nul doute qu’il aurait eu un dieu à lui tout seul, et tout un clergé pour aller avec. De la même façon que nos sociétés ancestrales s’étaient dotées de divinités et de prêtres pour rendre un culte à la guerre. La guerre, ce mal inventé de toutes pièces par l’homme, et qui était incarné par un dieu ou une déesse, au même titre que la fécondité, les orages, la famine. La guerre, seule catastrophe naturelle totalement artificielle. Même dans nos sociétés judéo-chrétiennes, nous avons créé les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse. Et si trois d’entre eux sont des maux auxquels nous ne pouvons rien, la Famine, la Pestilence et la Mort (ou le Temps, selon les traditions), le quatrième, lui, n’est autre que la Guerre.

Aussi devons-nous l’admettre, le drame de Charlie n’est pas un mal du siècle. Pour plusieurs raisons. Ce qui en fait un mal du siècle, c’est un autre fléau de notre temps : les médias. Les médias, toujours en quête de réponses rapides à des événements qui, au maximum, ne doivent pas tenir plus d’une semaine à l’écran, qu’il s’agisse du massacre d’une rédaction, d’un carnage dans une université, ou d’un avion dont le pilote se suicide en entraînant avec lui tous ses passagers.

Alors que la question qu’il faut selon moi se poser, la question, en tout cas, que je me pose, n’est pas celle des motivations politiques ou religieuses des coupables. Immanquablement, outre le ballet des spécialistes que nous avons évoqué, nous avons aussi droit, à chaque attentat, à de grandes déclarations vibrantes de la classe politique, qui nous assure, sentencieuse, que les criminels, en fait, en veulent à notre « mode de vie ». À nos « libertés », aussi relatives soient-elles. À nos « valeurs », qui sont celles de la paix et de la démocratie. Le dire, c’est déjà leur faire trop d’honneur. Ce ne sont que des monstres, comme l’humanité en produit jour et nuit. À certaines époques, ils étaient inquisiteurs et brûlaient les femmes un peu trop libres sur le bûcher, en invoquant la justice divine. Ils étaient médecins, ingénieurs, techniciens, et faisaient mourir chaque jour dans les chambres à gaz des milliers de femmes, d’enfants et de vieillards en invoquant la pureté présumée de leur race. Ils étaient commissaires politiques ou simples membres de leurs pelotons d’exécution, et ils fusillaient à tours de bras dans les forêts de l’Est, en invoquant la dictature du prolétariat et des lendemains qui ne pourraient que chanter. Certains d’entre eux étaient prêtres de Tlaloc et sacrifiaient des milliers de victimes sur les autels ruisselants de sang de leurs temples pyramidaux. D’autres allaient garrotter les plus jeunes jolies filles de leur peuple sur les sommets des Andes pour plaire à d’autres dieux. D’autres encore étranglaient ou égorgeaient des hommes et des femmes dans les tourbières du nord de l’Europe. Toujours pour de bonnes raisons : des récoltes abondantes, la volonté des dieux, le bonheur absolu.

Alors, non, quand une horreur comme le massacre de la rédaction de Charlie survient, ce n’est pas la liberté d’expression qui est visée. Fondamentalement, quand des hommes armés ourdissent un complot qui doit se conclure par la mort de dizaines, de centaines ou de milliers de civils qui, eux, c’est le propre des civils, sont désarmés, c’est autre chose qui est à l’œuvre. Quelque chose de beaucoup plus ancien, d’ancestral. C’est notre pulsion de Caïn qui se cherche un Abel à martyriser. Tout le reste, tout le vernis politico-religieux, n’est qu’un prétexte. Le résultat final est de toute façon toujours le suivant : à un moment donné, un groupe d’hommes perd le contrôle de ce qui est censé faire notre humanité. Et ce groupe social se réunit alors (en secret, mais pas toujours) et décrète que tel ou tel autre groupe social doit mourir. Qu’il s’agisse de dignitaires nazis partageant une table luxueuse dans une villa à Wannsee, de jeunes de banlieue se préparant à « venger le Prophète » en fusillant des journalistes et des dessinateurs, ou du clergé d’une quelconque divinité qui affirme soudain que la divinité en question a un besoin urgent, et impérieux de sang, à l’origine, le déclencheur est une pulsion. Une pulsion de meurtre.

