L'Œil de Saphir et autres contes

Des mondes à conquérir, ou à reconquérir

Le raconteur raconté — La prequel

Vous vous souvenez d’Anca ?

Je vous ai parlé d’elle, et de ce qu’elle a écrit sur une de mes histoires, ici.

Anca fait bien plus que cela, puisqu’elle est aussi en train de traduire ladite histoire vers le roumain. Je ne trouverai jamais les mots pour exprimer ce que je ressens à l’idée d’être publié, bientôt, dans ma Terre promise.

Mais, les hasards de la vie étant ce qu’ils sont (vous savez que je n’y crois pas), il y a peu, une amie m’a retrouvé, après quelques années d’absence. Une amie qui, avant Anca, avait été la première à rédiger un texte sur mes livres. Cet article, je vous le livre ci-dessous, pour celles et ceux à qui je ne l’ai pas encore fait lire.

Le plus agréable, avec ce diable de hasard, c’est qu’ainsi, mes histoires servent de pont entre deux âmes magnifiques, formidables incarnations de ce que leurs deux nations ont à offrir au reste du monde.

Oui, j’ai bien dit pont. Or, n’est-ce pas ce que j’ai toujours voulu être ?

Je suis un gros pont, et fier de l’être !

Un immense merci à Olha et Anca.

Romania-vs-Ukraine

Dr. Romanova Olha

(Institut de Littérature Taras Chevtchenko, Académie des Sciences d’Ukraine)

La perception de l’Ukraine dans la première moitié du XXe siècle dans les romans de Roman Rijka, Vasyl Barka et Mikhaïl Boulgakov. L’écologie de la conscience.

 

Essayer de comparer la vision du monde de différents écrivains est un travail ardu. Chaque auteur a sa personnalité propre, sa propre vision du monde, et aura donc une perception propre de tous les événements. Comment peut-on parler aujourd’hui d’événements qui ont été passés sous silence lorsqu’ils se sont produits ? Quels accents et quelles priorités faut-il mettre dans une telle étude ? Faut-il classer les écrivains selon leur origine, leur année de naissance. Ou leurs points de vue politiques ? Quel doit être le critère de présentation du tableau objectif du monde et de l’histoire de l’État (si l’objectivité en général est atteignable dans la littérature).

L’Ukraine du début du XXe siècle a été le théâtre d’un affrontement politique et moral. Elle a connu deux guerres mondiales, la guerre civile, la déportation, la famine, la répression et une tentative de dénationalisation complète du territoire.

Ce fut une période difficile, car au même moment se constituait en réalité une nouvelle culture (soviétique).

L’impossibilité (ajoutée à la mauvaise volonté) de mettre en relief et de séparer les fondements idéologiques de l’œuvre elle-même a abouti à la formation d’un système canonique de l’analyse du texte dès l’entrée à l’école. (Ce que je peux dire avec certitude, car j’ai moi-même été élève dans le système scolaire soviétique.) Ensuite est arrivée la période de l’indépendance et de « la chasse aux sorcières » dans la littérature. Cette chasse se poursuit encore aujourd’hui. Ce critère de sélection a davantage tenu à la position politique des auteurs qu’à la qualité de leur œuvres, comme cela se passait auparavant sous le régime soviétique.

Je pense que la question de la formation de l’image historique de l’Ukraine dans la littérature reste d’actualité. L’analyse des textes doit se faire en dehors de toute considération idéologique.

Cela est nécessaire, parce qu’une telle approche permet de jeter un coup d’oeil différent sur la situation littéraire. Elle permet de se dégager des idoles et des mythes, de redonner du mouvement, de se décomplexer et d’avoir enfin une vision nouvelle sur la littérature nationale. La littérature comparée en Ukraine n’est officiellement reconnue en tant que discipline que depuis quinze ans. Et il peut paraître déraisonnable de comparer trois auteurs aussi éloignés les uns des autres : leur seul point commun est la description des mêmes événements. Roman Rijka est la figure la plus contradictoire dans cette optique, mais aussi la plus intéressante. Son regard est privé de cet esprit de la nation que l’on retrouve dans les œuvres de Boulgakov et Barka.

