L'Œil de Saphir et autres contes

Des mondes à conquérir, ou à reconquérir

Tag: démon

Les Neuf Preuses (1)

Les Neuf Preuses

“Pilote”

C’est quoi, encore, ce machin ? allez-vous me dire, avec votre sempiternelle habitude de poser des questions qui m’agacent.

Eh bien, il y a quelques semaines, les Neuf Preuses sont sorties toutes casquées, toutes armées, toutes belles, de mon crâne certes déjà bien trop encombré d’idées qui s’y enchevêtrent depuis des années. Pour être honnête, je ne les avais pas vues venir, et elles ont été bien aidées par l’une d’entre elles, une amie merveilleuse, qui est littéralement la co-auteure (je n’aime pas trop ces féminins artificiels, mais là, quand même, hommage oblige) de l’idée originale et du principe qui en découle.

Les Neuf Preuses, ce sera donc une série de neuf romans relativement courts (200-250 pages, pour moi, c’est court), qui raconteront comment neuf femmes exceptionnelles vont s’employer, en se mettant au service d’un démon somme toute plutôt recommandable, à sauver le monde qui les entoure d’une horde de néfastes.

Au départ, le concept des Neuf Preuses remonte à la fin du XIVe siècle, et il avait pour vocation d’être un peu un catalogue de toutes les vertus des femmes d’action (de l’époque). Allez voir ici pour en savoir plus, par quelqu’un qui en parle mieux que moi.

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Version trouvée sur www.madmoizelle.com

Dans la version née de l’imaginaire de mon amie et moi, Les Neuf Preuses reste fidèle à l’idée de neuf femmes plus grandes que nature, neuf femmes formidables. Neuf femmes que j’ai la chance d’avoir connues et de connaître encore et qui ont exercé une influence majeure sur le cours de mon existence, chacune à sa façon.

J’ai utilisé le mot “hommage” tout à l’heure, je le répète ici : Les Neuf Preuses est un hommage à chacune d’entre elles et à tout ce qu’elles m’ont apporté.

Alors, qui sont-elles, ces Neuf Preuses d’un style un peu particulier ? Je ne vous donnerai pas leurs vrais noms, bien sûr, mais seulement quelques informations sur les personnages qu’elles nous ont inspirés.

Chacune vient d’un autre lieu, et d’un autre temps. Chacune y a été “récupérée” par le démon évoqué plus haut, dans un but qui ne sera révélé qu’à la fin. Et toutes vivent de nos jours, dans un Paris très proche du nôtre, parfaitement intégrées, semble-t-il.

Semble-t-il…

Les portraits ci-dessous ne sont ni vraiment exacts sur le plan historique, ni conformes à mes chers modèles. Ils ne sont là que pour vous donner une idée de ce à quoi ces dames ressemblaient “avant”.

Allez, c’est parti, dans l’ordre où les originales sont apparues dans ma vie :

Anglaise

Une bourgeoise anglaise du XVIIe siècle qui pratiquait des arts considérés comme compromettants…

Franque

Une dame franque du VIe siècle qui avait les mêmes intérêts discutables que sa camarade ci-dessus…

Sarmate

Une noble guerrière sarmate du IIe siècle av. J.C., connue pour couper littéralement court aux discussions…

Gasconne

Une châtelaine gasconne du XIIIe siècle qui avait les mêmes passions coupables que ses copines citées plus haut…

Dace

Une prêtresse dace du IIe siècle de notre ère, dont les activités n’ont guère plu à l’envahisseur romain…

Etrusque

Une guerrière étrusque du VIe siècle av. J.C. à qui il arriva bien souvent de se fourrer dans des situations épineuses…

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Une danseuse coréenne du XVIe siècle dont la chorégraphie n’était pas le seul talent…

Viking

Une guerrière viking du VIIIe siècle qui aimait tant les voyages qu’elle traversa le temps…

Courtisane

Et une courtisane versaillaise du XVIIIe siècle qui, sans en avoir l’air, venait en réalité des Carpates…

 

Voilà, vous n’en saurez pas plus sur elles aujourd’hui.

Mais dans un prochain article, et avec leur accord, je vous en dirai davantage sur ce qu’elles font dans le Paris de notre temps, et sur ce que le démon attend d’elles.

Une brève histoire de l’Œil (2)

Empires et démons

Nous entrons donc dans l’histoire écrite de l’Œil de Saphir.

Écrite, et pourtant, il est bien difficile, dans les premiers âges, de distinguer entre légende et réalité.

C’est en ces temps déjà immémoriaux qu’Andamius, une des plus belles villes de la planète, est fondée et que s’érige lentement le Premier Empire nibdéen (d’Anibda, le continent de l’Ouest).

Le Premier Empereur, légendaire, aurait eu pour nom Andamérius, et il aurait été le général en chef de toutes les forces “impies” qui avaient fini par triompher des Thâ. Que ce personnage ait ou non existé, la dynastie régnante du Premier Empire est dite “andaméride”. C’est sous la dynastie andaméride que l’empire devient à proprement parler “nibdéen”, soumettant à sa loi toutes les populations du continent.

Dans le même temps, à l’est, l’autre continent, Imtaol, assiste à l’avènement d’une autre grande puissance, l’empire avanjide, fondé par les hiérarques de la cité de Dîr. Rapidement, les Avanjides prennent le contrôle de tout le nord-ouest du continent, seulement bloqués dans leur expansion par les Monts Orroks au sud et les Monts Tarna à l’est.

