L'Œil de Saphir et autres contes

Des mondes à conquérir, ou à reconquérir

Tag: auberge

Les contes de la Cerise

Une Cerise peut-elle (se) raconter des histoires ?

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Celle-ci, on peut légitimement se poser la question. Celle dont je vais vous parler, en revanche…

La Cerise est un personnage qui, dans mes mondes, est déjà apparue à quatre reprises. D’abord dans Le Sang du Calice, qui décrit plus ou moins (plutôt moins que plus) ses origines. Ensuite, dans Les sept trains de l’impératrice, où elle sème quelque peu le désordre. Puis dans L’Empire des mille mots, où elle se révèle un peu plus. Et enfin dans La Fiancée noire, où elle recommence à perturber tout ce qui bouge, parce que c’est plus fort qu’elle.

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Disponible uniquement en e-book, désolé…

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Celui-là, on en trouve encore, donc, pas désolé.

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Celui-là, il est désormais introuvable, re-désolé.

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Et celui-là, il est franchement beaucoup trop cher. Donc, archi-désolé…

Et figurez-vous que le hasard des rencontres (encore ? oui, mais d’un autre genre que celle évoquée dans le billet précédent) a fait que la belle va peut-être avoir droit à un autre livre qui lui sera presque entièrement, quoique indirectement, consacré.

Dans ce projet, intitulé pour l’instant Les contes de la Cerise, la diablesse, car c’en est une (elle est même bien pire que ça, en fait), entreprend de décrire à ses collègues, qui sont également ses frères et sœur (eux aussi plus qu’entraperçus dans les tomes précités), les arcanes de son métier.

Un métier qui, à l’en croire, a commencé là…

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…est passé par là…

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© HongNian Zhang

…et là… Tenochtitlan

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…et pour sauter quelques étapes, là…

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…mais aussi là…

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Oui, ça lui fait une sacrée carrière, à la Cerise, si bien qu’elle va en avoir, des choses à raconter: des bizarres, des sinistres, des rigolotes, des tristes et des belles.

Dès que j’aurai cinq minutes.

Les Neuf Preuses (1)

Les Neuf Preuses

“Pilote”

C’est quoi, encore, ce machin ? allez-vous me dire, avec votre sempiternelle habitude de poser des questions qui m’agacent.

Eh bien, il y a quelques semaines, les Neuf Preuses sont sorties toutes casquées, toutes armées, toutes belles, de mon crâne certes déjà bien trop encombré d’idées qui s’y enchevêtrent depuis des années. Pour être honnête, je ne les avais pas vues venir, et elles ont été bien aidées par l’une d’entre elles, une amie merveilleuse, qui est littéralement la co-auteure (je n’aime pas trop ces féminins artificiels, mais là, quand même, hommage oblige) de l’idée originale et du principe qui en découle.

Les Neuf Preuses, ce sera donc une série de neuf romans relativement courts (200-250 pages, pour moi, c’est court), qui raconteront comment neuf femmes exceptionnelles vont s’employer, en se mettant au service d’un démon somme toute plutôt recommandable, à sauver le monde qui les entoure d’une horde de néfastes.

Au départ, le concept des Neuf Preuses remonte à la fin du XIVe siècle, et il avait pour vocation d’être un peu un catalogue de toutes les vertus des femmes d’action (de l’époque). Allez voir ici pour en savoir plus, par quelqu’un qui en parle mieux que moi.

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Version trouvée sur www.madmoizelle.com

Dans la version née de l’imaginaire de mon amie et moi, Les Neuf Preuses reste fidèle à l’idée de neuf femmes plus grandes que nature, neuf femmes formidables. Neuf femmes que j’ai la chance d’avoir connues et de connaître encore et qui ont exercé une influence majeure sur le cours de mon existence, chacune à sa façon.

J’ai utilisé le mot “hommage” tout à l’heure, je le répète ici : Les Neuf Preuses est un hommage à chacune d’entre elles et à tout ce qu’elles m’ont apporté.

Alors, qui sont-elles, ces Neuf Preuses d’un style un peu particulier ? Je ne vous donnerai pas leurs vrais noms, bien sûr, mais seulement quelques informations sur les personnages qu’elles nous ont inspirés.

Chacune vient d’un autre lieu, et d’un autre temps. Chacune y a été “récupérée” par le démon évoqué plus haut, dans un but qui ne sera révélé qu’à la fin. Et toutes vivent de nos jours, dans un Paris très proche du nôtre, parfaitement intégrées, semble-t-il.

Semble-t-il…

Les portraits ci-dessous ne sont ni vraiment exacts sur le plan historique, ni conformes à mes chers modèles. Ils ne sont là que pour vous donner une idée de ce à quoi ces dames ressemblaient “avant”.

