L'Œil de Saphir et autres contes

Des mondes à conquérir, ou à reconquérir

Month: mars 2017

Un pont trop loin ?

hmmeABwz4MWH3eelrMpq97dU6BwNon, pas comme ça, même si cette image-là est pour moi lourde de sens et que j’y reviendrai sans doute un jour.

Mais plutôt comme ça :

200px-Bridge_in_kiev_1056-1Ou comme ça :

Бессарабский_мостBref.

Tout ça pour dire qu’au fil des rencontres, au fil des passions, un jour, je me suis dit que je me verrais bien en pont. Va donc, eh, tête de pont.

Certes.

Oui, un temps, je me suis rêvé en passerelle entre les deux terres qui comptent le plus pour moi, entre les deux peuples qui sont comme des frères que je ne comprends pas forcément tout le temps, mais pour qui je serai toujours prêt à tout donner.

Un temps, j’ai rêvé d’être un lien entre l’Ukraine et la Roumanie. Entre ma plus vieille et si chère amie, et l’amour de ma vie.

Quand je suis en Roumanie, outre le fait que je passe mon temps à dire aux Roumains à quel point je les aime et je les admire, à quel point je ne suis parmi eux que pour écouter et apprendre, j’aime à leur parler de l’Ukraine. Ce qui n’est pas si simple, car les Roumains n’aiment aucun de leurs voisins, ou presque. Il y a à cela des raisons historiques, et je ne leur jetterai pas la pierre. Mais en même temps, je décèle en eux, quand il s’agit de cette pauvre Ukraine, martyre éternelle, comme une certaine tendresse. Alors, je persévère.

La preuve ? Cette année devrait être publié en roumain, aux éditions Libris de Brasov, le premier tome de ma trilogie « Vosminih », qui se déroule en Ukraine, de nos jours.

Et quand je suis en Ukraine, outre le fait que je passe mon temps à dire aux Ukrainiens à quel point je les aime et je les admire, à quel point je ne suis parmi eux que pour écouter et apprendre, j’aime à leur parler de la Roumanie. Ce qui n’est pas si simple, car les Ukrainiens ont souvent, hélas, de leurs voisins, une vision absurde héritée de cet empire qui, tout en les écrasant, leur a appris à mépriser tout ce qui n’était pas impérial. Mais en même temps, je décèle en eux, quand il s’agit de cette étrange Roumanie, pétillante et si proche, un indéniable intérêt. Alors, je persévère.

La preuve ? Dans Le Roi de soufre — Révolution, qui doit sortir cette année traduit en ukrainien, un flic roumain, l’inspecteur-chef Sorescu, est mentionné.

Tout comme je m’entête à vouloir parler de ma plus vieille amie et de l’amour de ma vie aux Français qui m’entourent. Quelques-uns me suivent, d’autres s’en lassent, la plupart s’en moquent.

Et pourtant, je persévère.

Serait-ce là la vocation d’un pont ?

De ne jamais céder ?

 

 

La Diatonie maladive — mode d’emploi

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Faisons une (courte) pause.

J’ai quelque chose à vous proposer. Après ce bref prologue en deux parties, que diriez-vous de participer plus activement au développement de l’histoire de La Diatonie maladive ?

Je sais parfaitement où je vais, et qui va faire quoi, aussi pourrais-je me contenter de poursuivre mon récit comme je l’ai entamé. Mais je me dis qu’il serait plus amusant, pour vous comme pour moi, que je continue à vous présenter cette histoire sous une forme différente.

Comme si, par exemple, je vous la racontais autour d’une table, après un bon repas, ou, pour mes chers vieux fidèles, en faisant rouler quelques dés. Dans l’un ou l’autre cas, vous interviendriez, poseriez des questions, voire, pour celles et ceux qui joueraient un rôle, vous prendriez des décisions.

Et tout cela contribuerait à donner encore plus de vie à l’histoire, non ?

Si cela vous tente (et j’aimerais beaucoup que cela vous tente, je vous l’avoue), je vous propose, dans un premier temps, de rejoindre cette nouvelle page consacrée à La Diatonie maladive sur Facebook.

Vous pouvez aussi bien sûr réagir ici. Mais je pense qu’il nous sera plus facile d’interagir sur cette page FB.

