L'Œil de Saphir et autres contes

Des mondes à conquérir, ou à reconquérir

Un rêve dans le rêve… (3)

ou plutôt…

Un film dans le rêve.

Encore une curieuse, et satisfaisante expérience, pas plus tard que la nuit dernière. Encore un rêve, encore un emboitement d’histoires.

Dans ce rêve-là, j’étais simplement assis chez moi, et je regardais la télévision. Plus exactement, je regardais un film. Danois.

J’ai toujours été attiré par les pays scandinaves, et sans occuper la place qu’ont la Roumanie et l’Ukraine dans mon cœur et ma vie, le Danemark a quelque chose de particulier pour moi. Parce que j’ai la chance d’avoir une merveilleuse amie danoise, vibrante de courage et de créativité (elle est à l’origine de l’histoire des Neuf Preuses), qui m’a tout simplement donné envie d’en savoir plus sur sa terre natale.

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C’est d’ailleurs grâce à elle que j’ai pu regarder 9. april, un film qui m’a beaucoup touché, sur les soldats danois qui se sacrifièrent inutilement en 1940 pour retarder la Wehrmacht de quelques heures.

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Alors, dans ce rêve, me voici donc devant ma télévision, à regarder ce film qui n’existe pas, en danois sous-titré en anglais (non, désolé, je ne parle pas le danois — j’ai essayé, hein, mon amie pourrait en témoigner, et ça l’a bien amusée).

L’action se situe dans la ville d’Odense (ce que je viens de décider, parce que certaines images de cette dernière correspondent à ce que j’ai vu), dans les derniers jours de l’occupation allemande, en mai 1945. Le Danemark, comme tant d’autres pays d’Europe, a connu une histoire trouble tout au long des années de guerre. Comme partout, il y a eu des résistants, et des collaborateurs, des nazis, des salauds et des héros, des moments grandioses et d’autres lamentables. Comme partout, hommes et femmes ont été ce qu’ils sont, humains, pour le meilleur et pour le pire.

Dans ce contexte, le héros du film, un vieux garçon, bourgeois aisé, se ronge les sangs, parce qu’il n’a “rien fait” depuis 1940. Il veut se battre, visiblement pour régler un vieux compte avec un père omniprésent, écrasant, bien que mort depuis un moment déjà. Un père militaire, semble-t-il.

Quand le pays se soulève contre l’occupant, sa décision est prise, il participera aux combats. Il enfile l’ancien uniforme de son géniteur, récupère le vieux fusil familial soigneusement emballé dans des torchons, et s’élance dans la rue, sans trop savoir ce qu’il va faire. Emporté par sa fougue toute neuve, alors que le désordre se répand et que des coups de feu retentissent un peu partout, il avise deux soldats allemands, l’air perdu. Il leur tire dessus, mais ne parvient qu’à les blesser.

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Des résistants danois font le coup de feu dans les rues d’Odense, le 5 mai 1945.

Choqué par ce qu’il vient de faire, il s’enfuit.

Sur sa route, dans les ruelles, il croise des prisonniers soviétiques évadés qui tentent de se dissimuler derrière un mur de briques.

Plus tard, on le retrouve près d’une cabane de pêche qui lui appartient, à côté d’un plan d’eau. Dans l’étrange atmosphère de kermesse et d’anarchie qui accompagne la libération de la ville, des soldats allemands se baignent avec des jeunes filles du coin. Le héros, lui, est assis sur un billot contre sa cabane, la tête entre les mains. Il a abandonné son fusil dans sa fuite.

Il pleure.

Sortant de l’eau, un Allemand et une fille, ivres, forcent l’entrée de la cabane, sous ses yeux. Leurs intentions sont claires. Partout autour d’eux, le monde est une nouvelle fois en train de changer de face, et eux comptent profiter du moment qu’ils partagent de la façon la plus simple et la plus naturelle qui soit.

Ils ne peuvent savoir que leur légèreté horrifie le héros qui, écœuré tant par leur attitude que par ce qu’il a lui-même fait, et ce qu’il considère aussi comme sa propre lâcheté, dégaine un couteau et se rue à l’intérieur de la cabane, où, toujours en larmes, il poignarde l’Allemand.

C’est là que ma télé onirique s’est éteinte, et que je me suis réveillé.

Mais j’ai passé la journée à avoir eu l’impression de l’avoir vu, ce film. Et j’ai très envie d’en écrire le scénario. D’en savoir plus sur cet homme un peu minable, ni bon ni mauvais, seulement dépassé par l’histoire, la grande, qui se jouait autour de lui, et la petite, celle de sa famille, qui lui pesait tant.

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4 Comments

  1. Dizzy

    En fait, t’as un atelier de création Arte intégré dans ta machine à rêves, quoi… ;)

  2. PERSEE

    Eh ! bien moi, figurez-vous, chère Dizzy, j’étais à l’avant-première du récit(al), et devant un hamburger double steak encore ! :special_VIP: Oui, bon d’accord, on nous en propose une version rédigée et illustrée, c’est pas mal non plus…

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