Hier soir, trois sourds-muets se sont foutus de ma gueule.

À cause de ma taille.

Pas la première fois que l’on se fout de ma gueule pour ça. Mais de la part de sourds-muets, là, c’est une première.

Faut dire, j’exagérais, c’était de la provoc’ : j’étais en compagnie d’une grande et belle jeune femme. Et ça, outre que ça m’arrive souvent (toutes mes amies sont belles, et elles sont toutes plus grandes que moi), c’est un motif garanti de moquerie.

Voire d’agression.

Il y a longtemps, dans le métro, j’étais avec ma compagne (oui, belle, et plus grande que moi). Ce qui a dérangé un hurluberlu. Noir, varions les plaisirs. Qui, en gros, lui a demandé ce qu’elle faisait avec moi. Et quand je me suis révolté, il m’a répondu : “T’as vu comment tu es foutu ?”

Il s’est ensuite barré comme une merde, parce que j’étais prêt à me battre. Mais des moments comme ça, j’en ai vécu plus que ma part.

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Il dit quoi, l’échalas ?

On dit souvent que la petite taille des gens comme moi ne gêne que les grands. Ce n’est pas faux, mais ce sont les petits qui le disent. Les grands, eux, ne se cherchent même pas de raison.

Sur les petits, on peut taper, des deux mains et des deux pieds, c’est discrètement autorisé. Voyez comme on s’en prend à un ancien président, personnage du reste absolument exécrable. En ne négligeant jamais, quand on espère susciter l’hilarité à peu de frais, de jouer sur le fait qu’il est “petit”. Comme si cela justifiait les excès. Car si un petit veut le pouvoir, c’est forcément pour compenser. Alors qu’un grand, lui, aurait simplement vocation naturelle à commander ?

Oh, certes, le répugnant bonhomme compense à mort, à coups de talonnettes, de Rolex et de top-model refaite sur le retour.

Moi aussi, certains diront que je compense. À coups d’imaginaire, lequel est beaucoup trop grand pour moi, c’est clair. Grâce à cet imaginaire démesuré, je me suis entouré d’amis formidables, et j’ai rencontré celles qui sont parfois devenues mes compagnes, que ma taille n’a jamais dérangées, et qui m’ont énormément, immensément apporté.

Malgré tout, parfois, il m’arrive d’être encore confronté à cette cruauté particulière, dont j’ai été la cible délibérée toute mon enfance. Ainsi, avant les sourds-muets, un autre soir, il y a de cela quelques années, rentrant chez moi, j’ai croisé le chemin de deux gamins. M’avisant, le plus âgé a alors expliqué d’un ton docte à son cadet :

“Regarde, un petit nain…”

Je n’ose penser à ce que ce pauvre crétin, produit de l’éducation crétine de ses parents crétins, aurait dit s’il avait effectivement croisé un vrai nain.

Mais quand même, des sourds-muets, merde. Je les croyais un peu au-dessus de ça.

Ce qui m’aura enseigné deux choses.

D’une part, alors que, dans notre société dégoulinante d’angélisme, les handicapés sont censés être des personnes forcément exceptionnelles de par leur différence, en réalité, les sourds-muets sont des gens comme les autres. Ils sont largement aussi cons.

Et d’autre part, on est toujours le nain de quelqu’un.

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Chez les nains aussi, il doit y avoir des cons. Qui se moquent peut-être des sourds-muets. Peter Dinklage, en revanche, c’est la classe absolue. Nain, et fier de l’être. Moi qui ne suis pas du tout comme lui (je mesure 23 centimètres de plus que lui et je ne présente aucun des symptômes du nanisme, lequel, rappelons-le, est une maladie), vous voulez que je vous dise ? Voilà ce que j’appelle un grand monsieur.