Dans un premier temps, je vais continuer à vous raconter cette ténébreuse affaire ici. Puis nous verrons, ensemble, s’il vaut mieux que je transfère le récit sur notre lieu de rendez-vous sur Facebook. Ou pas.

Votre avis, à toutes et tous, compte énormément pour moi. Vous êtes même le moteur de mon envie de raconter des histoires.

Alors, n’hésitez pas, et venez m’aider (et Figuier aussi par la même occasion) à découvrir ce qui se cache derrière l’œuvre de Louis-Félicien Borand…

La Diatonie maladive (2)

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Yves Figuier a profité de son voyage en TGV pour éplucher tout ce qu’il a pu trouver sur Louis-Félicien Borand, compositeur dont deux œuvres ont été citées par Julien Dérimet, le SDF qui a avoué le meurtre de l’ingénieur Thierry Filioux.

Ce simple fait est déjà assez étrange, estime le détective, car même dans le milieu de la musique classique, Borand n’est connu que des amateurs, lesquels se divisent en deux camps : ceux qui considèrent qu’il a donné toute sa mesure avant la guerre et qu’il s’est ensuite perdu dans des expérimentations qui ne méritent même pas le nom de musique, et ceux qui, au contraire, soutiennent que c’est après la guerre que son talent a véritablement explosé, offrant alors au monde des œuvres uniques et formidablement avant-gardistes.

Figuier, dont les goûts musicaux ont souvent tendance à exaspérer son vieil ami et ancien partenaire Robert Trombonard [1], penche plutôt pour la deuxième école. Quoi qu’il en soit, il suffit d’un coup d’œil à la biographie de Borand pour admettre une évidence : la guerre, pour l’artiste, a été synonyme de rupture stylistique majeure…

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Louis-Félicien Borand est né à Bourges en 1910, dans une famille bourgeoise. Son père, Marcel, lui-même compositeur (pour l’essentiel d’oratorios et de pièces à caractère religieux d’un classicisme assumé), est pour le jeune Louis-Félicien, fils unique, un véritable tyran. Il l’oblige à étudier le piano et le chant dès l’âge de 5 ans (réformé pour raisons de santé, Marcel Borand, bien que s’étant porté volontaire, ne sera finalement mobilisé qu’en octobre 1918). Il l’inscrit à l’école nationale de musique de Bourges dès sa fondation en 1921, où le père devient d’ailleurs professeur de solfège et de musicographie, et où le fils donnera plus tard des cours de piano.

C’est donc malgré lui que Louis-Félicien Borand devient musicien professionnel. Il compose et publie ses premiers travaux dans l’indifférence générale, comme Élégie du printemps, poème symphonique, en 1934, et Nisus et Euryale, opéra en un acte, en 1935. La critique l’ignore, même après sa montée à Paris, où il semble qu’il ait tenté de rencontrer Francis Poulenc. Pire encore, son père rédige au sujet de Nisus et Euryale un billet incendiaire dans La portée biturige, revue trimestrielle réservée aux amateurs de musique classique et qui paraît à Bourges de 1899 à 1942.

Borand le jeune s’entête et s’essaie à tous les styles : après son unique symphonie, dite « du Père » (1937), qu’il dirige lui-même (« maladroitement, » d’après son géniteur, dans La portée biturige), et qui semble calquée sur Berlioz, il produit l’année suivante des Pièces pour clavecin dont on jurerait qu’elles ont été écrites par Rameau. Peu à peu, Louis-Félicien se taille la réputation, dans le milieu fermé des compositeurs, de n’avoir qu’un don, celui d’imiter. Ce que confirme la création de son deuxième poème symphonique, Les faunes, en 1938, parfaite réplique des premières œuvres de Debussy.

Jusque-là, toute son œuvre n’a apparemment eu d’autre but que de se concilier un père hautain et manifestement peu soucieux d’encourager son fils. En vain. C’est alors qu’en septembre 1939, Louis-Félicien Borand est mobilisé au sein du 95e régiment d’infanterie. Tout au long de la drôle de guerre, il continue à composer, et écrit régulièrement à ses parents. Seule sa mère lui répond.