Loin de s’affronter, les deux grands empires de cette époque antique s’entendent pour partager l’Œil de Saphir en deux zones d’influence. Le premier traité de l’histoire de l’Œil remonte à ces temps à la lisière entre légende et réalité, et aurait été signé entre Tomerius II pour l’empire nibdéen et Sûr-Margâ pour l’empire avanjide. Un fragment en est d’ailleurs conservé dans les archives de la bibliothèque impériale d’Andamius.

Vers 2000 av. J.-C. [datation terrienne], les deux empires sont à leur apogée. C’est alors que se situe un événement qui prouve que mythes et histoire restent indémêlables sur l’Œil. Selon les diverses traditions populaires des deux continents, quatre créatures font brutalement leur apparition en divers points de la planète. Trois dieux et un démon qui, dès lors, vont imprimer leur marque à l’histoire du monde. Il s’agit de Rakar-Than, le Dieu-momie, qui surgit au cœur des Montagnes d’Anibda, où il s’installe dans le Sanctuaire de l’Effroi, un ancien champs de ruines thâ. Shaggotha, le Dieu-aveugle-et-sourd, force brute qui se répand dans les sous-sols des deux continents et dont l’influence néfaste se fait aussitôt sentir parmi les populations, en particulier chez les orques, les gobelins et les ogres, qui se mettent à déferler sur les États humains. Et Yil’tha, l’Ailé, qui prend possession d’une île au sud-est d’Anibda, d’où il peut contrôler les mers. Quant au démon, il a pour nom Gork, et il apparaît dans les terres du nord d’Anibda.

Que ce soit sous l’influence de ces êtres mythiques, ou pour d’autres raisons, la situation devient instable dans les deux grands empires qui se partageaient le monde. En -1250, un coup d’État fomenté par plusieurs généraux impériaux entraîne l’extermination de toute la famille impériale. Avec l’avènement de la deuxième dynastie, dite “mazéride” [du nom de la famille Mazeri, qui existe toujours et compte parmi les sept grandes familles de l'empire actuel. De réputation douteuse, elle préfère aujourd'hui se contenter de tirer les ficelles dans l'ombre plutôt que de tenter un retour officiel sur le devant de la scène], démarre la période du Deuxième Empire.

Sur Imtaol, les Avanjides sont renversés et chassés par leurs vassaux les Tarán og Taziran. L’empire avanjide se morcelle en une multitude de potentats qui entrent en concurrence.

Le Deuxième Empire nibdéen ne se porte guère mieux et, vers -1000, il ne contrôle plus que la moitié occidentale du territoire. Le nord est désormais occupé par un royaume indépendant, et l’est par une confédération relativement lâche de cités-États.

Dans les siècles qui suivent, la stabilité qu’avait connue l’Œil n’est plus qu’un lointain souvenir. Sur Anibda, les trois Dieux et Gork, qui a rassemblé une armée d’orques et d’hommes-lézards, déclenchent des guerres de conquête. Sur Imtaol, le royaume de Spanthâ Mandu, gouverné par une secte, les Grands-Teugs, qui se disent les héritiers des Thâ, franchit les Monts Tarna et asservit quiconque tente de lui résister.

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Man’Thâ, concubine de S’rakkil, vers 1000 av. J.C. © Fonds royal d’Olhim

Vers -500, sans que l’on sache exactement pourquoi, Gork interrompt ses opérations militaires contre l’empire nibdéen, désormais réduit au quart sud-ouest du continent. À la tête de ses forces, il débarque sur Imtaol et, en une campagne fulgurante, détruit le royaume de Spanthâ Mandu et les Grands-Teugs.

Sur Anibda, les guerres incessantes finissent par avoir raison du royaume du Nord et de la Confédération de l’Est. Vers l’an 200 de notre ère, la Confédération se disloque, laissant la place aux Onze Cités, association fragile de cités-États. Quant au royaume du Nord, il se divise en trois potentats qui existent encore de nos jours : Oktin, Asraw et Idriss.

Vers l’an 600, la situation géopolitique de l’Œil est la suivante. Sur Anibda, le Deuxième Empire de la dynastie mazéride vit replié sur le sud-ouest, dans la crainte permanente d’une reprise de la guerre contre Gork, qui tient toutes les terres dites du Grand-Lac. Mais en dehors de ces tensions, et malgré la menace perpétuelle d’attaques menées par les forces de Rakar-Than et Yil’tha, le continent connaît une période de prospérité relative grâce aux échanges commerciaux entres les Trois Royaumes au nord, les Onze Cités à l’est, et l’empire mazéride.

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Sur cette vieille carte de l’ouest d’Anibda, on distingue les Onze Cités, en rouge, et l’île de Tsher-Tokhod, au sud, occupée par Yil’tha, l’Ailé. © Bibliothèque des Édiles, Busan

Sur Imtaol, les Tarán og Taziran ont fondé leur propre empire, le Sultanat taránog, qui contrôle toute la moitié septentrionale du continent. Cet immense État, bien que toujours tenté par des aventures militaires, reste le garant d’une certaine stabilité, même s’il se heurte, au sud, à de nouvelles puissances régionales, comme les principautés de Stradom et Olhim, et le royaume acène.

Mais Stradom et Olhim, justement, se fédèreront, en 759, pour constituer un nouveau contre-pouvoir face à l’empire taránog. Bientôt, la guerre éclatera entre les deux grandes puissances d’Imatol. Elle durera près de neuf siècles, et bouleversera à jamais la physionomie de l’Œil de Saphir.

 

À suivre :

Une brève histoire de l’Œil (3)

De l’hégémonie podolienne aux premiers Terriens

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