Allez, c’est parti, dans l’ordre où les originales sont apparues dans ma vie :

Anglaise

Une bourgeoise anglaise du XVIIe siècle qui pratiquait des arts considérés comme compromettants…

Franque

Une dame franque du VIe siècle qui avait les mêmes intérêts discutables que sa camarade ci-dessus…

Sarmate

Une noble guerrière sarmate du IIe siècle av. J.C., connue pour couper littéralement court aux discussions…

Gasconne

Une châtelaine gasconne du XIIIe siècle qui avait les mêmes passions coupables que ses copines citées plus haut…

Dace

Une prêtresse dace du IIe siècle de notre ère, dont les activités n’ont guère plu à l’envahisseur romain…

Etrusque

Une guerrière étrusque du VIe siècle av. J.C. à qui il arriva bien souvent de se fourrer dans des situations épineuses…

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Une danseuse coréenne du XVIe siècle dont la chorégraphie n’était pas le seul talent…

Viking

Une guerrière viking du VIIIe siècle qui aimait tant les voyages qu’elle traversa le temps…

Courtisane

Et une courtisane versaillaise du XVIIIe siècle qui, sans en avoir l’air, venait en réalité des Carpates…

 

Voilà, vous n’en saurez pas plus sur elles aujourd’hui.

Mais dans un prochain article, et avec leur accord, je vous en dirai davantage sur ce qu’elles font dans le Paris de notre temps, et sur ce que le démon attend d’elles.

Terre promise (3)

 

Deux monstres dans la nuit

Que sait-on, finalement, de ce qu’a été la vie là-bas du temps du communisme ? Vingt-six ans plus tard, en dépit de livres et de films sur le sujet, rien ou presque. Ceux qui l’ont vécu sont passés à autre chose, il le faut bien. Et ceux qui sont nés après n’ont pas de temps pour ces vieilles histoires un peu grises, un peu contrariantes. Quant à l’Occident, il s’en désintéressait avant, il s’en désintéresse plus encore aujourd’hui. Surtout que cette période de l’Histoire lui renvoie l’image de sa propre indifférence, jamais flatteuse, voire, pour certains, d’une indéniable admiration. Alors, mieux vaut oublier, fermer les yeux, et continuer à avancer, avancer, vite.

Lui se souvient d’une vilaine petite blague que lui avait racontée sa première compagne, une blague qui datait de ce temps-là :

Le passé et le futur sont assis à la terrasse d’un café, et attendent le présent, qui est en retard. Enfin, il arrive, essoufflé, et explique au deux autres : “Excusez-moi, mais je faisais la queue pour du pain.” À quoi le passé répond : “C’est quoi, la queue ?” Et le futur, lui, s’étonne : “C’est quoi, le pain ?”

19 novembre 2015 — Strada Franceza 22 H 00

Il fallait, évidemment, que cette autre auberge, fabuleuse, soit située sur cette rue-là, Strada Franceza, la “rue Française”.

C’est après avoir parcouru, du pas pressé du touriste affamé qui a la chance d’être guidé par des hôtes qui savent où aller, des rues piétonnes joliment pavées, flanquées de restaurants tant traditionnels qu’étrangers où se presse la jeunesse locale, que nous arrivons devant la porche de ce lieu mythique.

Hanu’ lui Manuc. Mythique, il l’est pour Bucarest, car son histoire, riche, est associée à celle de la ville et de son centre vibrant. Mythique, il l’est aussi pour moi, pour une raison très différente, liée aux univers fantastiques où se déroulent la plupart de mes livres.

Et le hasard, ce fameux hasard auquel j’ai de moins en moins envie de croire, a voulu que ce soit là qu’ait été prévu notre dîner. Un dîner hénaurme, comme l’auberge elle-même, tant la vraie que celle de mes rêves ! Nous ne sommes que six, mais très vite, notre table se couvre de plats, de légumes, charcuterie et poissons fumés, de savoureuses boulettes, de viandes en sauces, le tout accompagné de mamaliga fumante, assez pour nourrir une horde de guerriers valaques de retour d’avoir dûment rossé les impudents soldats de la Sublime Porte.

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Les Janissaires n’avaient plus qu’à bien se tenir…

Le repas est arrosé d’un vin blanc sec qui ne demande qu’à être bu et qui coule à flots — j’ai préféré ne pas commencer à compter les bouteilles. Et de palinca, cette palinca qui délie les langues et me donne peu à peu l’impression que mon roumain paralytique se remet à marcher.

Un véritable miracle, celui de la palinca. Je suis bien aidé par mes convives, qui ont tous l’exquise politesse de parler français aussi bien que moi, sinon mieux (le miracle de la palinca, je vous dis), et de me mettre à l’aise quand je m’essaie à balbutier deux ou trois mots, que je tente maladroitement de retrouver comment construire des phrases toujours un peu branlantes.

