L'Œil de Saphir et autres contes

Des mondes à conquérir, ou à reconquérir

Month: septembre 2016

Autres mondes, autres vies

Après une journée de travail, assis dans le RER, je me laisse bien souvent emporter dans mes mondes.

Je me coupe aisément de ce qui m’entoure, mes yeux se fixent sur le lointain, et je pars, durant les trente ou quarante minutes que dure mon déplacement, dans mes histoires.

Et c’est bien. Et utile, aussi.

Mais parfois, il m’arrive de sortir de mes explorations intérieures. Surtout quand les jours raccourcissent, comme en ce moment, et que, dans le crépuscule, les silhouettes dentelées des immeubles de ma banlieue se parent peu à peu de lumière.

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Les lumières de la nuit, fenêtres ouvertes sur d’autres mondes…

Alors me vient une question, tandis que je contemple, qui s’enfuient sur les côtés, ces lucarnes bleues et dorées, fragments d’intimités à jamais inaccessibles, petits pans de vie que je ne peux qu’entrevoir.

Cette question, la voilà :

combien sont-ils, combien sont-elles, par-delà ces lucarnes éclairées, à être “comme moi” ?

Combien sont-ils, combien sont-elles, dans le confort relatif d’une chambre, d’un bout de bureau, d’un chez soi modeste mais bien réel, à vivre à moitié ici, à moitié ailleurs, dans d’autres mondes ?

Combien sont-ils, combien sont-elles, à raconter d’autres vies, à vibrer et faire vibrer au rythme d’épopées et de mystères entièrement surgis de leurs imaginaires ?

Combien sont-ils, combien sont-elles, à créer, en proie à cette fièvre qui nous anime quand nous viennent les images, les sons, les sens ?

Peut-être certaines et certains rêvent-ils, comme moi, de publier, de faire partager au plus grand nombre. Peut-être se satisfont-ils de la passion de leur entourage, puissant moteur du rêve. Peut-être certains et certaines ne créent-ils que pour eux-mêmes.

Et ainsi, tout en rentrant chez moi le soir, il m’arrive d’éprouver un étrange désir, mêlé d’envie, d’un peu de jalousie. Je voudrais les voir, je voudrais les connaître. Ah, que leurs proches, leurs amis, leurs aimés ont de la chance, eux qui sont aux premières loges quand ils leur font partager leurs créations !

Et souvent, le lendemain matin, en reprenant le train, je me dis : qui sait quelles merveilles je croise chaque jour sans jamais le savoir ?

La prochaine fois que vous serez perdus dans la foule, ou que, de loin, vous apercevrez de la lumière briller à la fenêtre d’un immeuble ou d’une maison inconnue, pensez-y. Pensez à tous ces mondes, toutes ces vies, qui se dissimulent en chacun de nous.

Pensez à toutes ces merveilles que vous croisez chaque jour sans jamais le savoir…

Bilan d’étape (2)

Je vous l’ai déjà dit, et redit : je trouve que la vie va trop vite pour moi, surtout depuis quelques temps.

C’est pour cette raison, et dans le seul but d’essayer de m’y retrouver moi-même un peu, que j’effectue régulièrement des “bilans d’étape”. Le dernier date du mois d’avril. Près de cinq mois plus tard, j’éprouve le besoin de me poser de nouveau quelques instants, histoire de faire le point.

Je rentre tout juste, vous le savez, de mon troisième voyage en Roumanie. À l’issue de cette troisième virée, je me dois de vous le confirmer : je crains fort d’être définitivement “perdu pour la France”. Sauf pour ma chère Dordogne, et un certain coin en Bretagne qui m’est également très cher.

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© Yann Ollivier

Mais, oui, donc, je suis définitivement mordu, accro, contaminé. Ma roumanite est aiguë, et elle ne fait qu’empirer (enfin, tout est une question de point de vue, moi, je trouve qu’elle s’améliore) au fil des heures, et de mes voyages.

