L'Œil de Saphir et autres contes

Des mondes à conquérir, ou à reconquérir

Tag: musique

L’anti-Messiaen

ou

la face cachée du mystère Borand

Par Théophile de Saint-Valet

Ancien élève du conservatoire de Courbevoie, Théophile de Saint-Valet, après avoir sérieusement envisagé une carrière de pianiste concertiste, puis de ténor, puis de chef d’orchestre, est aujourd’hui professeur émérite de solfège au conservatoire de Courbevoie et chroniqueur dans la revue L’Aurore Musicale. Il est l’auteur de Pour une approche structuraliste de l’heuristique préromantique dans la musique allemande et Droit LGBT et Opéra à travers les siècles, qui a été couronné par le grand prix de la critique musicale classique.

 

L’un des multiples mystères qui entourent le personnage de Louis-Félicien Borand (1910-1957) tient au fait que jusqu’à présent, personne n’ait tenté de confronter malgré leur proximité générationnelle la vie et l’œuvre de ce compositeur avec celles du grand maître Olivier Messiaen (1908–1992). Ceci tient selon nous à trois facteurs majeurs :

- Tout d’abord, l’histoire de la musique récente n’a pas promis les deux compositeurs à une même postérité, faisant de Messiaen un véritable phare de la musique du XXème siècle, là où Louis-Félicien Borand (que nous appellerons parfois affectueusement et par souci de concision LFB) reste un compositeur aussi ignoré que « maudit ».

- D’autre part, Olivier Messiaen a vécu bien plus longtemps que Borand, et a continué de composer près de 35 années après la disparition de son quasi contemporain, accédant à une renommée internationale de plus en plus large au fil des décennies qui suivirent la disparition de son concurrent.

- Cela tient aussi surtout à la carrière très iconoclaste du « petit maître de Bourges » (comme l’a surnommé Adam-Philâtre du Rozier dans une des rares tentatives de biographie de LFB) et surtout antithétique, qui fait que presque personne n’a de vision globale du compositeur : il y a ceux qui s’intéressent au jeune compositeur d’avant-guerre, à vrai dire bien fade, au point que son père lui-même musicien l’avait qualifié de “pâle copie du pourtant insipide Poulenc”, et ceux qui observent avec circonspection et prudence les bribes de musique et d’informations que nous avons sur l’œuvre du Borand d’après-guerre, qui ferait plus penser à un “Pierre Henry qui aurait passé les portes de l’enfer sans la moindre intention d’en revenir”. (John Starver : The influence of Borand’s music on Death Metal genesis)

- Enfin, rien n’attestait jusqu’à maintenant d’une quelconque relation, d’un quelconque lien entre les deux musiciens.

Pourtant, lorsqu’on jette un regard un peu attentif à la biographie des deux compositeurs, de nombreuses concordances de dates sautent aux yeux. Et de troublants parallèles et oppositions naissent de ces concordances.

Borand et Messiaen se sont-ils connus? Ignorés? Nul ne le savait, nul ne s’était peut-être encore posé la question. La révélation récente d’une correspondance inconnue entre Borand et un ami d’enfance vient pourtant jeter une lumière nouvelle et troublante sur cette problématique. Découverte en ce début d’année lors d’une vente aux enchères qui suivit la liquidation judiciaire de la « Maison de Repos des Lilas » dans les environs de Bourges, il s’agit d’un échange épistolaire (dont ne demeurent que les missives de LFB) entre le compositeur méconnu et Ernest-Antoine Panassieux, ancien directeur de l’établissement à l’époque où la maison de repos était encore une clinique psychiatrique, ancien camarade de collège de LFB, décédé en 2005 à l’âge vénérable de 95 ans. Ces nouvelles informations que nous avons pu réunir en compulsant avec passion cette correspondance malheureusement incomplète nous permettent de dresser aujourd’hui un portrait contrasté des compositeurs. Les zones d’ombre demeurent importantes, encore plus qu’auparavant sans doute puisqu’alors on ne se doutait encore de rien. Elles permettent néanmoins de se demander si pendant toutes ces années, Borand ne se révélerait pas comme étant plutôt le négatif parfait d’Olivier Messiaen, son opposé en toute chose. Là où Messiaen insufflait dans sa musique sa foi catholique, son amour des couleurs (il était sujet à la synesthésie) et des oiseaux (il était fier d’être un véritable ornithologue), LFB ne fut-il pas le chantre du noir et blanc – en évitant le blanc -, de l’obscur et du sépulcral? Là où l’un brillait par son génie et irradiait toute une génération par son enseignement, (https://www.youtube.com/watch?v=GSWatsiBErU) l’autre fut un pâle professeur de province sans talent, puis un misanthrope solitaire et inquiétant. Pourtant, nous commençons maintenant seulement à comprendre que ces deux-là furent liés par un étrange destin, et ce justement parce qu’ils étaient opposés, à moins que ce ne fut ce destin qui les opposât.

 

Des apprentissages aux antipodes

 

Un parallèle sur le début des vies d’Olivier Messiaen et Louis-Félicien Borand est terrible et accablant pour ce dernier : Messiaen naît en 1908 à Avignon, Borand en 1910 à Bourges. Son père est professeur de musique et tyrannique, celui de Messiaen est un intellectuel catholique professeur d’anglais et sa mère est poétesse. On dirait que tout est déjà dit : Messiaen a grandi dans une famille ouverte, JLB resta sous le joug d’un père dominateur, aigri et cruel. L’un allait s’épanouir dans la musique, l’autre serait contraint de s’y résigner.

Alain et Olivier (à droite) Messiaen, en 1914 (coll. Olivier Messiaen).

Alain et Olivier (à droite) Messiaen, en 1914 (coll. Olivier Messiaen).

La guerre voit cette fois les deux pères s’opposer dans leurs destins respectifs : Marcel Messiaen est enrôlé en 1914 alors que le père de FLB, pourtant volontaire, est réformé pour raison de santé et ne sera mobilisé que brièvement en octobre 1918.

À la fin de la guerre, Olivier Messiaen fait son entrée au conservatoire de Paris pour des études qui vont s’avérer brillantes et culminer en 1930 avec un premier prix de composition. Borand entre à l’Ecole Nationale de Musique de Bourges en 1921, poussé par un père qui l’oblige depuis 1905 à travailler laborieusement son piano.

Puis c’est l’heure des premières compositions et des émois. FLB écrit son Élégie de Printemps, Messiaen la met en pratique et épouse en 1932 la violoniste Claire Delbos et se lance dans sa prémonitoire Ascension pour orchestre. A cette époque, nulle mention de Messiaen dans la correspondance naissante du jeune Borand avec son copain de collège Panassieux : il ne s’intéresse sans doute pas assez à son futur métier pour avoir entendu parler de son condisciple.

1936

1936 est un tournant : Les deux hommes deviennent professeurs, Borand à l’Ecole Nationale de Musique de Bourges où il enseigne le piano, et Messiaen à l’Ecole Normale de Musique. Ce dernier crée le groupe de musiciens “Jeune France” avec Yves Baudrier, André Jolivet et Daniel-Lesur.