Quelles sont les idées essentielles de ces trois œuvres?

L’auteur le plus célèbre des trois est Mikhaïl Boulgakov, russophone né en Ukraine. Son roman La Garde Blanche[1] embrasse les événements de 1917-1918 à Kiev : le pouvoir dans la ville et le pays a changé précipitamment. Il est passé de main en main : des troupes impériales aux Allemands, des Allemands à l’Hetman, de l’Hetman aux anarchistes, des anarchistes aux bolcheviks. Dix-huit fois en une année. Au centre des événements, il y a la famille Tourbine. Cette famille été née dans l’Empire russe et reste fidèle à ce pays qui n’existe plus.

Le roman de V. Barka Le Prince jaune[2] est aussi l’histoire d’une année : l’année de la famine (1932-33) et de la destruction artificielle de la paysannerie, en tant que porteuse de l’esprit du peuple. C’est durant cette période qu’ont disparu les joueurs de kobza : c’étaient des bardes nationaux, le plus souvent aveugles, qui passaient de ville en ville, de village en villagepour y chanter des chansons. V. Barka décrit la famine, décrétée par Staline. Ses héros sont la famille des Katrannik, qui ont tous disparu, sauf leur petit garçon. À cette époque, ce sont des milliers de personnes qui ont connu le même sort. Barka a dû émigrer aux États-Unis car il était menagé par les Soviétiques comme Ukrainien ayant travaillé pour les Allemands. C’est aux États-Unis qu’il a écrit Le Prince jaune.

Roman Rijka (Raymond Clarinard) parle de ces deux périodes dans sa trilogie[3] sur l’Ukraine et en ajoute une troisième : le temps de la Deuxième Guerre mondiale. R. Rijka au XXIe siècle tâche de traiter ces faits avec impartialité. Son héroïne principale est une journaliste française, qui travaille pour un journal français. Elle vient en Russie enquêter, car en France, comme dans toute l’Europe, personne ne croit aux informations sur l’exécution de l’ensemble de la famille royale par les bolcheviks. Tatiana Duchesne, la journaliste, réussit non seulement à sauver une des princesses qui a survécu – Olga, mais encore à l’accompagner partout. La valeur de cette œuvre se situe non seulement dans les péripéties de l’histoire mais aussi dans les émotions, dans l’amour et les vies de Tatiana et Olga. Ainsi que dans les événements auxquels elles ont participé ; les pays, les villes et les villages qu’elles ont visités. Rijka écrit une fantasmagorie. Dans ses romans, les toponymes sont autres, mais ce sont des conventions : Kyï, Masva, Parzh (Kiev, Moscou, Paris). Mais le personnage de la princesse royale est à sa place. Historiquement réinventée, elle s’intègre parfaitement dans le roman. Néanmoins, Rijka prend des précautions pour que l’on ne puisse faire une interprétation politique erronée de la présence de ce personnage.

Donc, quelle vision générale de l’Ukraine de la première moitié du XXe siècle faut il retenir ? Quel est le facteur motivant pour chacun de ces écrivains ? On peut reprendre la chronologie de ces évènements : la fin de la Première Guerre mondiale, la guerre civile, la famine de 1932-1933, le commencement du nouveau régime politique, la Deuxième Guerre mondiale. Boulgakov et Barka ont été les témoins des événements. Ce n’est pas un hasard si leurs romans se sont trouvés interdits. Le noyau idéologique traduit seulement les problèmes humains. Il est actuel de tout temps. Ici, il a été perçu comme antinational. Il s’agissait de replacer les sujets de ces œuvres dans leur contexte : la tragédie de la famille décrite représente en fait la tragédie humaine de la déception, l’angoisse de la disparition de l’ordre ancien et celle liée à l’apparition d’un ordre nouveau et donc inconnu. C’est pourquoi Rijka a écrit une trilogie, il a déposé comme une mosaïque les trois étapes : 1917, 1933 et 1941. Presque cinquante ans de bouleversements sur la carte géographique, historique, spirituelle et culturelle de l’Ukraine.

