Étrange expérience que celle d’il y a quelques nuits.

Les rêves sont pour moi une formidable matière première. Aussi leur accordé-je une grande attention, quand j’ai la chance de m’en souvenir, ce qui n’est pas rare, car il y a quarante que j’ai pris l’habitude de les noter, vieux truc bien connu qui permet, généralement, de ne pas les oublier trop vite.

Il est arrivé que certains rêves m’inspirent des livres entiers, du début jusqu’à la fin, les deux exemples les plus frappants étant Miranda (dont je vous parlerai une autre fois) et L’Épouse à somme nulle, déjà évoquée ici. Ce qui est quand même bien pratique, reconnaissons-le. Le matin, après une bonne nuit de sommeil, on se réveille avec une histoire complète dans la boîte (crânienne). Il ne reste plus qu’à l’écrire (et c’est là que les ennuis commencent).

Une nuit, c’est même avec une trilogie complète que je me suis réveillé en sursaut. Elle existe désormais (sous forme de synopsis), au point de prendre une place énorme dans mes projets, sous le titre d’En bleu et vert.

J’aime le rêve, donc, et même les cauchemars ne me font pas peur. Ou plutôt, si, ils me font peur, mais je sais toujours en tirer quelque chose.

Toutefois, le rêve dont je vais vous parler à quelque chose de particulier. Le scénario, incomplet, est à peu près le suivant :

Je voyais et vivais l’action par les yeux d’un de mes personnages fétiches, un de mes avatars favoris, le détective privé Robert Trombonard. Qui, cette fois, travaillait en tandem avec un vieux flic japonais, l’inspecteur Mashimoto.

Ils enquêtaient dans un environnement urbain fait de chantiers inachevés et de bâtisses de béton abandonnées. Tout tournait autour d’une affaire de disparitions frappant des familles aisées, dont une franco-japonaise. Avec le recul, je me dis que l’action se situait peut-être en Asie, mais pas au Japon.

sathornunique4

Mashimoto reliait l’affaire à la disparition de sa propre fille, qui s’était volatilisée dix ans plus tôt. C’était un homme amer, fatigué, tenace et bourré d’humour. Le genre de camarade de jeu dont raffole Trombonard.

Mais le plus étrange n’est pas là. Régulièrement, sur leur parcours, les deux hommes tombaient sur des scènes comme figées dans le temps, en trois dimensions, en noir et blanc. On y voyait la plupart du temps des hommes en costume-cravate en interrogeant d’autres, fouillant des lieux, discutant entre eux. Enquêtant eux aussi, autrement dit.

Dans le rêve, ces scènes avaient une explication évidente pour Mashimoto et Trombonard, qui s’y déplaçaient aisément tout en les analysant et les commentant : il s’agissait de vestiges encore palpables de l’enquête menée par une équipe du FBI sur la même affaire, équipe qui avait disparu à son tour quelque temps auparavant.

r960-c72e53fdf12f07dde6c688621996bad6

Et le plus curieux, c’est que je me disais, en les voyant, que je les reconnaissais, pour les avoir déjà vécues, déjà rêvées. Le rêve de Mashimoto et Trombonard m’est venu dans la nuit du samedi 10 au dimanche 11 décembre. Et j’étais convaincu que les scènes figées représentant les agents du FBI m’étaient venues, elles, dans un autre rêve, dans la nuit du 4 au 5.

L’ennui étant que, le matin du 5, je n’en avais eu nul souvenir.

Alors, ai-je vraiment rêvé de l’enquête du FBI dans la nuit du 4 ou 5, puis tout oublié, pour que tout me revienne une semaine plus tard dans la peau de Trombonard ? Ou même cette impression d’avoir déjà rêvé ces scènes faisait-elle partie du songe du 11 au 12 ?

Une mise en abyme qui me fascine, dans laquelle je me jette avec délice, tête la première.

liste_la-mise-en-abyme-en-litterature_5903

Et, oui, de cette étrange double enquête qui s’emboite, je ferai quelque chose, sans aucun doute. Dès qu’un autre rêve m’en aura dit un peu plus…