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Ce mouvement est soutenu par de nombreux artistes établis, dont Francis Poulenc. L’acte public fondateur de « Jeune France » est le concert événement du 3 juin 1936, Salle Gaveau, avec l’Orchestre de Paris et le pianiste vedette de l’époque, Ricardo Vines. Le programme inclut deux œuvres du jeune Olivier Messiaen : Les Offrandes Oubliées et L’Hymne du Saint-Sacrement.

Fin mai 1936, au lendemain du triomphe de Léon Blum et de ses alliés du Front Populaire aux élections législatives, JLB, qui n’entend rien à la politique, monte à Paris dans le but de rencontrer Francis Poulenc. On ne sait pas grand-chose quant au contact effectif ou non entre Borand et le vieux maître. La correspondance de LFB est confuse et incomplète à ce sujet. Mais il semble que Poulenc conseille (directement ou indirectement) au jeune provincial de se joindre au mouvement “Jeune France”. Borand s’y refuse-t-il ou est-il poliment éconduit, le fait est qu’il n’y participera jamais.

Ce qui est avéré par contre, car il le relate avec moult détails dans sa correspondance, c’est qu’il assiste à ce premier concert à Gaveau lors de son séjour parisien. Arrivé Salle Gaveau avec enthousiasme, il en repartira profondément perturbé et circonspect. Nous savons par ses lettres à Panassieux qu’il y rencontre en particulier une jeune femme “silencieuse et mélancolique” dont il tombe immédiatement amoureux. Il lui parle ce soir-là, sans que sa lettre enfiévrée à Panassieux ne révèle la teneur de leur discussion. Mais ce n’est que bien plus tard dans la soirée ou même le lendemain matin que LFB comprend que la fascinante inconnue n’est autre que l’épouse d’Olivier Messiaen, la violoniste Claire Delbos.

C’est de cette soirée que date une haine inextinguible et jalouse de Louis-Félicien Borand pour Olivier Messiaen et son œuvre !

Une affaire de stalags

Le lieu suivant de rencontre entre les deux hommes sera beaucoup moins festif. Bouleversé bien plus par son expérience personnelle que par son expérience musicale, Borand repart rapidement pour Bourges et reprend son existence déjà routinière. Il n’oublie néanmoins pas Claire qui revient régulièrement dans ses lettres à Panassieux. Il semble même qu’une tentative de correspondance entre les deux se soit esquissée, à l’initiative du jeune professeur de piano bien sûr, mais LFB ne reçoit manifestement aucune réponse aux missives enflammées qu’il envoie à l’épouse de son concurrent et rival. 1937 réunit à distance autant qu’elle ne les oppose les deux compositeurs de par leurs créations : Borand écrit sa Symphonie dite “du Père”, exécutée (les plus médisants affirmèrent que le mot était d’ailleurs parfaitement choisi pour la circonstance) fin juin de la même année par les élèves du conservatoire de Bourges en première partie de leur gala de fin de saison. Cela reste la seule exécution publique de l’unique symphonie de son compositeur à ce jour. On raconte d’ailleurs que Borand père quitta ostensiblement la salle avant la fin du deuxième mouvement. Quelques jours auparavant, le 4 juin, venaient d’être créés toujours Salle Gaveau les Poèmes pour Mi d’Olivier Messiaen, une œuvre dédiée à son épouse Claire dont Mi était le surnom affectueux. Le père professeur versus l’épouse violoniste : on ne s’étonnera finalement pas d’apprendre début 1938 les fiançailles de LFB avec Marie Lerault, elle-même violoniste de son état et enseignante au conservatoire de Bourges. C’est aussi l’année où Borand publie à compte d’auteur ses roboratives Pièces pour le Clavecin ainsi que ses Faunes, trop visiblement inspirés par le vocabulaire orchestral de Claude Debussy.

La rage de Borand père à l’annonce de fiançailles qu’il juge de par trop médiocres ne pourra s’exprimer directement que quelques mois, car son fils Louis-Félicien est mobilisé en août 1939 dans le 95eme régiment d’infanterie. Ses missives, devenues plus rares, apprennent qu’il continue néanmoins de composer.

Le 19 mai 1940, Borand est fait prisonnier par les Allemands. À partir de cette date, sa correspondance devient encore plus sporadique avant de s’interrompre définitivement en 1942. Il prétend avoir été interné au Stalag VI-K en Westphalie, bien qu’on en ait jamais eu confirmation officielle.

Stalag VI-K

Stalag VI-K

Olivier Messiaen quant à lui est bien emprisonné le 20 juin 1940 au Stalag VIII-A à Gorlitz. C’est là qu’il entreprend la composition d’une de ses œuvres majeures, le sublime Quatuor pour la Fin du Temps (inspiré par l’Apocalypse selon Saint-Jean et composé en hommage à l’ange annonciateur de la fin des temps).

Olivier Messiaen — à gauche — au Stalag VIII-A.

Olivier Messiaen — à gauche — au Stalag VIII-A.

C’est un quatuor écrit pour piano, violon, violoncelle et clarinette, effectif déterminé par la présence de ces pupitres dans l’effectif des prisonniers. Le 15 janvier 1941, le Quatuor pour la Fin du Temps est exécuté au Stalag VIII-A devant un public d’environ 400 personnes.

300px-Quatuor_pour_la_fin_du_TempsOlivier Messiaen est au piano. Même si sa correspondance est très incomplète et commence à devenir sibylline, il est à peu près certain que Borand est dans le public. On n’en saura pas plus, mais il semblerait qu’il soit venu du VI-K au VIII-A sur décision d’un personnage peut-être encore plus mystérieux, le sulfureux Harald Suttner, qui aurait lui aussi assisté à la création du Quatuor, et qui aurait ainsi amené Borand “dans ses bagages”. Tout ce que l’on sait de Suttner, c’est qu’il écume alors les stalags en quête non d’interprètes, mais de compositeurs. Toutefois, il est apparemment reparti du Stalag VIII-A après la représentation, toujours en compagnie de Borand, et sans avoir cherché à entrer en contact avec Messiaen.

En mars 1941, Messiaen est libéré et rentre à Paris. Il ne le sut jamais mais cette libération rapide le sauva d’un destin funeste, car trois jours à peine après son départ parvint une demande de transfert pour le Stalag VI-K de Westphalie. Mais le compositeur n’était plus là, et l’officier en charge du Stalag VIII-A, qui avait assisté à la création du quatuor, ne donna pas suite à la demande, qui resta lettre morte jusqu’à la libération où elle fut archivée parmi tant d’autres.