Reste que ces petits bilans servent surtout à vous parler de l’état d’avancement de mes travaux (j’ai la prétention de croire que si vous avez fait l’effort de venir jusque-là, c’est que ça vous intéresse).

Et de ce côté-là, ça a bougé, encore, un peu.

Tout d’abord, je suis rentré de ma vadrouille dans les Carpates avec la perspective de plus en plus précise d’une publication en roumain de La Fiancée noire, ce qui, après Tchorna naretchena en ukrainien, qui continue de faire ma fierté, donnerait Logodnica neagra, ce qui est pas mal non plus, dans le genre musicalité.

Je n’ai pas encore de date, j’attends la décision finale de mon éditeur, Bogdan Hrib, qui est aussi un ami, et un sacré auteur de polars. Mais s’il donne effectivement son feu vert au projet, je sais que je vais, une fois de plus, rester scotché au plafond pendant un petit moment (c’est que je suis un garçon émotif, voyez-vous).

Toujours sur le front roumain, aiguillonné par mes neuf jours oniriques sur place, je me suis enfin décidé à mettre le point final à la version longue de Terre promise. La genèse de l’aventure, vous l’avez suivie ici, je ne vais donc pas revenir dessus. Disons simplement que je suis encore sous le choc d’avoir bouclé ce texte, sans doute le plus personnel, le plus charnel, le plus sanglant que j’aie jamais écrit.

Qui, lui aussi, sera peut-être bientôt publié. En roumain. Là-bas. Par une amie que j’admire et respecte au plus haut point. Là, le plafond, je vais le crever.

Allons, allons, pas le temps de s’endormir ! Car avec tout ça, j’ai pris du retard sur la rédaction de la suite de la Fiancée noire, que mon éditrice et mon traducteur ukrainiens attendent. Par conséquent, une fois ce petit billet mis en ligne, je retournerai à mon métier à tisser, pour raconter la suite des exploits de la mystérieuse et terrible Telei dans les rues de Kiev en pleine révolution.

Toutefois, comme annoncé, je trouverai bien un peu de temps pour vous parler des gens merveilleux que j’ai rencontrés ou retrouvés dans ma Terre promise.

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Sur cette photo, une amie hors le temps et plusieurs nouvelles rencontres se croisent…

De celles et ceux, aussi, que je n’ai pas pu voir, mais que je reverrai sous peu, car, oui, j’y retourne bientôt.

Avant, sans doute, de vous proposer un troisième bilan d’étape.

Où ?

Voici un très joli et court poème écrit par Teodora Elena Matei.

Plus rien ne m’arrête, je me crois même autorisé à traduire des vers du roumain, maintenant.

Teodora, amie rencontrée à Tîrgu Mures, auteur de polars et de romans fantastiques dont le talent n’a d’égal que la modestie, m’a donné son accord. Pas sûr qu’elle ait bien fait.

En tout cas, moi j’ai craqué pour son texte, et voilà le résultat, plus ou moins heureux, en français.

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Où ?

Où s’en vont-elles,

Toutes les paroles,

Quand elles s’éteignent ?

Ont-elles un Paradis,

Qu’elles gagnent à tire-d’aile ?

Ou ont-elles un Enfer,

Où sombrent leurs passions ?

Non, elles n’ont pas de couleur,

Pas plus que de saveur,

Elles n’ont ni « haut », ni « bas »,

Elles ne sont que des ombres

Que nous dressons

Quand nous nous trouvons seuls,

Et nus.

©Teodora Elena Matei

Plus vite que la musique…

Tout va trop vite.

Pour moi, en tout cas.

Je sais, je me répète, mais je ne peux m’empêcher de le constater, et de le dire, ou de l’écrire, comme pour tenter de conjurer le sort, cette sensation d’accélération, cette impression d’être de plus en plus entraîné dans une danse folle qui ne ralentira plus jamais.

Une danse qui ne me laisse plus le temps de rien, et surtout pas de vous conter mes histoires, mes voyages.