M. Boulgakov, par son intuition, a prédit de tels changements. En effet, dans la famille Tourbine, ils ont eu lieu encore plus vite : la trahison, l’amitié, la vie et, certes, l’amour. Barka mit plus l’accent sur le désespoir, la mémoire courte, qui conduit le peuple a oublier une partie de son histoire.

L’évolution de l’esprit avec en toile de fond l’évolution de l’histoire est l’un des sujets éternels dans la littérature. Il se manifeste symptomatiquement comme la réaction aux changements radicaux : La Confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset, À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Màrquez. Ces sujets sont aussi traités dans les romans de M. Boulgakov, V. Barka et R. Rijka : il faut s’inspirer du passé et ne pas l’occulter pour en tirer les leçons pour le présent et le futur. Pour rester dans la réalité, chacun de ces écrivains a pris un point d’appui : la maison des Tourbine chez Boulgakov, la terre chez Barka, « l’état de la personne survivante » chez Rijka. Ces points fixes deviennent des valeurs inébranlables qui résistent donc aux changements. C’est l’une des réponses à la question : comment les gens ont-ils survécu dans des conditions pareilles ? En chaque personne réside une constante, éternelle : il faut lutter pour vivre. Ces notions, la « maison » et la « terre », s’étendent au pays entier, car le pays est formé par de millions de maisons et de terres. Rijka, en tant qu’étranger, ne comprend pas comment le peuple a pu réussir à survivre dans des conditions pareilles. Olga, on le peut dire, est le symbole d’une telle survie. Plus d’une fois dans les deux premiers volumes de la trilogie, il souligne que la guerre a changé la marche de la vie dans le pays, mais que la vie a continué même dans des conditions très difficiles. L’impression d’un manque de l’État a engendré la foi dans « le règne de Dieu sur la Terre ». Les motifs religieux éclatent avec une nouvelle force dans la littérature et l’art, mais le nouveau régime coupe vite la source de cette inspiration : il supprime tout simplement les églises. Les gens cachent dans leurs maisons des vestiges et des reliques, attributs des églises détruites, comme cela est montré dans le roman de Barka. Cette période a été particulièrement douloureuse pour les villageois, non seulement en raison du décret qui proclamait la confiscation de toutes leurs récoltes, mais aussi par l’interdiction de toute vie spirituelle.

L’homme, avec ses idées, peut changer l’espace. La force du désir de façonner un monde meilleur, sans violer les lois de la nature, se transforme en chaos. Si l’on jette un coup d’œil sur la carte de l’Ukraine de la première moitié du XXe siècle et d’aujourd’hui, nous pouvons remarquer que les traces de la division des terres sont toujours vivaces. M. Boulgakov est médecin : son regard sur la vie, sur sa partie physiologique, ne comporte pas de composante spirituelle, mais souligne au contraire la valeur de la vie, sa divinité. Vasyl Barka est né dans une famille croyante, l’un de ses frères est devenu prêtre. Barka a traduit la Bible pour le Vatican. La foi occupe une grande place dans son œuvre. Son roman se situe sur deux plans : terrestre et divin. L’Ukraine existe en effet dans trois plans : géographique, historique et spirituel. Souvent, ces plans sont divisés dans le temps et dans l’espace. Ils peuvent se croiser et engendrer sous l’effet de circonstances définies l’unité nationale, qui rassemble le peuple. C’est ce que l’on retrouve dans les romans de Boulgakov, de Rijka et Barka. Si l’un de ces éléments disparait, alors l’unité du peuple n’a pas le temps de donner sa mesure. Les écrivains posent la question de l’origine de cette force, une force qui ne porte pas de couleur nationale.

Dans le roman de Boulgakov, les gens se réunissent sur la place à côté de la plus vieille église de Kiev – Sainte-Sophie ; chez Barkale centre du village est supprimé – l’église est détruite. Chez Rijka,un tel aspect religieux est absent. Mais les gens croient que le tsar est nommé par Dieu. Le tsar a donc un pouvoir mystique pour sauver le peuple. Les héros des trois histoires attendent le Messie, ou au moins – un signe de Dieu, qui leur apportera l’espoir : chez Boulgakov, c’est la guérison admirable de l’aîné des Tourbine ; chez Barka, c’est le fils, seul rescapé de toute la famille, et la récolte surprenante de 1933 ; chez Rijka, c’est l’histoire de la survie de la princesse Olga.