Borand 2, ou l’antithétique hérétique

On perd toute trace de Louis-Félicien Borand à partir de 1942. Sa présence antérieure dans le Stalag VI-K n’a d’ailleurs jamais été véritablement démontrée. Sa correspondance avec Panassieux s’interrompt également brusquement et définitivement à la même date. C’est aussi à ce moment qu’en France, la vie d’Olivier Messiaen connaît un profond bouleversement. Il est d’abord nommé professeur au Conservatoire de Paris. La même année, il rencontre la jeune pianiste Yvonne Loriod, alors âgée de dix-neuf ans, dont le jeu virtuose et puissant et la capacité de déchiffrage hors normes vont aussitôt fasciner le jeune professeur. Yvonne Loriod devient immédiatement l’interprète de ses compositions de piano, et on peut aussi affirmer que c’est cette rencontre qui va pousser Messiaen à désormais composer beaucoup plus pour cet instrument. Claire Delbos a probablement du mal à vivre le succès grandissant de son mari, où elle ne tient finalement pas une grande place si ce n’est de spectatrice privilégiée, ainsi que cette nouvelle concurrence féminine qui a par opposition un gros impact sur la musique du compositeur.

A Bourges, en 1943, Marie Lerault enterre définitivement ses médiocres fiançailles avec Borand en épousant un collègue du conservatoire, accessoirement professeur de violoncelle. Il n’y aura plus aucune trace de correspondance ni de relation entre elle et LFB. En 1943 toujours, le 10 mai, Olivier Messiaen et Yvonne Loriod créent côte à côte les Visions de l’Amen, magnifique œuvre de piano à quatre mains. (https://www.youtube.com/watch?v=IB4pk5nMEVY). Sans vouloir suggérer le moindre lien de cause à effet, c’est néanmoins autour de cette date qu’apparaissent les premiers signes du déclin mental et physique de Claire Dubos.

1945 voit encore les destins s’entrechoquer et basculer à distance : cette année-là, Borand est récupéré par des soldats canadiens, alors qu’il est en train d’errer sur les routes de Westphalie. Son état mental semble fragile. En France, Claire Delbos, à la suite d’une opération, commence à souffrir de troubles de la mémoire puis d’enfermement mental. Elle est diagnostiquée comme étant victime d’une atrophie cérébrale irréversible. Elle entrera d’abord dans un sanatorium, puis visitera de nombreuses cliniques avant d’entrer en asile psychiatrique.

La lecture des archives ouvertes au même moment que fut révélée la correspondance de Borand semble suggérer qu’un de ces lieux de soins fut la « Clinique des Lilas », située dans les environs de Bourges, et tenue par le Docteur Parnassieux (l’ami de collège et correspondant de LFB). On ne sait rien de ce supposé bref séjour de trois semaines. Mais la consultation des archives révèle que c’est à cette époque que le docteur Parnassieux fit procéder à l’acquisition d’un matériel hi-fi dispendieux pour en équiper son cabinet. La santé de Claire Delbos déclina encore plus vite au sortir de la Clinique des Lilas. Au fil des semaines, des mois puis des années, on raconte qu’elle perdit successivement l’usage de la vue, puis de l’ouïe, puis la faculté de se mouvoir avant de se paralyser peu à peu.

Olivier Messiaen resta tout au long de sa vie extrêmement discret sur cette terrible période. Il sembla la vivre sur le mode du déchirement, de la mauvaise conscience et de l’immersion dans la religion. Selon ceux qui l’ont alors côtoyé, il adopta peu à peu un vocabulaire proche de celui qu’on utilise pour qualifier les saints en parlant de Claire Delbos, comme s’il associait le terrible destin de son épouse à celui d’une martyre. Et si l’attirance pour Yvonne Loriod était évidente, sa profonde foi catholique lui interdisait de céder à cet amour, surtout en ces circonstances et même si la santé déclinante de sa femme les séparait et signait aussi en quelque sorte la mort de leur couple. Souvent les plus belles œuvres surgissent des plus grands déchirements, et il en conçut un triptyque sur le thème du mythe de Tristan et Iseult, de l’amour et de la mort, avec Harawi (cycle de mélodies), la Turangalîla Symphonie et les Cinq Rechants pour chœur à capella, des œuvres qui vont rythmer l’étrange avancée parallèle à distance des deux compositeurs.

Harawi est d’abord créé le 27 juin 1946 à Bruxelles.

A peine deux mois plus tard, Borand semble répliquer à distance avec Hamadryas 38, jouée dans la Kleine Zaal du Concertgebouw d’Amsterdam. Première surprise, c’est la première (et dernière) fois qu’une œuvre de Borand est donnée dans une institution aussi prestigieuse, fût-ce dans sa petite salle. Nous ne connaissons pas d’explication à la chose, si ce n’est qu’il s’agit d’un concert financé par des fonds privés, mais dont l’origine reste encore inconnue. Mais d’autre part, et surtout, il s’agit là de la première œuvre de Borand dans un style totalement iconoclaste par rapport aux exécutions précédentes. La création de l’œuvre laisse les quelques auditeurs présents stupéfiés, certains (pour reprendre leurs dires) terrifiés par ce qu’ils viennent d’entendre.

LFB récidive dès l’année suivante à Paris avec Chants de Colère et de Métal crée Salle Colonne.

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Cette œuvre est à ce jour la plus connue, ou plutôt la moins méconnue de son auteur : elle fit en effet l’objet d’une captation radiophonique pour le Programme National de la RDF. Le concert ne fut jamais diffusé à la radio, le scandale de son audition fut bien trop grand, un septuagénaire s’effondrant en particulier aux deux tiers de l’œuvre, victime d’une crise cardiaque qui s’avéra fatale. Par contre la bande fut utilisée pour la parution en 1948 d’un microsillon 33 tours vendu “sous le manteau”, édité par un label totalement confidentiel du nom de Lontano, dont Chants de Colère et de Métal fut la première et dernière sortie. Du premier pressage, Lontano ne vendit qu’une trentaine d’exemplaires avant de passer le reste du stock au pilon l’année suivante, ce qui fait de ce vinyle méconnu l’un des plus recherchés et des plus chers au monde. Il est donc possible (à défaut d’être aisé ou courant) de pouvoir écouter l’enregistrement de cette œuvre, une expérience faite par votre serviteur et qui ne laisse pas de plonger l’auditeur dans la perplexité puis l’angoisse la plus sourde.

En 1949, coup sur coup, on assiste à la création à Seattle du Lamento di Zêta de Borand puis en décembre de la même année à celle de la monumentale Turangalîla Symphonie de Messiaen par Léonard Bernstein à la tête de l’Orchestre Symphonique de Boston et Yvonne Loriod au piano. De l’avis unanime des rares exégètes à s’être intéressés à l’époque à Borand, il est évident que l’œuvre de Messiaen a totalement éclipsé celle de Borand! C’est à cette époque que Borand se livre d’ailleurs à son unique déclaration publique sur son contemporain, déclarant dans un des trois entretiens radiophoniques qu’il ait jamais accordés : “Messiaen croit toucher à la vérité, mais il en a peur”, ce qui en dit long sur son acrimonie envers lui, mais ne manque pas de relancer les spéculations sur la véritable nature de leur antagonisme. En tout cas, FLB répliquera l’année suivante en donnant de nouveau à Bruxelles la première de In a XiXi Glass. Cette fois, il n’eut pas besoin de Messiaen pour passer inaperçu, tant son œuvre déconcerta et troubla le maigre public et les rares critiques qui s’étaient aventurés à venir l’écouter. C’est à partir de cette œuvre que commença à se diffuser la rumeur au sujet d’un “sentiment de malaise” qui gagnait et poursuivait les auditeurs des œuvres “maudites” de Borand. Il fut en tout cas vite oublié car en juin de la même année, Messiaen acheva son triptyque en donnant les Cinq Rechants dans l’Amphithéâtre de La Sorbonne. Si les dimensions de l’œuvre étaient bien plus modestes que celles de la Turangalîla, ces Rechants concentrèrent pourtant l’attention de tout le petit monde contemporain, par l’utilisation de cette étrange langue inconnue, écrite par Messiaen en “moitié français surréaliste, moitié langue inventée”.