Le 19 mai 1940, il est fait prisonnier par les Allemands dans le nord de la France, avec les débris de son unité. Un temps cantonné dans un Stalag en Westphalie, c’est là que l’on perd sa trace. Après la guerre, il affirme avoir simplement fait partie de l’orchestre de chambre formé par certains des prisonniers, ce que confirment les témoignages de quelques anciens du camp où il a été interné en juin 1940, le Stalag VI-K. Mais d’autres anciens disent ne l’avoir jamais vu.

De retour en France, c’est un homme amaigri et distant qui s’installe à Paris. Il rompt tout contact avec sa famille (il ne viendra même pas assister aux obsèques de son père, en 1949), et se met au travail sur des œuvres d’un genre résolument différent. Si, dès la première d’Hamadryas 38, en 1946, d’aucuns vont vouloir y retrouver sa tendance au « mimétisme musical », l’accusant entre autres de plagier Varèse et son Ionisation, à la sortie de son deuxième opus de l’après-guerre, Chants de colère et de métal, les détracteurs se taisent. Ce que propose en effet Borand est désormais si « autre » que la majorité des critiques préfèrent se désintéresser de lui, ne voyant en lui qu’un « faiseur de bruit » (Paul-Marie d’Entrelais, in Cahiers musicologiques, XLVIII, 17, 323-335, 1947).

Avant-guerre, sans doute toujours mû par son désir d’être reconnu par son père, Borand le jeune s’était également essayé à la critique. Il avait publié dans diverses revues, dont La portée biturige, s’en prenant par exemple avec virulence à l’ensemble de l’œuvre et au personnage même d’Albéric Magnard. À son retour en France, il ne semble vouloir se consacrer qu’à la composition. Ses œuvres sont données à Stuttgart, New York et Paris, et saluées par une critique élitiste absolument médusée. L’artiste lui-même se montre peu et communique encore moins. En 1949, il se rend à Seattle pour la première de Lamento di Zêta. En 1950, In a XiXi Glass, « pièce pour objets de verres », n’est jouée qu’une seule fois, à Bruxelles, et tétanise littéralement le public.

Après Fractured View, en 1951, le compositeur français part en tournée aux États-Unis de 1952 à 1955. Rentré en France, il produit coup sur coup deux autres œuvres encore plus inclassables, La Forêt par-delà le bleu, en 1956, et Huit, en 1957. C’est alors qu’il travaille à un opéra-fleuve intitulé Longue mort au Roi (qui débutait par un interminable et terrifiant solo de cloche grave) qu’il meurt, renversé par une voiture avenue d’Italie, le 12 novembre 1957.

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Figuier en est encore à ruminer tout ça quand il descend du car, sur la place de la mairie d’Enzêches. Là, il est accueilli par un Morvandec à la mine déconfite.

— Eh ben, cache ta joie… lui déclare-t-il après avoir récupéré sa valise dans la soute. T’en tires, une tronche.

— Tu vas pas me croire, lui répond le commissaire. Y a une nana d’Europol qui vient juste de débarquer.

— Europol ?

— Apparemment, Dérimet serait un tueur en série. Ou un copycat, comme elle a dit…

 

[1] Qui n’apparaît pas dans cette histoire. Depuis quelques années, Trombonard s’est installé à Bucarest où il exerce lui aussi le métier (qui l’ennuie), de détective privé. Certaines de ses enquêtes feront elles aussi l’objet de romans, comme expliqué ici.

 

La Diatonie maladive (1)

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Un TGV file en direction du sud-est, vers Valence.

À son bord, un personnage que certaines et certains d’entre-vous connaissent bien, puisqu’il s’agit d’Yves Figuier, détective privé de son état [1].

Il est loin d’avoir atteint sa destination. Une fois arrivé à la gare de Valence-TGV, il devra prendre une navette qui, après une heure de route, le déposera devant la mairie d’Enzèches, chef-lieu de canton du célèbre Val d’Enzèches.

Il y est attendu par un vieux camarade, le commissaire Morvandec, patron de la police de ce gros bourg d’une vingtaine de milliers d’habitants, réputé pour la beauté de ses panoramas touristiques, sa gastronomie (comme la célèbre “fillette d’Enzèches”, une saucisse sèche, ou encore la garrotée, ou potée enzéchoise) et son industrie gantière.