Plus de neuf mois déjà se sont écoulés depuis le jour où j’ai, pour la première fois, posé le pied sur ma Terre promise. Depuis ce jour magique où j’ai compris que je ne m’étais finalement pas trompé dans ma passion indestructible pour ce pays que j’aime chaque jour un peu plus.

Depuis, j’y suis retourné, deux fois. À la fin du mois de mars, et à la fin du mois d’août. J’en reviens tout juste, avec un sentiment de décalage plus aigu que jamais. J’en reviens tout juste et je n’ai qu’une envie, c’est de vous parler de tout ce que j’ai vu, goûté, senti, ressenti, entendu, écouté. Alors que je ne vous ai presque rien dit de mon deuxième voyage, qui avait été tout aussi intense, puissant, profond.

L’absurdité de cette situation, du fait qu’à chaque fois, je vis, vois, apprends et enregistre plus que je n’aurai jamais le temps de vous transmettre, me heurte aujourd’hui plus violemment qu’auparavant.

Oui, tout va trop vite. Je prépare déjà mon prochain voyage, dans deux mois. Que puis-je donc faire pour vous donner un peu de ce que j’ai reçu ? Les images peuvent-elles suffire à remplacer ces mots que je n’aurai jamais le temps d’écrire ?

Non, mais c’est tout ce que j’ai à vous offrir aujourd’hui.

Alors, si vous en avez la patience, feuilletez ce petit album qui vous montrera quelques fragments de ce qu’a été mon bonheur. Comme ça, j’aurai l’illusion de vous avoir emmenés avec moi.

Et comme je suis gentil, en fin de compte (mais si, je vous assure), voici une carte, pour que vous puissiez un peu vous y retrouver.

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Vous pouvez repérer toutes les villes où l’on m’a accueilli avec générosité depuis novembre 2015 : Bucarest, bien sûr, mais aussi Sibiu, Brasov, Tîrgu Mures, et Pitesti.

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Entre cette image d’une ville à laquelle je suis particulièrement lié…

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…et ce coucher de soleil sur les Carpates, cinq mois se sont écoulés. Cinq mois de manque et d’incertitude. Mais quelle récompense.

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Sur la grand-place de Tîrgu Mures, littérature et débats sont au programme.

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Au pied du théâtre, les tentes se dressent. Et le théâtre lui-même est la parfaite incarnation de l’étrange dualité de la ville, avec ses deux grandes affiches, l’une en roumain, l’autre en hongrois. Ici, les tensions entre les deux communautés sont présentes, en filigrane. L’envie de vivre ensemble, elle, est heureusement la plus forte.

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Sur le stand des éditions Tritonic, ça ne rigole plus…

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C’est qu’il y a du beau monde à exposer. Pour les curieux, Spada, de Bogdan Teodorescu, vient d’être publié en français chez mes amis d’Agullo Éditions.

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Pendant ce temps-là : “Prenons notre air sérieux, se disait l’auteur, comment ça va trop les impressionner !” © A. Ojica

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“Ah, ben non, tiens.” © A. Ojica

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Après toutes ces journées passées à pontifier comme un grand génie du journalisme, de la traduction et de l’écriture, il fut décidé d’embarquer l’auteur pour de nouvelles aventures, gustatives, dans les hauteurs par-delà le village de Bala.

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C’était inviter le loup dans la bergerie…

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Finalement chassé à coups de pierre pour avoir jeté son dévolu sur un peu trop de jolies brebis, le terrifiant prédateur n’eut d’autre choix que de se réfugier sur les terres d’une redoutable princesse dace de ses amies. Laquelle mériterait à elle seule au moins tout un livre. Ce qui sera le cas, d’ailleurs.

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Les vrais maîtres du pays, ce sont eux.

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Par les rues tortueuses de l’imposante Brasov, la princesse dace le mena…

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…jusqu’à cette plaque qui, elle le savait, le toucherait en plein cœur. Car il y est fait mention du compositeur qui, en ces terres, lui parle mieux qu’aucun autre. Et enfin, il eut, un court instant, la sensation que la vie n’allait pas plus vite que la musique…

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