L’étouffement du noir Borand, que nous devrions qualifier plutôt d’obscur dans tous les sens du terme, se poursuivit les années suivantes avec une régularité de thèse complotiste : le 6 juin 1951 furent créées à Tunis les 4 Études de Rythmes de Messiaen – nous mentionnons ce fait dans ces biographies comparées de par la place primordiale que tient cette œuvre (relativement atypique dans la production du maître catholico-ornithologue) dans l’histoire de la musique contemporaine – n’est-ce point elle qui amena le jeune Boulez à suivre la classe de composition de son aîné, pendant une (seule!) année? Mais sa véritable date importante de diffusion internationale fut sa création française à Toulouse le 7 juin 1951. Là aussi, la première audition du mystérieux Fractured View de Borand fit les frais de l’aura de la nouvelle œuvre de son concurrent.

La chute précipitée de l’ange noir

Borand disparaît à nouveau de 1952 à 1955, cette fois aux Etats-Unis. Son statut de compositeur maudit (on parla de vagues – limitées par la maigreur des audiences – de suicides après certaines de ses créations) qui commençait à frémir en Europe se dissout dans le silence médiatique de son absence et l’omission prudente de reprises de ses œuvres sur scènes. Mais il réapparaît en 1956, dans ce qu’on pourrait appeler une ultime course à l’abîme.

De son côté, Messiaen, plongé au cœur du drame intime de la lente agonie de son épouse (à laquelle il continue de rendre de régulières visites, conduit en voiture par Yvonne Loriod), se lance dans un long cycle d’œuvres consacrées aux oiseaux, que nous nous risquerons en la circonstance à qualifier d’animaux de la rédemption. Les destins des deux hommes vont s’entrechoquer une dernière fois.

Le 10 mars 1956, les Oiseaux Exotiques de Messiaen, pour piano et petit orchestre, sont donnés en avant-première au Théâtre du Petit Marigny, siège du fameux “Domaine Musical” lancé par l’impétueux Pierre Boulez. C’est cette même année que sont données (chacune dans un hangar désaffecté) à New York puis à Paris les deux seules exécutions de La Forêt par-delà le Bleu de Borand. Malgré notre ténacité, il nous a été impossible de retrouver un témoin direct de l’une de ces deux seules exécutions, de ce qui a été un des plus grands et méconnus scandales de la musique de la seconde partie du XXe siècle. Ne pouvant qu’extrapoler sur une absence de description du contenu musical, nous émettrons juste l’hypothèse (néanmoins solide) que la forêt demeure le domaine de prédilection des oiseaux, même sans doute chez Borand – peut-être s’agit-il ensuite d’un problème d’espèce ovipare pour caractériser chaque œuvre…

Puisque mention est faite du Domaine Musical, nous sommes obligés de mentionner à ce stade de l’analyse, avec toutes les réserves d’usage pour ce que nous considérerions en d’autres circonstances comme une “fake news”, pour reprendre un vocable pitoyablement en vogue, une anecdote qui serait loin d’en être une si elle était avérée. Nous ne revenons pas sur le Domaine Musical, cette société de concerts crée par Pierre Boulez en 1954 et qui a fait découvrir toute l’œuvre de l’avant-garde du XXe siècle à un public encore néophyte, même mélomane. L’une des anecdotes étonnantes et détonantes liées au Domaine Musical est liée à la mort du célèbre peintre Nicolas de Staël. On sait que Nicolas de Staël s’est suicidé à Antibes le 16 mars 1955 à l’âge de 41 ans en se jetant de la terrasse de l’immeuble où il avait son atelier. Ce qu’on sait moins, ce que durant ses derniers jours, Nicolas de Staël, assista à un concert du Domaine Musical dirigé par Pierre Boulez le 5 mars 1955 au Théâtre Marigny. De retour à Antibes, il entama de ce qui allait être son ultime œuvre, un tableau fascinant resté inachevé qui s’appelle Le Concert et qui semble directement inspiré de son expérience au Petit Marigny.

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On attribue généralement le suicide du peintre à son amour contrarié pour une jeune femme prénommée Jeanne. Bien entendu, certains critiques ne manquèrent pas également d’ironiser par pure médisance sur la relation de cause à effet entre ce concert de musique contemporaine et la fin tragique du peintre. Mais ce qu’on sait encore moins, c’est que, l’ironie ou la médisance faisant mécaniquement place à une forme de paranoïa hystérique et collective, le bruit courut brièvement en 1955 que Nicolas de Staël avait été également l’auditeur d’une œuvre (à ce jour non identifiée) de Borand. LFB n’a jamais été programmé ni dans le cadre du Domaine Musical, ni au festival de Donaueschingen ni dans le moindre festival de musique contemporaine digne (?) de ce nom. Il n’est bien sûr pas fait mention de ce compositeur dans le programme de l’ultime concert officiel auquel de Staël assista. On raconte par contre qu’une fois Boulez et certains musiciens partis, cette nuit-là, le Petit Marigny rouvrit pour un bref happening consacré à l’audition de cette œuvre mystérieuse de Borand pour un petit public d’initiés. On ignore si Borand était déjà rentré des Etats-Unis, on suppute que pour une raison ou une autre, de Staël fut présent. De source officieuse, on sait que la soirée se prolongea ensuite jusqu’au petit matin dans les catacombes de Paris, mais sans Borand ni de Staël, cela a été vérifié paraît-il grâce à une série de clichés pris sur place à laquelle votre serviteur n’a malheureusement pas eu accès. Une fois de plus, aucune preuve formelle n’atteste ni du deuxième concert, ni de la présence de NDS à ce second concert. Seule la soirée cérémoniale des catacombes est avérée, mais elle peut tout à fait avoir eu lieu sans aucun concert préalable. L’honnêteté et le souci d’une exhaustivité toujours vaine nous ont poussé néanmoins à témoigner de cette rumeur ensuite vite étouffée.