En fond, un orchestre, inévitable, se déchaîne, il régale la clientèle d’un répertoire classique de chansons populaires roumaines. Dont une m’accroche l’oreille, parce que je l’ai déjà entendue ailleurs, mais que je n’en avais jusque-là jamais retenu le titre : Sanie cu zurgalai (Un traîneau à clochette).

Rares sont ceux qui savent que c’est cette chanson composée en 1936 qui, musicalement, est à l’origine du Johnny, tu n’es pas un ange d’Édith Piaf.

https://www.youtube.com/watch?v=a4YLdAl0mRU

L’entendre résonner en fond, face à cette abondance de mets, en rebondissant d’une conversation joyeuse à l’autre, dans cette auberge située sur la Strada Franceza, c’est une boucle bouclée de plus.

L’abondance. Cette terre si hospitalière, comme sa plus grande voisine au nord-est, a tout pour être un pays de cocagne. Et pourtant. Pourtant, comme sa plus grande voisine au nord-est, si riche, la terre a connu la faim, absurde, injuste, car décrétée par les puissants.

Sa première compagne qui, il s’en aperçoit aujourd’hui, lui a tant appris, lui a un jour raconté une autre histoire, qui ne prête pas à sourire. Et qui est vraie.

Parfois, il lui arrivait, malgré les difficultés que cela devait représenter sur le plan administratif, d’aller passer des vacances chez son oncle, dans le pays. Elle en rapportait des anecdotes qu’elle adorait partager avec lui. Et beaucoup le faisaient rêver au jour béni où il aurait enfin la chance de s’y rendre à son tour.

Beaucoup le faisaient rêver, mais pas toutes. Comme celle-ci, dont elle avait été témoin.

En ce temps-là, les gens faisaient de longues queues devant les magasins. Car le dictateur avait de grands projets, ce qui est un peu un pléonasme. A-t-on jamais vu de tyran mû par le respect d’autrui et l’humilité ? Il avait de grands projets, et pour les financer, il lui fallait, entre autres, affamer son peuple. Alors, les gens faisaient la queue.

Et voici ce qu’avait vu sa première compagne, qui en avait été à jamais ébranlée : une jeune femme venait enfin de sortir d’une boutique en tenant une bouteille de lait. Combien d’heures avait-elle passées là avant de parvenir à décrocher ce précieux trophée ? Impossible à dire. Mais, peut-être épuisée, ou trop nerveuse, la malheureuse laissa échapper la bouteille, qui se brisa sur la chaussée. Et avec elle se brisa l’âme de cette jeune femme, qui se mit à hurler et à pleurer, inconsolable.

20 novembre 2015 — Bulevardul Unirii 01 H 30

Nous ne sommes plus que quatre, et nous déambulons, repus, sur ce grand boulevard brillamment éclairé. La tête encore pleine de musique et des échos de nos discussions animées, je suis mes hôtes, qui tiennent à me montrer une chose qui, hélas, vaut le détour. J’ai pris des forces, et cela vaut mieux, vu ce qui m’attend.

Or, le premier monstre, je l’ai déjà vu. En photo. Mais aucune image, lointaine, posée, soigneuse, ne peut donner une idée exacte de ce qu’est cette abomination. De sa démesure. Aucune image ne prépare au spectacle de ce temple géant, impie, érigé à la gloire délirante de dieux rouges dont les autels et les statues n’en finissent plus d’être renversés.

Je croyais savoir, je suis pris complètement au dépourvu.

Quand on le voit, tout éclaboussé de lumière, se dresser dans la nuit, il est peut-être encore plus effrayant. Mon premier sentiment, face à lui, c’est le néant. Pour deux raisons : tout d’abord, il est trop grand. Trop grand pour Bucarest, trop grand pour la Roumanie, trop grand pour croire qu’il a suffi de la folie d’un homme et d’un régime pour que des centaines d’architectes et des milliers d’ouvriers le construisent. Ensuite, et même si j’ai beaucoup lu à ce sujet, même si j’ai vu, là encore, des photos, je ne peux tout simplement pas imaginer à quoi ressemblait Bucarest avant que le pouvoir ne décide de violenter et défigurer à jamais la capitale.

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La photo est trop grande pour ce texte ? Justement.

Les autorités ont fait ce qu’il faut ; le long des grilles du Palais du Parlement, que les Roumains continuent d’appeler le “Palais du Peuple”, de son nom communiste, des panneaux d’exposition décrivent la ville “d’avant”, afin de mieux aider les visiteurs à prendre la mesure de l’étendue des destructions.

