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Ah, oui, vraiment.

Quel chemin parcouru, que de réalisations, que de réussites, vous pouvez être fier de…

Non, mais vous rigolez, ou quoi ?

Il y a vingt ans ce mois-ci, je publiais mon premier roman. Et j’accomplissais ainsi ce qui était mon premier pas dans un milieu aussi fascinant que merveilleux : le monde de l’édition.

Le machin en question, sur le contenu duquel je n’épiloguerai pas, était un travail presque de commande, lié à une rencontre. Du reste, n’en déplaise à ceux qui veulent encore y croire, tous les livres que j’ai publiés ne l’ont été que suite à des rencontres, jamais, absolument jamais grâce à de courageux et fébriles envois de manuscrits par la poste. Peut-être que ça existe, peut-être que ça marche, mais pas pour moi.

Un travail de commande, donc, pour une collection de science-fiction. Un bazar à quatre mains, pas trop mal ficelé, sans grande originalité. Du space opera sans ambition.

Qui m’a valu la haine inextinguible de l’univers de la science-fiction française, que je ne connaissais pas. “Ce livre est une merde,” a ainsi lancé un grand critique et auteur a priori réputé et dont je découvrais le nom pour la première fois. Haine inextinguible parce que, quinze ans plus tard, au titre de mon vrai travail, j’ai eu l’outrecuidance d’orchestrer, avec un excellent collègue, un petit supplément à l’hebdomadaire qui me permet de manger et de rester propre messieurs-dames, consacré à la science-fiction. Aussitôt, sur les forums, la communauté de la SF française de s’interroger : de quoi ? Un titre généraliste ose toucher à notre temple sacré ? Et là, le grand critique et auteur, ayant vu mon nom en bas de l’éditorial qui introduisait le supplément, de déclarer (de mémoire) : “Je ne sais pas ce que vaut ce truc, mais l’un des rédacteurs n’est autre que Bidule (moi), qui avait écrit un bouquin qui était une véritable merde.”

Tenace, le milieu français de la science-fiction. Du reste, sans doute ce premier livre était-il, effectivement, de la merde. Après tout, je n’aime pas la science-fiction, c’est le hasard de la rencontre qui a fait que j’ai publié ce petit texte sans prétention.

Bref, voilà pour mes premières aventures dans le milieu de l’édition.

Vingt ans plus tard, on pourrait croire que ça va mieux. Pas vraiment, à vrai dire. Des livres, j’en ai publié dix de plus, dont quatre dont je suis particulièrement fier. J’ai pris un pseudo, ce qui a permis à un de mes ouvrages d’être salué par un site spécialiste de science-fiction (on se demande bien de quoi ils se mêlaient, ceux-là, sachant que la chose est en réalité parue en littérature générale), lequel site ne s’était pas privé pour taxer mes précédentes tentatives, toujours parées de ce vernis de science-fiction particulièrement déplaisant, d’échecs absolus. Là, sous un autre nom et avec la caution d’un éditeur de renom, j’étais soudain presque doué.

Ce qui est assez savoureux.

Et des rencontres, j’en ai fait. J’en ai croisé, des éditeurs et des éditrices, des indifférents et des passionnés, des polis et des impolis, des menteurs et des sincères. La plupart m’ont baladé et me baladent encore. À chaque fois, j’ai dû montrer patte blanche, refaire mes preuves.

Avec le temps, je dois bien avouer que l’exercice en vient à me lasser.

J’ai également publié des nouvelles, puis des essais, en roumain, ceux d’entre-vous qui me lisent ici (vous n’êtes pas nombreux, rassurez-vous) savent tout ce que cela a d’ailleurs déclenché.

Et justement, cette année, je dois bientôt publier un inédit en Roumanie, et un nouveau roman en France. Puis, en 2018, logiquement, un polar.

À chaque fois, je fais mine de m’enthousiasmer, de m’en réjouir, mais en réalité, je n’y crois plus.

Pourquoi ? Je vous l’ai expliqué dans un billet précédent : des histoires, j’en aurais en réalité plus d’une centaine à vous raconter, aussi dois-je faire un choix et décréter que certaines sont plus importantes que d’autres, parce que le temps m’est forcément compté, comme à chacun d’entre-nous, et que l’écriture non seulement me coûte plus qu’elle ne m’amuse, mais qu’en outre, elle ne me nourrit pas.

Sur les livres publiés ou à paraître, cinq seulement font partie de la liste de mes “essentiels”. Il m’en reste vingt-cinq à écrire, et je suis à peu près sûr de n’en publier qu’un sur le tas.

Encore l’édition en question sera-t-elle confidentielle, même s’il est ensuite traduit en ukrainien et en roumain, ce qui me touche plus que je ne peux l’exprimer.

Alors, vous voyez, il ne faut pas se fier aux apparences. Le chemin parcouru n’est rien par rapport à celui qu’il me reste à parcourir.

En courant.

Contre la montre…