En Octobre 1956, Messiaen entame la composition de son vaste cycle pianistique du Catalogue d’Oiseaux, qui le tiendra occupé jusqu’en 1956. En 1957, Borand crée Huit. On sait juste que Théodore Adrenasky, le célèbre critique du Défi à l’époque, victime en 1958 d’une chute malencontreuse sous une rame de métro, dira en guise d’unique commentaire qu’il regretterait “tout le reste de sa vie” d’avoir assisté à ce concert, qu’il refusa à l’époque de chroniquer dans les colonnes de son quotidien. Parallèlement, on sait de source aussi sûre qu’obscure qu’à la même époque, LFB a commencé à travailler sur son grand œuvre, Longue Mort au Roi. Personne ne semble avoir entendu cette œuvre, les rumeurs les plus folles circulent néanmoins sous le manteau du mystère et de la peur dans les cercles les plus initiés. Il y serait question de lugubres chants d’oiseaux, à nouveau et forcément, ainsi que d’une mystérieuse cloche. Nous ferons peut-être une communication ultérieure consacrée à ce sujet unique.

Puis les choses se précipitent. En un ultime clin d’œil maléfique du destin, Olivier Messiaen perd son père le 26 juin 1957. Le 12 novembre de la même année, Borand meurt renversé par une voiture avenue d’Italie.

Les spécialistes ne cessent de s’interroger sur les circonstances encore aujourd’hui mystérieuses de ce décès, qui ne manque pas d’évoquer par prémonition celui de Roland Barthes en mars 1980 suite à un accident similaire de la circulation parisienne le 25 février 1980. N’oublions d’ailleurs pas qu’un chapitre des fameuses Mythologies de Barthes, rédigées entre 1954 et 1956 et parues faut-il le rappeler en 1957 aux éditions du Seuil, devait initialement s’intituler Borand l’Américain, ange maudit.

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Ce texte, connu par les exégètes comme le “54e mythe” du philosophe, fut mystérieusement retiré de l’édition finale du Seuil à quelques semaines de la publication de l’ouvrage, sans qu’il soit aujourd’hui possible d’en retrouver la trace tant dans les archives de l’écrivain que dans celles de l’éditeur. On raconte aussi qu’en octobre 1979, sur France Musique, invité de la célèbre émission de Claude Maupomé Comment l’entendez-vous ? pour parler de Robert Schumann, Roland Barthes fit une courte digression sur l’influence du “dernier Schumann” sur le “Borand d’après-guerre”, ce qui ne manque pas de sel (ni de poivre s’agissant de Borand) lorsque l’on sait que le dernier Schumann est mort en 1856, interné dans l’asile du Dr Richarz à Endenich, près de Bonn, donc dans le sud de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie » (mes neveux — le destin et la volonté nous ayant heureusement épargné une descendance directe — ajouteraient : “Moi je dis ça je dis rien” !).

Pourtant, il est impossible de retrouver cet extrait de la conversation, manifestement coupé au montage du Podcast actuellement consultable sur le site de l’INA. Il n’en est pas plus fait mention lors des fameux colloques Barthes et la Musique des 3, 4 et 5 juin 2015 à Singer Polignac, consultables sur le site de la fondation, et dont deux des conférences étaient consacrées à Barthes et Schumann.

Votre serviteur s’est longuement interrogé lui aussi sur la disparition aussi brutale que mystérieuse de Borand, d’autant plus à l’aune des récentes découvertes dites de Bourges. Après vérification, Olivier Messiaen ne se trouvait pas à Paris ce jour-là, il est prouvé qu’il était dans sa région grenobloise en train de composer. Une zone d’ombre demeure sur l’emploi du temps d’Yvonne Loriod sur le jour de l’accident et celui qui précède, nous sommes en cours de vérification et ne manquerons pas d’amender ultérieurement cette publication si nécessaire.

In memoriam LFB

Borand disparu, c’est comme si le destin devait achever son œuvre et Messiaen poursuivre la sienne : le 15 avril 1959, Yvonne Loriod crée son monumental (plus de 2h40 de musique) Catalogue d’Oiseaux salle Gaveau. La semaine suivante, Claire Delbos décède dans un hôtel psychiatrique des Hauts-de-Seine. Après les obsèques de son épouse, Olivier Messiaen retourne immédiatement s’enfermer dans son travail.

En 1961, Olivier Messiaen épouse Yvonne Loriod.

Il est inutile de poursuivre là la narration du destin extraordinaire du grand maître du XXème siècle, en tout cas cette narration n’a pas sa place ici : Les Couleurs de la Cité Céleste (1964) une nouvelle fois en référence à l’Apocalypse,

Et Expecto Resurrectionem Mortuorum (1965) qui célèbre les morts des deux guerres mondiales,

ou l’inattendu Des Canyons aux Étoiles (1974) et son étonnant mouvement Appel Interstellaire, ou son monumental opéra Saint-François d’Assise en 1975 sont aujourd’hui considérés comme des chefs d’œuvre et des jalons incontournable de l’histoire de la musique.

Olivier Messiaen s’éteint le 27 avril 1992 à l’Hôpital Beaujon de Clichy. Yvonne Loriod n’aura de cesse d’entretenir la mémoire et la postérité de son époux, tant par son enseignement que par ses concerts. Elle décède à son tour le 17 mai 2010 à Saint-Denis.

Le négatif de l’autre

Nous avons finalement le sentiment qu’encore plus de questions se posent au sortir de cette analyse qu’avant que nous ne prenions connaissance des découvertes conséquentes à la liquidation judiciaire de la Maison de Repos des Lilas. Plusieurs voix essentielles nous manquent bien sûr : Borand a laissé très peu de témoignages, Olivier Messiaen n’a jamais fait mention du “petit maître de Bourges”, Yvonne Loriod (que nous avons bien connue, mais malheureusement avant la publication de la correspondance de Borand et Parnassieux) non plus.

Car une question fondamentale demeure, elle reste sans fondement aucun, mais une des réponses possibles pourrait faire basculer le cours de l’analyse de l’histoire de la Musique : Messiaen a-t-il ignoré jusqu’au dernier jour l’existence de ce médiocre puis ténébreux concurrent, comme tout le laisse à penser, ou au contraire le connaissait-il parfaitement ? Cette question est fondamentale car tout oppose les musiques de Borand et de Messiaen. Qui est l’antithèse, qui est le négatif de l’autre ? Borand a-t-il développé son œuvre en fonction de l’acrimonie conçue à l’encontre de l’époux de Claire Delbos dès 1936 ? Ou Olivier Messiaen a-t-il sciemment développé une œuvre faite de lumière, de couleurs, de chants d’oiseau et de foi catholique pour conjurer la noirceur et la désespérance de son concurrent ?

C’est comme si dans la galaxie de la musique humaine ou créée par l’homme, deux puissances fondamentales s’affrontaient : l’astre puissamment solaire d’Olivier Messiaen, et le ténébreux et terrible trou noir crée par Borand, fait d’anti-matière et de douleur. Et répondre aux questions que nous nous posons encore permettraient peut-être d’anticiper l’avenir de cette galaxie : poursuivra-t-elle son expansion lumineuse ou sidérale, où sera-t-elle inéluctablement aspirée vers le néant ?