Pour moi, c’est peine perdue. Debout face à cette monstruosité muette, je reste là, sans comprendre, sans saisir vraiment tout ce que cela a dû représenter pour les Bucarestois qui, déjà, devaient lutter pour se nourrir au quotidien, tout en regardant par-dessus leur épaule et en se gardant de trop en dire, de seulement montrer qu’ils désapprouvaient, et qui durent, le cœur lourd, assister aux ravages causés par la concrétisation de cette vanité dictatoriale.

Ce que je ressens alors, en fait, et c’est seulement maintenant, en rédigeant ces lignes que j’en prends conscience, ce que je ressens, c’est ma propre petitesse. Non face à la répugnante énormité du monstre, que j’ai de toute façon du mal à regarder plus de quelques secondes à la fois, mais face à ce qu’ont subi mes chers Roumains et dont je n’avais en fin de compte, malgré toutes mes lectures et toute mon empathie, aucune idée.

Puis nous filons, le long du mur d’enceinte. La nuit est bien avancée, et il me reste encore un monstre à voir.

Jamais, du temps du communisme, il n’a associé le peuple et sa culture au régime.

Son éducation, bien française, était un mélange relativement bien dosé de libre-pensée et de catholicisme, un peu de droite, certes, mais pas non plus dans une hostilité absolue aux idées de gauche.

C’est de lui-même, en revanche, qu’il a développé une méfiance instinctive envers tout ce qui est politique. Pourquoi ? Parce qu’il a trop de recul pour avoir envie d’écouter, et encore moins croire, ceux qui proclament détenir la solution, qu’elle soit matérielle, idéologique ou religieuse, d’ailleurs.

Cette méfiance, ajoutée à ses lectures et à cette passion qu’il n’a jamais pu s’expliquer, a fait qu’il n’a, intérieurement, jamais confondu le pays et la dictature.

Dans son esprit, cette dernière n’était qu’un moment terrible, mais passager dans la vie du pays. Elle n’était pas la “faute” du pays, les habitants ne l’avaient pas appelée de leurs vœux. Les communistes étaient arrivés dans les bagages et derrière les chars de la grande puissance de l’Est.

Du reste, quand bien même le pays et les habitants en auraient-ils été responsables qu’il les aurait aimés, comme il continue aujourd’hui à les aimer, malgré certains de leurs choix.

L’amour est aveugle ? Non, aimer, c’est savoir, et accepter.

20 novembre 2015 — Calea 13 Septembrie 02 H 00

Nous ne sommes plus que trois quand nous atteignons le deuxième objectif de notre virée nocturne.

Le second monstre, lui, n’est pas silencieux du tout. Il ne vit pas encore vraiment, mais il est le théâtre d’une activité fébrile. Partout sur ses flancs déjà gigantesques, des arcs électriques illuminent la nuit.

Je contemple maintenant le chantier de la cathédrale du Salut de la nation roumaine. Qui est effectivement un Léviathan, une énormité colossale censée faire 120 mètres de haut quand elle sera terminée, histoire de damer le pion aux près de 90 mètres du Palais du Peuple, auquel elle fait face.

À mi-chemin entre perplexité et incrédulité, je ne peux m’empêcher de me dire que cette cathédrale-là, tout autant que le temple du communisme déchu qu’elle accompagnera désormais pendant des années, peut-être des siècles, est trop grande. Trop grande pour Bucarest, trop grande pour la Roumanie, qui n’en a pas besoin, il y a tant d’autres églises à restaurer, à sauver, à entretenir. À reconstruire, même, comme celles qui ont été patiemment démontées et numérotées, pierre par pierre, du temps de la construction du palais inhumain de Ceausescu. Et que si tout ce que le patriarcat a retenu de la dictature, c’est ça, c’est quand même un peu dommage.

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Après le Palais du Peuple, une cathédrale pour le Salut de la Nation. On reste dans la démesure. © Iulia Badea-Guéritée

Le chantier de la grosse bête se soucie fort peu de moi et de ce que je peux penser. Il continue à crépiter et vrombir, en pleine nuit, aussi nous éloignons-nous.

Une dernière surprise m’attend. Dans une petite chapelle qui se trouve sur le périmètre du complexe de la cathédrale, où nous entrons avec autant de discrétion que possible, des gens font la queue. Pour se confesser. À bientôt trois heures du matin.

J’en déduis que quelle que soit la raison, les Bucarestois ne dorment jamais.

Je n’ai pas tout à fait tort.

Des surprises plus légères me guettent dans la quatrième partie :

Terre promise (4)

L’avenue de ma victoire

Terre promise (2)

D’une auberge à l’autre

Le hasard joue un grand rôle dans sa relation au pays. Sauf que le hasard, ça se provoque. Et qu’en fin de compte, quand on se retourne, vingt ou trente ans plus tard, on se dit qu’il n’y a jamais eu de hasard, que tout semble avoir été écrit, prédestiné.

