Trop petit pour une si grande guerre. C’est le titre d’un film roumain de 1969.

À vrai dire, je n’aime que le titre, qui m’a toujours fasciné, parce qu’il résume formidablement l’histoire de cette terre dont je suis éperdument amoureux.

Et parce qu’il résume aussi à lui seul ce que je ressens la plupart du temps.

Dernier exemple en date ?

Il y a environ une semaine, un ami artiste et poète, orfèvre des mots, m’a simplement, gentiment, invité à me joindre à une sorte de farandole de créateurs. Comme il a invité d’autres poètes, musiciens, auteurs.

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Mais je me suis retrouvé, littéralement, paralysé.

Incapable de me prendre au jeu, de participer. Soudain confronté à l’impossibilité de faire ce qu’il me demandait, et que tout le monde, pourtant, trouvait simple (à juste titre).

Et j’ai fini par comprendre pourquoi.

Ce que je fais, en tant qu’“auteur”, frise le n’importe quoi absolu. Sa modeste requête m’a mis face à l’absurdité de mon entreprise. Ce que je fais est trop vaste, d’une immensité délirante. À tel point que je suis le premier à ne pas être fichu, désormais, d’en extraire quelques éléments pour les présenter sobrement.

Je suis trop petit pour la si grande guerre que je me suis imposée, tout seul. Personne ne m’a jamais rien demandé.

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Ce cher ami ne savait pas ce qu’il allait déclencher en me proposant de me joindre à la farandole. Je suis resté sur le bord de la piste, à les regarder danser. Désormais, à tout jamais, pris au piège d’un machin trop énorme que je n’arrive même plus à maîtriser.

J’espère ne pas avoir gâché la fête.