L'Œil de Saphir et autres contes

Des mondes à conquérir, ou à reconquérir

La Diatonie maladive (1)

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Un TGV file en direction du sud-est, vers Valence.

À son bord, un personnage que certaines et certains d’entre-vous connaissent bien, puisqu’il s’agit d’Yves Figuier, détective privé de son état [1].

Il est loin d’avoir atteint sa destination. Une fois arrivé à la gare de Valence-TGV, il devra prendre une navette qui, après une heure de route, le déposera devant la mairie d’Enzèches, chef-lieu de canton du célèbre Val d’Enzèches.

Il y est attendu par un vieux camarade, le commissaire Morvandec, patron de la police de ce gros bourg d’une vingtaine de milliers d’habitants, réputé pour la beauté de ses panoramas touristiques, sa gastronomie (comme la célèbre “fillette d’Enzèches”, une saucisse sèche, ou encore la garrotée, ou potée enzéchoise) et son industrie gantière.

Réputé aussi pour son calme, théoriquement. Sauf que là, la paisible cité bourgeoise sise sur les rives de l’Alaune vient de vivre de terribles journées. En effet, un jeune ingénieur lyonnais de 27 ans, Thierry Filioux, y a été retrouvé mort, gisant dans les fourrés du Parc Mesnard, un bel espace vert situé en plein centre-ville.

Filioux a été violenté et massacré dans des conditions abominables.

Il n’a pas fallu longtemps à la police de la région pour identifier le suspect, tant ce dernier n’avait pris aucune précaution. Très vite, elle a interpellé un certain Julien Dérimet, déjà connu des services de police pour vagabondage, menus larcins et attentat à la pudeur.

Au bout de dix heures de garde-à-vue, Dérimet a tout avoué. L’enquête a donc officiellement pris fin, l’assassin attend maintenant de passer devant les juges, l’affaire est réglée.

Mais pas pour Morvandec. Les enquêteurs départementaux repartis, il s’est retrouvé seul dans son modeste commissariat. Seul avec ses questions, auxquelles ses collègues n’ont prêté aucune attention.

Car, quand Dérimet est passé aux aveux, il a également donné la raison de son crime : s’il a tué Filioux, a-t-il affirmé, c’était “à cause de la musique”. Morvandec a bien essayé d’en savoir plus, mais la machine judiciaire était déjà marche, elle avait un coupable, des aveux, des preuves solides, pourquoi traîner davantage. Tout ce que le commissaire d’Enzêches a pu glaner, ce sont les noms de deux œuvres, dont il s’est aussitôt demandé comment un paumé comme Dérimet pouvait en avoir entendu parler, et même prétendre que ces morceaux résonnaient “dans sa tête”, au point de le pousser à massacrer un jeune homme de passage.

Hamadryas 38 et Chants de colère et de métal. Deux cantates étranges, composées par un auteur méconnu du grand public, Louis-Félicien Borand.

Dérimet étant derrière les barreaux, l’affaire était résolue, Morvandec n’avait plus aucune raison de continuer à s’y intéresser. Mais cette histoire de musique l’a perturbé. Il s’est d’abord contenté de chercher le nom de Borand sur Google, est tombé sur la page Wikipédia qui lui est consacrée, et en a déduit qu’il était tout à fait anormal que Dérimet ait pu citer ces deux œuvres.

Il s’est alors tourné vers la seule personne qui, parmi ses amis, s’y connaissait suffisamment en musique classique pour l’éclairer : Yves Figuier, détective privé en cessation d’activités, replié en Bretagne. Qui, stimulé par l’énigme du lien entre Borand et Dérimet, a accepté de sortir de sa retraite.

D’où sa présence à bord du TGV qui file vers Valence…

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Dans un prochain billet, je vous en dirai plus sur l’étonnante carrière de Louis-Félicien Borand, compositeur né à Bourges en 1910, mort à Paris en 1957.

 

[1] Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce cher Figuier, je renouvelle mon offre, déjà formulée dans un billet précédent : si vous voulez en savoir plus sur les aventures de Figuier et de son associé Robert Trombonard, je tiens à votre disposition, sous forme de fichiers Word, les deux premiers tomes de leurs enquêtes. Contactez-moi ici, ou en message privé sur Facebook, et je me ferai une joie de vous les envoyer.

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2 Comments

  1. Dizzy

    Oh-oh… là, oui, on commence à entrevoir ou deviner ce qui se trame… Moi je pensais plus à un accordéon, mais ça, c’est ma culture bal-musette qui reprend le dessus. Et bien sûr, je me suis laissé avoir à chercher la page Wiki de Louis-Félicien Borand. (ah j’ai l’air fin… c’est qu’entre fiction et érudition, je finis par me perdre dans les méandres, là…)
    La suite! La suite! — et puis après tu pourras faire la page Wiki, qui concurrencera celle du philosophe Botul ;)

    • admin

      J’ai effectivement tout ce qu’il faut pour la faire, la page Wiki de Borand… >:))

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