La seule différence, entre eux et nous, entre ceux qui passent à l’acte et la vaste, l’écrasante majorité d’entre nous, c’est ce qui fait qu’eux, justement, franchissent le pas. Et les spécialistes, toujours eux, de nous régaler de profondes réflexions sur ce qui peut pousser un homme, plutôt qu’un autre, à subitement se transformer en bombe humaine. Hélas, en réalité, je ne suis pas certain que l’on puisse le déterminer. Nous sommes tous capables des pires horreurs comme des gestes les plus altruistes, et rien ne permet de savoir ce qui fait que certains deviennent des tueurs en série, des tortionnaires ou des terroristes, alors que la plupart des autres, eux, continuent sagement de haïr leur prochain en silence. Les spécialistes — les revoilà — vous parleront alors du poids de l’éducation, du carcan social, du sentiment d’enfermement et d’échec. Une fois encore, tout cela est illusoire. Combien de gens qui ont l’impression d’échouer dans leur vie choisissent-ils de massacrer leurs semblables ?

Après le drame qui a coûté la vie à la rédaction de Charlie Hebdo, les médias occidentaux, français en premier lieu, se sont adonnés à une orgie, prévisible, de complaisance et de bons sentiments. Puis, inévitablement, il y a eu récupération, il y a eu cette floraison de « Je suis », sur les murs, dans les journaux, dans tous les pays. Pris pour cibles par les tirs aveugles et barbares des séparatistes russes deux semaines après le massacre de Charlie, les Ukrainiens ont tous dit « Je suis Volnovakha », ou « Je suis Marioupol », lieux de deux incidents particulièrement sanglants. D’autres diront aujourd’hui « Je suis Kenya ». La formule est lancée. Surmédiatisée, elle a perdu tout son sens, si même elle en a jamais eu un.

Personnellement, je ne suis pas Charlie, je ne peux pas l’être. Je ne me suis pas retrouvé, impuissant, face à la gueule noire et menaçante d’une Kalachnikov qui a craché ses balles sur moi, me fracassant la poitrine et le crâne, mettant soudainement fin à mes rêves, mes envies, mes désirs, m’arrachant violemment à mes proches au nom de prétendues idéologies, religieuses ou autres.

Non, personne n’est Charlie. La formule semble avoir jailli, toute prête, des bureaux d’un cabinet de consultants en publicité. Peu m’importe sa genèse, ce qui compte, c’est qu’elle a rempli son office à une vitesse foudroyante. En trois mots, il est devenu possible de symboliser la tragédie, d’en dénoncer les auteurs — il suffisait de prononcer ce mantra bien pratique pour faire comprendre qu’on ne les soutenait pas, ces assassins. À l’abri derrière cette formule magique, les politiques ont pu faire ce qu’ils aiment : de la politique. On a vu quelques personnages peu reluisants venir jouer des coudes pour se retrouver au premier rang de la « marche républicaine ». Puis ces messieurs-dames, après avoir marché quelques minutes, sont remontés dans leurs bus après avoir amusé la galerie, abandonnant la rue à un million et demi de gens qui croyaient, eux, qu’il était de leur devoir ce jour-là « d’être Charlie ».

Passé le choc de l’événement, je suis au regret de devoir vous dire que nous ne pouvons pas être Charlie. Parce qu’en y réfléchissant bien — une réflexion effrayante, j’en conviens —, nous portons tous aussi en nous le germe de ce malaise de l’humanité, de cette soif de massacre, cette volonté de détruire des vies innocentes tout simplement parce que c’est « facile ».

Interrogez-vous sur ce qu’a ressenti le copilote de l’Airbus de German Wings à l’approche des montagnes qu’il visait délibérément, alors que derrière lui, le pilote tentait désespérément d’ouvrir la porte de la cabine et que les passagers hurlaient leur terreur brute à l’idée de ce qui allait survenir. Interrogez-vous. Qu’a-t-il éprouvé ? De la joie ? Un sentiment de puissance quasi-divine ? Ou rien ? Si vous trouvez la réponse, si, pendant quelques fractions de secondes, vous entrez dans ses pensées malades, vous comprendrez alors qu’il a ressenti ce que les monstres qui ont massacré Charlie Hebdo et ceux qui ont assassiné des dizaines d’étudiants au Kenya ont dû ressentir eux aussi.

Car ce Mal est éternel, et nous le portons en chacun de nous. Il est atavique, et il n’a pas grand-chose à voir avec la liberté d’expression, ni même avec la politique.

Nous sommes tous Caïn et Abel.”

Dans Paris, la nuit, sous la pluie…

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C’est finalement ici que je vais vous parler d’une saga qui, logiquement, aurait dû avoir sa place sur un autre blog. Mais, ayant quelque peu le sentiment de me disperser, je me suis récemment dit qu’il valait peut-être mieux regrouper toutes mes histoires ici. Les “Grandes Sagas”, au nombre de cinq, et les “Autres Contes”, que j’ai déjà évoqués sous diverses formes.

Quant à mes vagues tentatives pour vous faire sourire, elles ont leur blog à elles, et ça, ça ne changera pas.