Théophile de Saint-Valet

 

La Diatonie maladive (2)

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Yves Figuier a profité de son voyage en TGV pour éplucher tout ce qu’il a pu trouver sur Louis-Félicien Borand, compositeur dont deux œuvres ont été citées par Julien Dérimet, le SDF qui a avoué le meurtre de l’ingénieur Thierry Filioux.

Ce simple fait est déjà assez étrange, estime le détective, car même dans le milieu de la musique classique, Borand n’est connu que des amateurs, lesquels se divisent en deux camps : ceux qui considèrent qu’il a donné toute sa mesure avant la guerre et qu’il s’est ensuite perdu dans des expérimentations qui ne méritent même pas le nom de musique, et ceux qui, au contraire, soutiennent que c’est après la guerre que son talent a véritablement explosé, offrant alors au monde des œuvres uniques et formidablement avant-gardistes.

Figuier, dont les goûts musicaux ont souvent tendance à exaspérer son vieil ami et ancien partenaire Robert Trombonard [1], penche plutôt pour la deuxième école. Quoi qu’il en soit, il suffit d’un coup d’œil à la biographie de Borand pour admettre une évidence : la guerre, pour l’artiste, a été synonyme de rupture stylistique majeure…

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Louis-Félicien Borand est né à Bourges en 1910, dans une famille bourgeoise. Son père, Marcel, lui-même compositeur (pour l’essentiel d’oratorios et de pièces à caractère religieux d’un classicisme assumé), est pour le jeune Louis-Félicien, fils unique, un véritable tyran. Il l’oblige à étudier le piano et le chant dès l’âge de 5 ans (réformé pour raisons de santé, Marcel Borand, bien que s’étant porté volontaire, ne sera finalement mobilisé qu’en octobre 1918). Il l’inscrit à l’école nationale de musique de Bourges dès sa fondation en 1921, où le père devient d’ailleurs professeur de solfège et de musicographie, et où le fils donnera plus tard des cours de piano.

C’est donc malgré lui que Louis-Félicien Borand devient musicien professionnel. Il compose et publie ses premiers travaux dans l’indifférence générale, comme Élégie du printemps, poème symphonique, en 1934, et Nisus et Euryale, opéra en un acte, en 1935. La critique l’ignore, même après sa montée à Paris, où il semble qu’il ait tenté de rencontrer Francis Poulenc. Pire encore, son père rédige au sujet de Nisus et Euryale un billet incendiaire dans La portée biturige, revue trimestrielle réservée aux amateurs de musique classique et qui paraît à Bourges de 1899 à 1942.

Borand le jeune s’entête et s’essaie à tous les styles : après son unique symphonie, dite « du Père » (1937), qu’il dirige lui-même (« maladroitement, » d’après son géniteur, dans La portée biturige), et qui semble calquée sur Berlioz, il produit l’année suivante des Pièces pour clavecin dont on jurerait qu’elles ont été écrites par Rameau. Peu à peu, Louis-Félicien se taille la réputation, dans le milieu fermé des compositeurs, de n’avoir qu’un don, celui d’imiter. Ce que confirme la création de son deuxième poème symphonique, Les faunes, en 1938, parfaite réplique des premières œuvres de Debussy.

Jusque-là, toute son œuvre n’a apparemment eu d’autre but que de se concilier un père hautain et manifestement peu soucieux d’encourager son fils. En vain. C’est alors qu’en septembre 1939, Louis-Félicien Borand est mobilisé au sein du 95e régiment d’infanterie. Tout au long de la drôle de guerre, il continue à composer, et écrit régulièrement à ses parents. Seule sa mère lui répond.

Le 19 mai 1940, il est fait prisonnier par les Allemands dans le nord de la France, avec les débris de son unité. Un temps cantonné dans un Stalag en Westphalie, c’est là que l’on perd sa trace. Après la guerre, il affirme avoir simplement fait partie de l’orchestre de chambre formé par certains des prisonniers, ce que confirment les témoignages de quelques anciens du camp où il a été interné en juin 1940, le Stalag VI-K. Mais d’autres anciens disent ne l’avoir jamais vu.

De retour en France, c’est un homme amaigri et distant qui s’installe à Paris. Il rompt tout contact avec sa famille (il ne viendra même pas assister aux obsèques de son père, en 1949), et se met au travail sur des œuvres d’un genre résolument différent. Si, dès la première d’Hamadryas 38, en 1946, d’aucuns vont vouloir y retrouver sa tendance au « mimétisme musical », l’accusant entre autres de plagier Varèse et son Ionisation, à la sortie de son deuxième opus de l’après-guerre, Chants de colère et de métal, les détracteurs se taisent. Ce que propose en effet Borand est désormais si « autre » que la majorité des critiques préfèrent se désintéresser de lui, ne voyant en lui qu’un « faiseur de bruit » (Paul-Marie d’Entrelais, in Cahiers musicologiques, XLVIII, 17, 323-335, 1947).

Avant-guerre, sans doute toujours mû par son désir d’être reconnu par son père, Borand le jeune s’était également essayé à la critique. Il avait publié dans diverses revues, dont La portée biturige, s’en prenant par exemple avec virulence à l’ensemble de l’œuvre et au personnage même d’Albéric Magnard. À son retour en France, il ne semble vouloir se consacrer qu’à la composition. Ses œuvres sont données à Stuttgart, New York et Paris, et saluées par une critique élitiste absolument médusée. L’artiste lui-même se montre peu et communique encore moins. En 1949, il se rend à Seattle pour la première de Lamento di Zêta. En 1950, In a XiXi Glass, « pièce pour objets de verres », n’est jouée qu’une seule fois, à Bruxelles, et tétanise littéralement le public.

Après Fractured View, en 1951, le compositeur français part en tournée aux États-Unis de 1952 à 1955. Rentré en France, il produit coup sur coup deux autres œuvres encore plus inclassables, La Forêt par-delà le bleu, en 1956, et Huit, en 1957. C’est alors qu’il travaille à un opéra-fleuve intitulé Longue mort au Roi (qui débutait par un interminable et terrifiant solo de cloche grave) qu’il meurt, renversé par une voiture avenue d’Italie, le 12 novembre 1957.

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Figuier en est encore à ruminer tout ça quand il descend du car, sur la place de la mairie d’Enzêches. Là, il est accueilli par un Morvandec à la mine déconfite.

— Eh ben, cache ta joie… lui déclare-t-il après avoir récupéré sa valise dans la soute. T’en tires, une tronche.

— Tu vas pas me croire, lui répond le commissaire. Y a une nana d’Europol qui vient juste de débarquer.

— Europol ?

— Apparemment, Dérimet serait un tueur en série. Ou un copycat, comme elle a dit…

 

[1] Qui n’apparaît pas dans cette histoire. Depuis quelques années, Trombonard s’est installé à Bucarest où il exerce lui aussi le métier (qui l’ennuie), de détective privé. Certaines de ses enquêtes feront elles aussi l’objet de romans, comme expliqué ici.

 

La Diatonie maladive (1)

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Un TGV file en direction du sud-est, vers Valence.