Réputé aussi pour son calme, théoriquement. Sauf que là, la paisible cité bourgeoise sise sur les rives de l’Alaune vient de vivre de terribles journées. En effet, un jeune ingénieur lyonnais de 27 ans, Thierry Filioux, y a été retrouvé mort, gisant dans les fourrés du Parc Mesnard, un bel espace vert situé en plein centre-ville.

Filioux a été violenté et massacré dans des conditions abominables.

Il n’a pas fallu longtemps à la police de la région pour identifier le suspect, tant ce dernier n’avait pris aucune précaution. Très vite, elle a interpellé un certain Julien Dérimet, déjà connu des services de police pour vagabondage, menus larcins et attentat à la pudeur.

Au bout de dix heures de garde-à-vue, Dérimet a tout avoué. L’enquête a donc officiellement pris fin, l’assassin attend maintenant de passer devant les juges, l’affaire est réglée.

Mais pas pour Morvandec. Les enquêteurs départementaux repartis, il s’est retrouvé seul dans son modeste commissariat. Seul avec ses questions, auxquelles ses collègues n’ont prêté aucune attention.

Car, quand Dérimet est passé aux aveux, il a également donné la raison de son crime : s’il a tué Filioux, a-t-il affirmé, c’était “à cause de la musique”. Morvandec a bien essayé d’en savoir plus, mais la machine judiciaire était déjà marche, elle avait un coupable, des aveux, des preuves solides, pourquoi traîner davantage. Tout ce que le commissaire d’Enzêches a pu glaner, ce sont les noms de deux œuvres, dont il s’est aussitôt demandé comment un paumé comme Dérimet pouvait en avoir entendu parler, et même prétendre que ces morceaux résonnaient “dans sa tête”, au point de le pousser à massacrer un jeune homme de passage.

Hamadryas 38 et Chants de colère et de métal. Deux cantates étranges, composées par un auteur méconnu du grand public, Louis-Félicien Borand.

Dérimet étant derrière les barreaux, l’affaire était résolue, Morvandec n’avait plus aucune raison de continuer à s’y intéresser. Mais cette histoire de musique l’a perturbé. Il s’est d’abord contenté de chercher le nom de Borand sur Google, est tombé sur la page Wikipédia qui lui est consacrée, et en a déduit qu’il était tout à fait anormal que Dérimet ait pu citer ces deux œuvres.

Il s’est alors tourné vers la seule personne qui, parmi ses amis, s’y connaissait suffisamment en musique classique pour l’éclairer : Yves Figuier, détective privé en cessation d’activités, replié en Bretagne. Qui, stimulé par l’énigme du lien entre Borand et Dérimet, a accepté de sortir de sa retraite.

D’où sa présence à bord du TGV qui file vers Valence…

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Dans un prochain billet, je vous en dirai plus sur l’étonnante carrière de Louis-Félicien Borand, compositeur né à Bourges en 1910, mort à Paris en 1957.

 

[1] Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce cher Figuier, je renouvelle mon offre, déjà formulée dans un billet précédent : si vous voulez en savoir plus sur les aventures de Figuier et de son associé Robert Trombonard, je tiens à votre disposition, sous forme de fichiers Word, les deux premiers tomes de leurs enquêtes. Contactez-moi ici, ou en message privé sur Facebook, et je me ferai une joie de vous les envoyer.

Oh, mais quel beau parcours !

book+rolls+in+a+cuboard

Ah, oui, vraiment.

Quel chemin parcouru, que de réalisations, que de réussites, vous pouvez être fier de…

Non, mais vous rigolez, ou quoi ?

Il y a vingt ans ce mois-ci, je publiais mon premier roman. Et j’accomplissais ainsi ce qui était mon premier pas dans un milieu aussi fascinant que merveilleux : le monde de l’édition.

Le machin en question, sur le contenu duquel je n’épiloguerai pas, était un travail presque de commande, lié à une rencontre. Du reste, n’en déplaise à ceux qui veulent encore y croire, tous les livres que j’ai publiés ne l’ont été que suite à des rencontres, jamais, absolument jamais grâce à de courageux et fébriles envois de manuscrits par la poste. Peut-être que ça existe, peut-être que ça marche, mais pas pour moi.