De plus en plus incapable de faire les choses dans un ordre quelconque, débordé tant par la vastitude de mes mondes que par le nombre de projets sur lesquels je “travaille” actuellement, je vais donc vous présenter en quelques mots la deuxième saga.

En réalité, je devrais vous parler de la première, une pentalogie intitulée Beneagel, mais ce sera pour une autre fois. Car il en va de ce que je fais ici comme de ce que j’écris, c’est avant tout une question d’humeur. Et pour l’heure, je suis plus d’humeur à rédiger quelques lignes sur Paris, la nuit, sous la pluie que sur l’Eurasie, ses royaumes et ses sorciers, à la veille de la dernière glaciation.

“Paris, la nuit, sous la pluie…” C’est un peu le leitmotiv de cette série, une hexalogie (je peux faire encore plus long, vous verrez) qui se passe dans un Paris très proche du nôtre, situé sans doute au début des Années 90.

On y suit les mésaventures, difficile de le dire autrement, d’un tandem de détectives privés, Robert Trombonard et Yves Figuier, qui exercent leur “art” dans ce Paris un peu fantasmé, et souvent humide. Le tandem lui-même est né de l’imaginaire que je partage avec un vieil et très cher ami, Yann Ollivier, également auteur de génie, pour ne pas dire mon auteur préféré. Si, disons-le, mon auteur français vivant préféré, voilà.

La série a pour titre Chemins de Croix, ce qui n’est guère engageant. Les six tomes sont à la hauteur. Autant le dire tout de suite, l’ambiance n’est pas des plus primesautières. On y tue, beaucoup, on y meurt aussi pas mal, et on y comprend, en fin de compte, pas grand-chose, car, comme pour les autres sagas de cet enchevêtrement d’histoires, la plupart des réponses ne se trouvent que dans la cinquième et dernière série, Les contes de l’Auberge.

Dans Chemins de Croix, tout commence quand Robert Trombonard croise la route d’un ancien amour de jeunesse. Enfin, plutôt de celle qui a été l’amour de sa vie. Oui, bien sûr, celles et ceux d’entre-vous qui ont un peu suivi ce qui se fait ici sentent venir le truc : elle est d’origine roumaine.

On retrouve plusieurs de mes autres obsessions dans la série, outre les Roumaines et la Roumanie : l’Ukraine, en bonne place dans le tome 2, la guerre, en bonne place partout, les mythes anciens, la démonologie, l’Apocalypse et, bien sûr, les Quatre Cavaliers qui vont avec.

Comment deux discrets détectives privés parisiens se retrouvent-ils embringués dans un cocktail pareil ? Je ne vais pas vous le raconter en détail ici, évidemment.

Ce que je peux vous proposer, c’est de lire les deux premiers tomes. Ils sont déjà écrits, et terminés, et même déjà relus et amendés, car j’ai bouclé le premier vers 1994, et le deuxième aux alentours de 2000.

Si cela vous tente, ils sont disponibles sous format Word. Le premier s’intitule Chemins de croix — Aude, le suivant Chemins de croix — La Main tendue.

Le plus simple, si cela vous intéresse, est de vous rendre sur ma page Facebook (sous mon pseudonyme de Roman Rijka), puis de me demander, en message privé, que je vous les envoie.

Quant au troisième tome, Chemins de croix — L’Évangile selon Saint Judas, il est déjà écrit aux deux tiers. Donc, il ne devrait pas y avoir trop longtemps à attendre avant de pouvoir le lire.

Et dans celui-là aussi, comme dans les deux premiers et dans les trois qui suivront, il sera question d’un privé amoureux d’une Roumaine, d’amitiés plus grandes que nature, de dieux, de démons, d’apocalypses grandes et petites.

Et de Paris, la nuit, sous la pluie…

Un rêve dans le rêve…

Continuons avec les textes de vrais auteurs… J’aurais dû mettre ce poème sur un autre blog, mais les manipulations techniques ont tôt fait de me lasser. Alors, je le mets ici. Avant une fermeture définitive, car tout cela ne sert à rien, grains de sable que nous sommes.

A Dream within a Dream

Take this kiss upon the brow!
And, in parting from you now,
Thus much let me avow-
You are not wrong, who deem
That my days have been a dream;
Yet if hope has flown away
In a night, or in a day,
In a vision, or in none,
Is it therefore the less gone?
All that we see or seem
Is but a dream within a dream.

I stand amid the roar
Of a surf-tormented shore,
And I hold within my hand
Grains of the golden sand-
How few! yet how they creep
Through my fingers to the deep,
While I weep- while I weep!
O God! can I not grasp
Them with a tighter clasp?
O God! can I not save
One from the pitiless wave?
Is all that we see or seem
But a dream within a dream?

Edgar Allan Poe

 

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