Après une journée de travail, assis dans le RER, je me laisse bien souvent emporter dans mes mondes.

Je me coupe aisément de ce qui m’entoure, mes yeux se fixent sur le lointain, et je pars, durant les trente ou quarante minutes que dure mon déplacement, dans mes histoires.

Et c’est bien. Et utile, aussi.

Mais parfois, il m’arrive de sortir de mes explorations intérieures. Surtout quand les jours raccourcissent, comme en ce moment, et que, dans le crépuscule, les silhouettes dentelées des immeubles de ma banlieue se parent peu à peu de lumière.

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Les lumières de la nuit, fenêtres ouvertes sur d’autres mondes…

Alors me vient une question, tandis que je contemple, qui s’enfuient sur les côtés, ces lucarnes bleues et dorées, fragments d’intimités à jamais inaccessibles, petits pans de vie que je ne peux qu’entrevoir.

Cette question, la voilà :

combien sont-ils, combien sont-elles, par-delà ces lucarnes éclairées, à être “comme moi” ?

Combien sont-ils, combien sont-elles, dans le confort relatif d’une chambre, d’un bout de bureau, d’un chez soi modeste mais bien réel, à vivre à moitié ici, à moitié ailleurs, dans d’autres mondes ?

Combien sont-ils, combien sont-elles, à raconter d’autres vies, à vibrer et faire vibrer au rythme d’épopées et de mystères entièrement surgis de leurs imaginaires ?

Combien sont-ils, combien sont-elles, à créer, en proie à cette fièvre qui nous anime quand nous viennent les images, les sons, les sens ?

Peut-être certaines et certains rêvent-ils, comme moi, de publier, de faire partager au plus grand nombre. Peut-être se satisfont-ils de la passion de leur entourage, puissant moteur du rêve. Peut-être certains et certaines ne créent-ils que pour eux-mêmes.

Et ainsi, tout en rentrant chez moi le soir, il m’arrive d’éprouver un étrange désir, mêlé d’envie, d’un peu de jalousie. Je voudrais les voir, je voudrais les connaître. Ah, que leurs proches, leurs amis, leurs aimés ont de la chance, eux qui sont aux premières loges quand ils leur font partager leurs créations !

Et souvent, le lendemain matin, en reprenant le train, je me dis : qui sait quelles merveilles je croise chaque jour sans jamais le savoir ?

La prochaine fois que vous serez perdus dans la foule, ou que, de loin, vous apercevrez de la lumière briller à la fenêtre d’un immeuble ou d’une maison inconnue, pensez-y. Pensez à tous ces mondes, toutes ces vies, qui se dissimulent en chacun de nous.

Pensez à toutes ces merveilles que vous croisez chaque jour sans jamais le savoir…