Certains n’aiment pas ça. Lui, ça le motive.

19 novembre 2015 — Bucarest-Otopeni 20 H 30

Ça y est. J’y suis. Après des contrôles passés sans dommages, un accueil aussi poli que possible quand on a pour métier de porter l’uniforme et de filtrer jour après jour des milliers d’inconnus qui vont et viennent d’un monde à l’autre.

Ensuite, les grands halls de l’aéroport, où tout est écrit en roumain. Les membres du personnel, qui discutent comme si de rien n’était, qui ne savent pas que je suis là, pourquoi le sauraient-il ? Pour eux, ce n’est rien, un étranger de passage de plus. Ils ne peuvent pas se douter que le simple fait de les entendre me comble de joie. Et mon sourire s’élargit encore. À ce rythme-là — et je ne suis même pas encore vraiment arrivé —, ce cher sourire va faire tout le tour de mon crâne, dont la partie supérieure va finir par se détacher, et tomber. Ou s’envoler. Béate.

Me voilà dehors. Aussitôt, je sens que mes yeux passent dans un mode différent de celui qui est le leur au quotidien, même si je suis de toute façon d’un naturel assez observateur. Là, ils se muent en ogres et dévorent tout ce qui les entoure. Je n’en rate pas une miette. La forme des poubelles, le virage de la chaussée qui mène au trottoir où nous attendons, la livrée des taxis qui font la queue, jusqu’à leurs noms. Mon nez aussi se met de la partie, il respire, sent cet air nouveau, doux et frais en ce début de soirée. Mes oreilles sont déjà au travail depuis l’avion. Elles transmettent des messages dans cette langue que mon cerveau a l’impression de comprendre alors qu’en réalité, il n’en identifie que des fragments épars.

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Les coléoptères bucarestois signés Dacia.

Ma bouche, elle, se tait. Elle a déjà balbutié quelques “bonsoirs”, quelques “mercis”, mais pour l’instant, elle ne s’estime pas à la hauteur. Du reste, je n’ai rien à dire, et tout à regarder, à écouter.

Assis à côté du chauffeur, je contemple mon environnement alors que nous quittons l’aéroport. Cette étape-là de mon voyage est terminée.

La langue, il l’a apprise. Grâce au hasard, justement. Un hasard qui, alors qu’il faisait ses études (de traduction, un métier dont il ne s’est jamais senti proche et auquel il ne comprend finalement pas grand-chose), lui a fait rencontrer une jeune femme adorable, pétillante, et dont le père était de là-bas.

Cette année-là, il a repéré son nom sur la liste des étudiants qui faisaient partie de son groupe. Un nom vilainement francisé avec une terminaison en “–esco”, comme c’était l’habitude, pour éviter que ces idiots de Français ne ricanent sur une finale en “cu”. Incroyable ! Si incroyable que, lui qui d’ordinaire est plutôt réservé, voire timide, s’est lancé et risqué à lui adresser la parole, pour lui dire qu’il a toujours été attiré par ce pays dont elle est à moitié originaire.

Surprise — le mot est faible —, elle l’a invité à prendre un café, lui a annoncé que son père était, un hasard de plus, responsable du département de la langue du pays à l’université, et lui a proposé de suivre des cours. L’occasion pour elle, a-t-elle ajouté, de s’y “remettre”. Heureux, il a accepté. Et ils sont devenus amis. Lui en est tombé irrémédiablement amoureux, mais leur histoire, longue, belle et complexe, n’a pas sa place ici, même si elle a été pour lui fondatrice.

28 avril 2009

Un lieu magique, parce que l’Histoire, de temps en temps, aime bien faire semblant de se répéter.

Et c’est ainsi qu’il a pris des cours, s’est frotté à la grammaire, a adoré les sons, adoré aussi rencontrer d’autres gens venus du pays, découvert poésie, littérature et musique.

Jamais il ne s’était senti aussi à l’aise, ni aussi passionné par l’apprentissage d’une langue, malgré toutes ses difficultés, malgré la folie de ses sept groupes de conjugaison, cette façon si ardue de construire les relatives. Il était fait pour elle, elle était faite pour lui.

On peut mettre ça sur le compte de l’enthousiasme de la jeunesse, mais il n’avait pas tout à fait tort.

19 novembre 2015 — Sur la route 21 H

Le premier télescopage me prend au dépourvu sur le chemin qui nous mène de l’aéroport à Bucarest. Dans la nuit, alors que filent autour de nous des nuées de petits taxis Dacia, de vieilles camionnettes bringuebalantes et des berlines et 4×4 rutilants, les noms de ces multinationales désormais partout inévitables scintillent de tous leurs feux au sommet d’entrepôts et d’immeubles. Au loin, j’aperçois un supermarché français, puis un géant suédois du meuble, et soudain, sur ma droite, une station-service. Russe.