Un travail de commande, donc, pour une collection de science-fiction. Un bazar à quatre mains, pas trop mal ficelé, sans grande originalité. Du space opera sans ambition.

Qui m’a valu la haine inextinguible de l’univers de la science-fiction française, que je ne connaissais pas. “Ce livre est une merde,” a ainsi lancé un grand critique et auteur a priori réputé et dont je découvrais le nom pour la première fois. Haine inextinguible parce que, quinze ans plus tard, au titre de mon vrai travail, j’ai eu l’outrecuidance d’orchestrer, avec un excellent collègue, un petit supplément à l’hebdomadaire qui me permet de manger et de rester propre messieurs-dames, consacré à la science-fiction. Aussitôt, sur les forums, la communauté de la SF française de s’interroger : de quoi ? Un titre généraliste ose toucher à notre temple sacré ? Et là, le grand critique et auteur, ayant vu mon nom en bas de l’éditorial qui introduisait le supplément, de déclarer (de mémoire) : “Je ne sais pas ce que vaut ce truc, mais l’un des rédacteurs n’est autre que Bidule (moi), qui avait écrit un bouquin qui était une véritable merde.”

Tenace, le milieu français de la science-fiction. Du reste, sans doute ce premier livre était-il, effectivement, de la merde. Après tout, je n’aime pas la science-fiction, c’est le hasard de la rencontre qui a fait que j’ai publié ce petit texte sans prétention.

Bref, voilà pour mes premières aventures dans le milieu de l’édition.

Vingt ans plus tard, on pourrait croire que ça va mieux. Pas vraiment, à vrai dire. Des livres, j’en ai publié dix de plus, dont quatre dont je suis particulièrement fier. J’ai pris un pseudo, ce qui a permis à un de mes ouvrages d’être salué par un site spécialiste de science-fiction (on se demande bien de quoi ils se mêlaient, ceux-là, sachant que la chose est en réalité parue en littérature générale), lequel site ne s’était pas privé pour taxer mes précédentes tentatives, toujours parées de ce vernis de science-fiction particulièrement déplaisant, d’échecs absolus. Là, sous un autre nom et avec la caution d’un éditeur de renom, j’étais soudain presque doué.

Ce qui est assez savoureux.

Et des rencontres, j’en ai fait. J’en ai croisé, des éditeurs et des éditrices, des indifférents et des passionnés, des polis et des impolis, des menteurs et des sincères. La plupart m’ont baladé et me baladent encore. À chaque fois, j’ai dû montrer patte blanche, refaire mes preuves.

Avec le temps, je dois bien avouer que l’exercice en vient à me lasser.

J’ai également publié des nouvelles, puis des essais, en roumain, ceux d’entre-vous qui me lisent ici (vous n’êtes pas nombreux, rassurez-vous) savent tout ce que cela a d’ailleurs déclenché.

Et justement, cette année, je dois bientôt publier un inédit en Roumanie, et un nouveau roman en France. Puis, en 2018, logiquement, un polar.

À chaque fois, je fais mine de m’enthousiasmer, de m’en réjouir, mais en réalité, je n’y crois plus.

Pourquoi ? Je vous l’ai expliqué dans un billet précédent : des histoires, j’en aurais en réalité plus d’une centaine à vous raconter, aussi dois-je faire un choix et décréter que certaines sont plus importantes que d’autres, parce que le temps m’est forcément compté, comme à chacun d’entre-nous, et que l’écriture non seulement me coûte plus qu’elle ne m’amuse, mais qu’en outre, elle ne me nourrit pas.

Sur les livres publiés ou à paraître, cinq seulement font partie de la liste de mes “essentiels”. Il m’en reste vingt-cinq à écrire, et je suis à peu près sûr de n’en publier qu’un sur le tas.

Encore l’édition en question sera-t-elle confidentielle, même s’il est ensuite traduit en ukrainien et en roumain, ce qui me touche plus que je ne peux l’exprimer.

Alors, vous voyez, il ne faut pas se fier aux apparences. Le chemin parcouru n’est rien par rapport à celui qu’il me reste à parcourir.

En courant.

Contre la montre…

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