À son bord, un personnage que certaines et certains d’entre-vous connaissent bien, puisqu’il s’agit d’Yves Figuier, détective privé de son état [1].

Il est loin d’avoir atteint sa destination. Une fois arrivé à la gare de Valence-TGV, il devra prendre une navette qui, après une heure de route, le déposera devant la mairie d’Enzèches, chef-lieu de canton du célèbre Val d’Enzèches.

Il y est attendu par un vieux camarade, le commissaire Morvandec, patron de la police de ce gros bourg d’une vingtaine de milliers d’habitants, réputé pour la beauté de ses panoramas touristiques, sa gastronomie (comme la célèbre “fillette d’Enzèches”, une saucisse sèche, ou encore la garrotée, ou potée enzéchoise) et son industrie gantière.

Réputé aussi pour son calme, théoriquement. Sauf que là, la paisible cité bourgeoise sise sur les rives de l’Alaune vient de vivre de terribles journées. En effet, un jeune ingénieur lyonnais de 27 ans, Thierry Filioux, y a été retrouvé mort, gisant dans les fourrés du Parc Mesnard, un bel espace vert situé en plein centre-ville.

Filioux a été violenté et massacré dans des conditions abominables.

Il n’a pas fallu longtemps à la police de la région pour identifier le suspect, tant ce dernier n’avait pris aucune précaution. Très vite, elle a interpellé un certain Julien Dérimet, déjà connu des services de police pour vagabondage, menus larcins et attentat à la pudeur.

Au bout de dix heures de garde-à-vue, Dérimet a tout avoué. L’enquête a donc officiellement pris fin, l’assassin attend maintenant de passer devant les juges, l’affaire est réglée.

Mais pas pour Morvandec. Les enquêteurs départementaux repartis, il s’est retrouvé seul dans son modeste commissariat. Seul avec ses questions, auxquelles ses collègues n’ont prêté aucune attention.

Car, quand Dérimet est passé aux aveux, il a également donné la raison de son crime : s’il a tué Filioux, a-t-il affirmé, c’était “à cause de la musique”. Morvandec a bien essayé d’en savoir plus, mais la machine judiciaire était déjà marche, elle avait un coupable, des aveux, des preuves solides, pourquoi traîner davantage. Tout ce que le commissaire d’Enzêches a pu glaner, ce sont les noms de deux œuvres, dont il s’est aussitôt demandé comment un paumé comme Dérimet pouvait en avoir entendu parler, et même prétendre que ces morceaux résonnaient “dans sa tête”, au point de le pousser à massacrer un jeune homme de passage.

Hamadryas 38 et Chants de colère et de métal. Deux cantates étranges, composées par un auteur méconnu du grand public, Louis-Félicien Borand.

Dérimet étant derrière les barreaux, l’affaire était résolue, Morvandec n’avait plus aucune raison de continuer à s’y intéresser. Mais cette histoire de musique l’a perturbé. Il s’est d’abord contenté de chercher le nom de Borand sur Google, est tombé sur la page Wikipédia qui lui est consacrée, et en a déduit qu’il était tout à fait anormal que Dérimet ait pu citer ces deux œuvres.

Il s’est alors tourné vers la seule personne qui, parmi ses amis, s’y connaissait suffisamment en musique classique pour l’éclairer : Yves Figuier, détective privé en cessation d’activités, replié en Bretagne. Qui, stimulé par l’énigme du lien entre Borand et Dérimet, a accepté de sortir de sa retraite.

D’où sa présence à bord du TGV qui file vers Valence…

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Dans un prochain billet, je vous en dirai plus sur l’étonnante carrière de Louis-Félicien Borand, compositeur né à Bourges en 1910, mort à Paris en 1957.

 

[1] Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce cher Figuier, je renouvelle mon offre, déjà formulée dans un billet précédent : si vous voulez en savoir plus sur les aventures de Figuier et de son associé Robert Trombonard, je tiens à votre disposition, sous forme de fichiers Word, les deux premiers tomes de leurs enquêtes. Contactez-moi ici, ou en message privé sur Facebook, et je me ferai une joie de vous les envoyer.

Où l’on reparle de l’Épouse…

Curieux comme l’imaginaire fonctionne.

Comme il veut, à vrai dire et surtout. Je ne peux, au mieux, que le stimuler et l’aiguiller, mais il n’en fait quand même qu’à sa tête.

Il suffit parfois d’une rencontre pour rouvrir tout un axe de réflexion. Ce qui vient de m’arriver. Depuis, sans lâcher pour autant ce que je fais par ailleurs sur L’Été de la Reine, Terre promise et L’Ombre du Lombric, je me suis donc aventuré de nouveau sur une voie périlleuse (pour ma santé mentale, et la vôtre aussi sans doute), celle de L’Épouse à somme nulle.

Comme je le disais à l’époque, cette histoire-là, si elle est très romantique — on ne se refait pas —, comporte aussi bien des passages sinistres, pour ne pas dire tout bonnement affreux, voire gore. Étrange, par conséquent, que le très beau moment vécu hier m’ait subitement engagé dans cette voie-là.

En réalité, non, c’est assez logique. Car aussi terrifiante que soit cette histoire, elle reste avant tout un récit où l’on croise des gens capables de sauver le protagoniste de l’enfer auquel il semble condamné. Des gens liés à cette fameuse rencontre.

Côté musique, pour conclure ce court billet, la playlist de L’Épouse a évidemment évolué. Elle faisait 2 H 40 et comptait 25 morceaux en juillet. Aujourd’hui, elle dure 3 H 22 et regroupe 33 morceaux. S’y sont rajoutés quelques titres supplémentaires de Carbon Based Lifeforms et la BO du film britannique Welcome to the Punch.

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Alors, voilà, je sais, il n’y a plus qu’à. Jusqu’à la prochaine rencontre…

La musique en mots

Entre deux histoires, faisons une pause. Musicale. Enfin, pas tout à fait. Disons que nous allons parler de musique.

Car la musique occupe une place essentielle dans mes récits. Je crois même que sans elle, je n’écrirais tout simplement pas.

Autrement dit, en presque quarante ans, la musique est devenue pour moi totalement indissociable de l’acte même d’écrire.

Comment ça marche ? De mon point de vue, c’est très simple. Parfois, des idées mes viennent, et je ne tarde alors pas à trouver une musique qui leur correspond. Parfois, c’est l’inverse : je découvre un morceau, et il m’inspire des images.

J’ai la chance d’avoir dans la tête une super salle de cinoche avec une sono d’enfer, et je n’ai qu’à me mettre de la musique pour qu’aussitôt des scènes entières soient projetées sur mon écran interne. Après, écrire tout ça est un jeu d’enfant.

Photo 4 - Salle de projection 1

Bienvenue dans ma tête…

La musique contribue donc à l’élaboration de mes histoires. Ensuite, certains morceaux deviennent des “thèmes”, qui correspondent à des personnages précis. D’autres vont me permettre de décrire des moments. D’autres encore constituent une ambiance.