Il n’y a pas de meilleur moyen de comprendre que je me trouve au carrefour exact entre nord et sud, est et ouest, ce que tout ce que je vais voir dans les heures et la journée qui suivent ne fera que confirmer.

La Roumanie est à la croisée des chemins, elle le sait, elle en est fière, à juste titre, car c’est bien ce qui lui confère cette identité si particulière, cette identité qui me fascine, m’obsède.

Tandis que la radio du taxi égrène, d’une voix de femme mécanique et atone, des noms de rues et des numéros, je commence à me dire que je ne vais peut-être pas avoir assez d’yeux pour tout voir et tout enregistrer.

Sur les côtés de la route, les grandes structures commerciales, forcément toujours hideuses, cèdent peu à peu du terrain alors que l’on se rapproche de l’objectif, Bucarest. Dans l’obscurité, je rate sans doute des choses, tout va trop vite. Voilà, sur la droite encore, de hauts édifices construits dans un style que je n’ai encore jamais vu ailleurs. Mes compagnons de voyage me parlent de musées, de ministères, de sièges de partis. Je les entends – surtout que, gentiment, c’est en français qu’ils s’adressent à moi —, mais je ne suis pas sûr de les comprendre, de faire le lien entre ce que je vois et ce qu’ils me disent.

Je le ferai plus tard. Pour l’heure, je suis trop occupé à me remplir de cette lueur crue et orangée qui, chaque nuit, illumine toutes les grandes villes du monde, de ces silhouettes de monuments et de bâtiments que je devine, de ces rues qui s’enfoncent vers d’autres quartiers, d’autres vies, et dont je sais déjà que je n’aurai pas le temps de les parcourir, de ces immenses panneaux publicitaires, partout, qui vantent des produits d’ici, qui m’attirent, et d’ailleurs, qui m’ennuient.

Ma tête devient comme la Roumanie, un carrefour d’influences, d’images, de couleurs, de bruits, pas encore de saveurs et d’odeurs, mais bientôt, bientôt.

Je suis complètement perdu, et aux anges.

Quand leurs études ont pris fin, elles ont emporté avec elles leur histoire d’amour, ce qui n’a rien de très original, c’est assez souvent le cas.

Elle est partie, le laissant seul avec son envie de continuer à découvrir son pays. Sa passion, cependant, ne se démentira pas.

Il ne va plus à l’université, il n’a plus le temps, se ment-il. Mais il s’efforce de lire tout ce qui lui tombe sous la main afin de rester en contact avec la langue. À Paris, vers le milieu des années Quatre-vingt, ce n’est pas tellement plus facile qu’en province un peu plus tôt.

Qu’importe. Il ne lâchera pas.

Il a même failli poser une première fois le pied sur la terre. Il faisait alors son service militaire dans la marine, et s’est retrouvé embarqué dans une mission absurde où il était censé jouer les espions, prendre des photos dans un grand port. La raison dudit voyage ne lui plaisait guère, mais la destination, en revanche…

Sur le moment, pourtant, curieusement, il n’y a pas cru. Et il a bien fait. Jamais il n’a atteint son but, suite à un cafouillage administratif entre chancelleries et autres ministères. Le navire sur lequel il se trouvait a dû piteusement rebrousser chemin, le déposant sur une île en Méditerranée avant d’aller faire des ronds dans l’eau au large d’une éternelle zone de crise.

Il est rentré, à la fois triste et soulagé, car les conditions n’auraient pas été idéales pour une première prise de contact.

Les années passent, apportant avec elles d’autres rencontres, des rencontres qui l’emmènent plus loin, plus à l’Est. Il lui faut se familiariser avec d’autres langues, qu’il aime aussi, d’autres cultures, d’autres histoires, qu’il fait siennes avec une même ferveur.

Extérieurement, on peut croire qu’il s’est résigné. Son lien au pays n’aura, finalement, été qu’un amour de jeunesse.

Non, son lien au pays est l’amour de sa vie.

19 novembre 2015 — Strada Poenaru Bordea 21 H 30

Mes hôtes ont tout prévu, ils me gâtent, me pourrissent. Et pour me loger pendant les deux nuits qui viennent, ils m’ont choisi une auberge. Quand on sait ce que le concept d’auberge représente pour moi.

Le taxi est déjà reparti quand nous pénétrons dans la cour de la magnifique Auberge des Brasseurs, Hanu’ berarilor. Et je fais un pas de plus vers la roumanité, un grand pas pour moi, un pas sans intérêt pour l’humanité, ce qui ne me dérange guère.

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Où passer la nuit, sinon dans une auberge de conte de fées ?