Le temps ne sera jamais tel qui il était. Le rythme devient plus rapide. Le temps dans deux des romans est évoqué avec une perception typique slave chez Boulgakov et Barka. Rijkaimite cette tradition. Mais si chez Boulgakov et Barka, la relation au temps est dissimulée dans le texte des romans, au niveau des archétypes, Rijka, lui, donne aux chapitres de son deuxième volume, Les Champs cannibales, les noms des mois de l’année, et en langue ukrainienne. Ces mois ukrainiens reflètent directement ce qui se passe dans la nature : par exemple, « kviten’ » – qui signifie «fleurissant» —, ou « traven’ » – le mois des herbes, etc. Cette tradition d’appeler ainsi les mois de l’année remonte aux Slaves orientaux, avant l’acceptation de la réforme du calendrier de Pierre le Grand. Rijka tente de rétablir cette liaison entre les générations vivant sur la terre d’Ukraine et les événements qui se sont déroulés sur ce territoire.

La réponse à la question de ce lien, Rijka l’a cherchée dans les documents sur l’histoire et la géographie de l’Ukraine. C’est le pays qui était pour lui terra incognita. Pour comprendre l’Ukraine, il a dû bâtir une quête (comme un jeu) avec des héros inventés, pour franchir avec eux tous les cercles de l’enfer.

V.Barka a écrit sa thèse sur La divine Comédie de Dante, et la composante religieuse de son œuvre est évidente. De même, le caractère cyclique des événements est visible : l’enfer, le purgatoire et le paradis. M. Boulgakov aussi a écrit sa version du thème biblique, où l’on retrouve sa propre conception du Bien et du Mal. Par conséquent, à des époques différentes, dans des conditions différentes, ces trois écrivains posent la question de la lutte du Bien et du Mal. Leurs romans proposent plusieurs visions de ce sujet : la question du mal social (la calomnie, le vol) jusqu’au mal à une échelle universelle (la destruction du pays et son peuple, la destruction de l’âme du peuple). Certes, on peut dire que tous les événements historiques conduisent à aborder de telles questions. Or, il me semble que l’apparition de ces thèmes dans une littérature correspond à l’apparition de la composante nationale. L’apparition de ces problèmes clés, fondamentaux, est caractéristique des débuts de la littérature ukrainienne à proprement parler. C’est le sujet éternel de la littérature ukrainienne – la lutte entre le Mal et le Bien. Subissant des métamorphoses, ce thème se retrouve néanmoins en pointillé tout au long de l’histoire de la littérature ukrainienne. Par exemple, c’est l’un des motifs de l’oeuvre de Taras Chevtchenko.

Dans la littérature ukrainienne, l’image du pays est traditionnellement perçue à travers l’image de la famille, comme ici avec les Tourbine, les Katrannik, ou les Romanov. La famille, c’est le vecteur des valeurs traditionnelles, de la mémoire nationale. Comme souvent dans la littérature, la famille est en symbiose avec l’histoire du pays, il suffit de se rappeler La Comédie humaine d’Honoré de Balzac, Les Rougon-Macquart d’Émile Zola, La Saga des Forsyte de John Galsworthy. Une telle forme permet souvent à l’écrivain non seulement de dépeindre la famille idéale, mais aussi de parler de sa propre famille, comme chez Boulgakov dans La Garde blanche ou dans Le Prince jaune de Barka.

Rijka s’est limité au vagabondage de l’orpheline royale, obligée de cacher ses origines au nom « de la justice supérieure ». Si Rijka écrit un récit fantasmagorique, la justice doit quand même triompher ?!

Paradoxalement, l’écrivain français, probablement malgré lui, s’est trouvé sous l’influence directe des faits. Traditionnellement, dans la littérature ukrainienne, le sujet du « petit homme » est indissolublement lié au thème de la Patrie. La vie du héros se dissout immanquablement dans la vie de la Patrie. L’élément essentiel, c’est la vie emportée par le tourbillon de la nature, mais en harmonie avec elle. Dès que l’harmonie est violée dans la nature, automatiquement, l’harmonie est violée dans la vie de l’homme. Dans le roman de V. Barka, la violation de cette harmonie est montré très nettement : quand dans la terre, où traditionnellement on semait le blé, les bolcheviques obligent les paysans à enterrer leurs voisins du même village. Ce qui se traduit par la disparition presque complète du village. Cela explique pourquoi tant de villages et de fermes ont disparu cette année-là, alors que la terre a produit une récolte sans précédent.

