Oui, je sais, rien que le titre, déjà…

Et pourtant.

C’est à la fois une longue et une courte histoire, qui commence par ça :

“Le Bourreau passe,

de villes en villages.

Toujours absent,

quand tombe la sentence,

Toujours présent,

pour dresser la potence.

Quand un par un,

chacun il dévisage,

Voyez les tous,

comme ils refluent, tremblants.

Besogne faite,

il repart d’un pas lent,

Mais nul n’oublie

le feu de son regard sans âge.”

Les contes du Bourreau font partie de ce que j’appelle les récits-passerelles, autrement dit, les histoires qui décrivent comment certains personnages passent, accidentellement ou non, d’une réalité à l’autre. C’est dans cette même catégorie que se trouvent Cireasa ou le Sang du calice, Thâ, une énorme épopée en un seul volume qui raconte la vie de la plus grande guerrière de tous les temps, ou encore La Fiancée noire, dont je vous ai déjà parlé ci-dessous.

Dans Les contes du Bourreau, on suit, justement, un personnage solitaire qui vient directement de la série Chemins de croix. Non, je ne vous dis pas lequel, il faudra que vous lisiez la série en question (deux tomes sont déjà écrits, un troisième est bien avancé, sur un total de six).

L’homme parcourt des terres dévastées en compagnie de deux chiens et d’un chat, une grande épée sur les épaules, plus quelques autres moyens divers de faire passer promptement son prochain de vie à trépas, et pour gagner sa pitance, il vend dans les villages miséreux ses compétences d’exécuteur de sentences la plupart du temps prononcées par d’autres. Il ne juge pas, ne prend pas partie. Il tue, c’est tout. Mais il le fait bien, très bien, même, au point d’être devenu une des légendes des terres dévastées.

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Élégance et sobriété, c’est à l’odachi que le Bourreau travaille.

Le récit se décompose en neuf textes d’inégale longueur, et décrit son périple depuis les ruines de son ancienne existence jusqu’à une nouvelle cité flamboyante où il ira se perdre pour devenir l’un des nombreux héros des Contes de l’Auberge.

Le premier, Le chant du bourreau, vous l’avez lu en introduction. Le deuxième, La chanson, parle de ce qui lui manque de son ancienne vie. Le troisième, Maladroits, est une sorte de mode d’emploi pour quiconque serait amené à le croiser. Dans le quatrième, D’un désert l’autre, on le voit se souvenir de ses désolations, et de celles des autres. Dans le cinquième, Une tour sans clé, il découvre une tour fermée et s’interroge.

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Cette tour-là m’a déjà joué bien des tours, et ce n’est pas fini.

Dans le sixième, Les risques du métier, il arrive dans un village où il exécute une sentence mais personne n’est content. Le septième, La guerre des clowns, raconte comment un ancien cirque s’est trompé de public. Le huitième, Une partie de pêche, dépeint sa rencontre avec le propriétaire de la tour sans clé, un certain enchanteur qui cherche sa reine des fées.

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Dans la calme fraîcheur du petit matin, un bourreau et un enchanteur posent leurs lignes et devisent…

Et dans le neuvième et dernier, La cité sans mémoire, on assiste à son arrivée, et à son nouveau départ.

Énigmatique ? Bien sûr, vous savez bien que c’est là un de mes nombreux défauts. Une fois encore, il n’y a donc plus qu’à les écrire, ces fameux contes, marmonneront les éternels cancres du dernier rang.

Et une fois encore, ils auront raison, les cancres.