À notre entrée, alors que nous récupérons nos clés à la réception, une fête bat son plein dans une des grandes salles du rez-de-chaussée. Chanteuse et musiciens s’agitent et s’époumonent, on ne s’entend plus. J’imagine sans peine ce que des visiteurs parisiens penseraient sur le champ : kitsch (j’y reviendrai), folklo, attrape-touristes. Oui, bien sûr. Et alors ? Du reste, l’attraction n’est peut-être pas destinée à des étrangers, mais plutôt à quelque famille aisée qui vient fêter là bruyamment un moment important.

Pour moi, ce choc tonitruant avec ce côté clinquant, tapageur de Bucarest ne fait que contribuer un peu plus à mon immersion.

Un petit ascenseur nous mène à l’étage, et très vite, le tintamarre festif s’estompe. Une fois dans ma chambre, ils ne sont plus qu’une rumeur, qui ne me déplaît pas, se mêlant au grondement lointain du trafic sur le Splaiul Independentei, les deux grands axes éternellement fréquentés qui longent la Dîmbovita, la rivière de la capitale. Des sirènes d’ambulances ululent.

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La Dîmbovita by night, presque transformée en canal par un dictateur…

Assis sur mon lit, j’essaie de “décompresser”, car je sais que je ne suis qu’au début de mes aventures. Le programme qui m’attend est chargé, très chargé. Alors, je regarde la télévision.

Le zapping, baguette magique du voyageur qui veut mieux s’imprégner de l’ailleurs où il vient d’atterrir. Les chaînes roumaines ne valent pas mieux que les autres, bien sûr, mais je m’en moque, j’ai pour elles une bienveillance, une tolérance que n’ont pas les intellectuels roumains — je les approuve —, pas plus que je n’en ai, en France, pour le piètre spectacle que nous offre la plupart du temps le petit écran. Ici, elles ont l’avantage de parler roumain, ce qui me confirme à quel point je suis dépassé, à quel point la langue que je maîtrise à peine est livresque, une langue de musée, de contes populaires, d’exploits guerriers, de voïvodes en colère, de cavaliers sacrifiés et de soldats partis mourir dans des batailles qui n’étaient pas les leurs.

Les émissions braillardes et les publicités crétines de ces heures de grande écoute achèvent de me convaincre : je ne comprends pas le roumain, et je le parle encore moins.

Ce qui ne me déprime pas le moins du monde, au contraire.

Il me faudra du temps, c’est tout. Cette fois, je n’en ai pas. Mais une prochaine fois, sans doute.

Je me lève, nous avons rendez-vous. Dans une autre auberge, encore plus fantasmagorique que celle où je loge.

Et je m’aperçois que j’ai faim.

Mes réflexions et mes ébahissements se poursuivent dans la troisième partie :

Terre promise (3)

Deux monstres dans la nuit

L’Auberge aux 196 883 portes

La vie, c’est quand même une drôle d’histoire.

Je reviens tout juste de mon premier voyage en Roumanie. Un voyage que j’aurais dû faire il y a trente ans exactement. À bord de ce machin :

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Le Montcalm, fière frégate ASM…

Mais, grâce à l’efficacité conjuguée du ministère de la Marine et de celui des Affaires étrangères, je n’étais pas arrivé à bon port à l’époque. Puis la vie, justement, encore elle, m’a entraîné dans une autre direction. Ou plutôt, toujours dans la même direction, mais encore un peu plus à l’Est, autrement dit, là :

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…en Ukraine.

Alors, pourquoi la Roumanie ? On m’a si souvent posé cette question, sans jamais vraiment comprendre la réponse, les réponses, car il y en a plusieurs. Eh bien, ce n’est pas dans ce petit texte que je vous l’expliquerai. Simplement, mon amour pour la Roumanie, les Roumains et les Roumaines (oui, je sais, surtout les Roumaines, j’en entends qui rigolent, au fond) ne s’est jamais démenti. Ce que même mes amis roumains, qui ne sont pas tendres avec eux-mêmes, peinent à comprendre.

Bref. Enfin, trente ans plus tard, les circonstances — en l’occurrence, la publication d’un essai de ma main dans un recueil intitulé Le dialogue des religions dans l’Europe unie, sous la direction de Iulia Badea-Guéritée et Alexandru Ojica, aux éditions Adenium — m’ont permis de partir pour ma Terre promise à moi. Et qu’elle ne soit pas celle des autres m’importe peu. Chacun sa Terre promise, et l’Enfer sera peut-être un peu moins bondé…

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L’affiche du lancement, pour le Salon du Livre de Bucarest.

Ce préambule était indispensable. Passons maintenant à “l’Auberge” et à ce qu’elle représente dans mes mondes.