Rijka, curieusement, a su saisir la tendance de la littérature critique de la période des années 20 et 30, époque d’un dialogue entre la littérature de l’émigration et la littérature des temps nouveaux. Dans sa trilogie, on observe nettement l’impuissance de l’émigration, son absence de relations avec les événements en Ukraine. Son activité culturelle ne trouve pas d’écho, ni dans ses pays d’adoption, ni en Ukraine. Ainsi Olga vit à Paris, mais elle se fait du souci pour le destin du peuple resté à l’Est. Or, ses émotions n’ont plus de sens, au fond, puisque ce « peuple » de l’empire royal est déjà absent. Dans La Garde blanche de Boulgakov, on le voyait déjà avec précision, mais le roman de V. Barka s’attaque lui à l’étape suivante : la famine et ses conséquences.

Dans les romans de Boulgakov et Rijka, le théâtre occupe une place importante. C’est symbolique et symptomatique. Dans La Garde blanche, les Tourbine changent d’aspect – ils arrachent leurs épaulettes pour ne plus apparaitre comme des officiers russes. Tous les militaires de Kiev de la période 1917-1918 firent de même afin qu’on ne sache plus à quelle armée ils appartenaient. Cela n’est pas sans rappeler la farce théâtrale, avec ses changements de décor fréquents, les substitutions et les quiproquos des personnages, comme s’ils échappaient au contrôle du metteur en scène. Les officiers russes sont obligés de mettre des masques et de les porter, afin d’échapper au « nettoyage stalinien ». Le paradoxe est que pour vivre dans le pays, que l’on aime et protège, il faut porter un masque, seule condition autorisant la survie. Chez Rijka, le rôle du personnage négatif est joué notamment par une actrice de théâtre qui semble naturellement programmée pour la fourberie. Elle est l’antagoniste d’Olga, qui est candide et ouverte.

Autre sujet commun aux trois romans : l’esclavage institué par Catherine II et qui a duré jusqu’en 1864. L’esclavage reste d’actualité dans la littérature ukrainienne. Il faut se rappeller que jusqu’à Catherine II, l’Ukraine n’avait jamais connu l’esclavage. La vérité et l’iniquité, l’esclavage et la liberté, la piété et le manque de spiritualité sont des questions éternelles : quels péchés ont commis les Ukrainiens pour subir cela ? Boulgakov s’interroge : pourquoi Kiev, centre spirituel pendant des millénaires, centre de la Vieille Russie, a dû subir de tels bouleversements en 1917-1918.

Il est difficile de rapprocher ces trois romans de la Divine Comédie de Dante. Mais les personnages des trois auteurs suivent eux aussi leur chemin de croix pour parvenir à Dieu : les « tortures » purifient l’âme et permettent ainsi d’entrer au paradis. Je pense que Rijka a choisi d’écrire une trilogie pour cette raison : l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Cela rejoint les textes de Dante dans la recherche de la chrétienté.

 

[1]Mikhaïl Boulgakov, La Garde blanche, Poche, 1993.

[2]Barka W,Le prince jaune / Transl. O. Jaworskyj /, Paris: Monde entier,1981.

[3] Roman Rijka, Les sept trains de l’impératrice, Éditions Héloïse d’Ormesson, 2007 ; Les Champs cannibales, Éditions Héloïse d’Ormesson, 2008; L’Empire des mille mots, Éditions Héloïse d’Ormesson, 2009.

 

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4 Comments

  1. Dizzy

    Ah ouais, quand même…  Boulgakov et Rijka, ça en jette!

    • admin

      Force est de reconnaître que je suis quand même en très bonne compagnie, là…

  2. Dizzy

    (le petit jeunot Boulgakov a bien de la chance d’avoir la locomotive Rijka pour se faire connaître…)

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