J’ai toujours du mal à répondre quand on me pose la question : qu’est-ce que tu écoutes comme genre de musique ? Parce que j’écoute un peu de tout, même si j’ai une prédilection pour la musique électronique et pour les romantiques tardifs. Pour vous donner une idée plus claire de mes univers musicaux, le mieux est que je vous décrive plus en détail quelques-unes des playlists que je me “compose”. À chacun de mes livres, ou projets de livres correspond une, voire plusieurs playlists.

Par exemple, pour la plus ancienne de mes sagas, intitulée Beneagel, qui se déroule dans un univers fantastique situé dans l’Eurasie du Pléistocène, il y a environ 100 000 ans, un monde riche en forteresses sinistres, en charges de cavalerie et en puissances des ténèbres, les musiques sont généralement “planantes” (un terme que je n’aime guère) ou symphoniques.

Un peu comme ça :

Ou ça :

Autre exemple, la “bande-son” de la série Chemins de croix, un truc en six tomes où l’on suit quelques détectives privés et autres mercenaires qui galopent derrière un joli fantôme un peu insaisissable. Là, forcément, les musiques sont plus urbaines, et les playlists comprennent des choses aussi diverses que ça :

Ça :

Et ça :

Dans un texte précédent, j’ai déjà évoqué les livres que je suis en train d’écrire et qui se passent en Ukraine et en Roumanie d’aujourd’hui, et j’y donnais là encore quelques échantillons de ce que j’écoute (souvent en boucle) quand je travaille sur ces histoires.

Enfin, dans les deux sagas qui sont censées conclure toutes mes histoires, Les contes de l’Auberge et En Bleu et Vert, on retrouve aussi bien des morceaux descriptifs, symphoniques ou inquiétants, comme ceux de Beneagel, que de la pop, du rap, du rock. Il suffit alors de secouer énergiquement, pour bien mélanger le tout, et il n’y a plus qu’à écouter.

Même les aventures du sympathique petit lieutenant Jouk, que vous avez peut-être lues si vous venez ici de temps à autre, ont droit à leur musique.

Je rêve, un jour, de pouvoir commercialiser un produit qui serait à la fois livre et musique. Je rêve même de proposer à des artistes de composer non des musiques de films, mais des “musiques de livres”.

En attendant, c’est un ami, complètement fou lui aussi, même si sa folie est très différente de la mienne, qui a, je crois, trouvé la plus jolie formule pour définir ce lien que j’ai établi entre musique et écriture. “Tu transformes la musique en mots,” m’a-t-il dit.

C’est exactement ça.

Une trilogie bucarestoise

Une nouvelle idée.

Qui permet de recycler de l’ancien. Tout en faisant du nouveau. Ce qui, après tout, est plus ou moins la recette de base de la création, non ?

On s’en fout. Le temps est venu pour moi de vous parler de L’ombre du Lombric. un truc pas drôle du tout, et pourtant.

Un truc un peu barré qui, je l’espère, ira aussi loin que mon ami Marc* voudra bien le porter.

Bref. Le hasard des rencontres, des passions, et voilà.

Cette fois, nous sommes à Bucarest, de nos jours. Un serial killer se met soudain à ébranler la quiétude d’une des capitales les plus sûres d’Europe, contrairement à ce qu’on pourrait croire.

Un détective privé français (oui, je sais, qu’est-ce qu’il fait là ?) se retrouve impliqué. Ce qui nous emmène là :

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Ou encore là…8426878883_531613727d

Alors, bon, le titre parle de trilogie, donc, même si ladite trilogie s’annonce “bucarestoise”, on ira aussi se promener plus au nord, dans les Carpates, forcément…muntii-leaota-din-carpatii-meridionali

Et, à un moment donné, le sinistre passé communiste nous rattrapera, comment lui échapper ?

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Mais notre héros, cet étrange quinquagénaire qui aura élu domicile dans le “petit Paris des Balkans”, aura d’autres préoccupations.

Des préoccupations qui le regarderont un peu de cet air-là :

Hazel_EYEs_by_poetic09starEh oui, dans la région, les yeux verts sont courants, et ils ne pardonnent pas.

Dans le doute, notre héros, un peu dépassé par la folie ambiante, pourra toujours compter sur son vieil allié…

mauser c96 flatside cal 30-01Lequel reste la meilleure façon de régler les problèmes.

Jusqu’à ce qu’un regard vert de trop vienne perturber ce bel équilibre…

Et musicalement, nous passerons de la Roumanie la plus ancestrale…

…à la plus romantique…

…pour atteindre la plus… moderne ?

Si vous écoutez bien, si vous avez la patience d’écouter, en effet, car, pour les gens normaux, pas les fous comme moi, it’s an acquired taste. Moi, j’ai aimé leur musique d’emblée. Bref, disais-je, si vous écoutez bien, vous sentirez à quel point l’âme de ce peuple est dans sa musique.

Quoi qu’il en soit, pour les plus curieux d’entre vous, un peu de courage : le temps d’écrire tout ça, et vous pourrez la découvrir, ma trilogie bucarestoise !

Le temps pour l’auteur de ces lignes d’aller s’imprégner de tout ça sur place, et ce sera chose faite…

* Attention, j’ai un autre ami Marc, beaucoup plus ancien, éternel guerrier et magicien, qui mériterait, à lui seul, comme quelques autres, que je lui consacre un blog entier ! Ce qui pourrait bien arriver, d’ailleurs.

Le Roi de soufre — un peu d’ambiance

Comme je l’annonçais précédemment, ceux d’entre-vous qui ont lu La Fiancée noire vont pouvoir retrouver ladite “fiancée” et ses malheureux soupirants dans la suite de leurs aventures, Le Roi de soufre — Révolution.

Le contexte de ce tome est relativement simple, puisque tout se passera à Kiev, essentiellement de novembre 2013, début des manifestations sur Maïdan, la Place de l’Indépendance, à mars 2014, quand l’armée de la Fédération de Russie a froidement entrepris d’annexer la presqu’île de Crimée.

Autrement dit, de là…

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© Genya Savilov/AFP

…à là…

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© AFP/Getty

Ensuite, dans le troisième et dernier tome, Le Roi de soufre — Comme l’orage, les héros poursuivront leur quête, avec toujours en toile de fond les événements en Ukraine.

Ils seront amenés à se rendre d’abord dans le centre-est du pays, où ils découvriront ce que savent, mais cachent ces étranges statues :

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Enfin, il leur faudra entrer en Russie pour régler quelques comptes, mais pour y parvenir, ils devront d’abord traverser ça :

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Sur le plan musical, les ambiances seront également diverses, puisqu’elles iront de choses aussi absurdes que ça…

…à d’autres, tout aussi ukrainiennes, mais un peu plus graves…

…ou encore à ça, quand les héros seront perdus dans la steppe :

Voilà, en gros, un bref aperçu des couleurs et des sons du Roi de soufre. Et, promis, je vous ferai bientôt une présentation du même type pour ce fameux “Lombric” roumain dont je ne vous ai pour l’instant encore rien dit.

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