Je travaille depuis longtemps déjà sur diverses histoires, et l’on y trouve un peu de tout. Des épopées à grand spectacle comme Beneagel, des polars fantastique comme Chemins de croix, des aventures dans un univers parallèle rappelant l’Ukraine et la Russie des années 1917 à 1950, comme Olga et l’Archange, des récits plus court, comme Cireasa ou le Sang du calice, qui se termine en Valachie en 1632 (comme par hasard, diront ceux qui continuent de rigoler au fond, je vais finir par sortir le cahier des punis, hein). Et toutes ont un point en commun : une mystérieuse auberge. Soit parce que les personnages y entrent et en ressortent quelque peu bouleversés, soit parce que l’on suit lesdits personnages avant qu’ils y aient mis les pieds.

Cette auberge, surgie de mon imaginaire en 1984 — sans que j’aie vraiment rien demandé, d’ailleurs, c’est toujours comme ça —, a fini par prendre une place essentielle au sein de mes histoires. À tel point que l’ultime saga que je veux écrire, la conclusion, où l’on assiste au télescopage de toutes les précédentes séries, s’intitule simplement Les Contes de l’Auberge.

Résumer le concept de l’Auberge en quelques lignes est évidemment impossible (assez de teasing ! Vos gueules, dans le fond). C’est même inutile. Disons que l’Auberge est un lieu entre les mondes, sorte de nexus reliant les multivers. Des personnages y font halte à jamais, d’autres ne sont que de passage, certains deviennent de gentils pensionnaires pour l’éternité, d’autres, forts en gueule et n’ayant pas peur de grand-chose, en deviennent les “Seigneurs”, portant le fer et le feu d’un monde à l’autre, la plupart du temps à raison, mais aussi, parfois, un peu à tort.

C’est en traduisant un ouvrage du mathématicien (de génie) britannique Marcus du Sautoy que j’ai eu la réponse à une question que je me posais depuis longtemps : combien peut-il y avoir de portes dans une auberge qui est un point de connexion mouvant entre les dimensions ? 196 883. Pour savoir pourquoi, je ne peux que vous inviter à lire le livre de Marcus.

Nous avons donc, d’un côté, un fou furieux amoureux d’un pays méconnu au pied des Carpates, le tout depuis bientôt quarante ans, et de l’autre, une auberge inventée par le même fou et qui est devenue la clé de voûte de ses mondes.

Où cela se rejoint-il ? Sur Facebook. Plus exactement, sur ma page. Où, délibérément, j’ai pris comme photo de couverture une auberge roumaine, que je croyais fermée, voire détruite depuis longtemps. Et c’est là que, comme par “hasard” (cessez donc de rigoler, je vais vraiment finir par me fâcher) une des 196 883 boucles se boucle. Vous allez me dire, il en reste encore 196 882, donc, on n’est pas rendu. Je suis bien d’accord, et c’est tant mieux.

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La photo de couverture en question…

Le soir de mon arrivée à Bucarest — moi, j’étais déjà juste heureux d’y être, je ne demandais rien —, mes hôtes m’annoncent qu’ils vont m’emmener dîner … dans l’Auberge ! Celle de ma photo de couverture !

Elle a pour nom Hanu’ lui Manuc (l’auberge de Manuc), et c’est un édifice énorme. Elle n’a peut-être pas 196 883 portes, mais entre celles de l’extérieur et celles de l’intérieur, il doit bien y en avoir quelques centaines.

Hanu’ lui Manuc a été construit (han est un mot neutre en roumain, donc masculin au singulier) en 1808 et plusieurs fois agrandi et rénové depuis. Autrefois, on y trouvait également un grand hôtel, plusieurs tavernes, le restaurant, et même des boutiques. Dans sa vaste cour, les marchands faisaient halte sur la route entre les Carpates et le nord et l’ouest de l’Europe, et la plaine danubienne, vers le sud, l’est et l’empire ottoman.

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Hanu’ lui Manuc en 1841.

C’est donc avec un sourire béat que j’en ai franchi le grand porche d’entrée…

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…avant de m’attabler avec mes amis autour d’un repas pantagruélique dignement arrosé de vin et de palinca…

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…et où l’on s’est retrouvé à parler roumain, français, espagnol, anglais, le tout saupoudré d’un peu d’allemand et même d’une pincée de russe.

Quand j’en suis ressorti, preuve que c’était sans doute bien “mon” Auberge, je n’étais plus tout à fait le même (parce que j’étais bourré ? Je vous ai encore entendus, au fond. Cette fois, c’est décidé, je me lève et je viens vous distribuer des baffes).

Et c’est dans une autre auberge que j’ai passé la (courte) nuit. Une auberge qui vaut, elle aussi, le détour, mais ceci est une autre histoire.

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