L'Œil de Saphir et autres contes

Des mondes à conquérir, ou à reconquérir

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Le retour de la Fiancée noire

La Fiancée noire. Un drôle de titre, pour une drôle d’histoire, qui m’est en fait venue il y a déjà un moment. En 2010, pour être plus précis.

L’idée était de raconter une enquête policière un peu particulière, mettant en scène un personnage imaginé par ma fille pour ses propres projets, qui se passait à Kiev un an après l’Euro-2012 de foot, et qui dérapait rapidement vers le fantastique parce que moi, les polars, pour tout vous dire, ce n’est pas vraiment mon truc.

Mon éditeur de l’époque, après des péripéties un peu foireuses sur lesquelles je préfère ne pas m’étendre (parce que ce n’est pas confortable : vous avez déjà essayé de dormir sur des péripéties, vous?), a fini par ne pas le prendre.

Et en juillet 2012, je me suis retrouvé comme un con avec la moitié du texte achevée et aucun espoir de le publier. Sauf qu’Iryna Dmytryshyn, directrice de la collection Présence Ukrainienne, chez L’Harmattan, a eu, elle, la gentillesse de l’héberger, ce pauvre bouquin.

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Ainsi la Fiancée noire a-t-elle pu presque officiellement faire régner la terreur dans ces quelques pages et dans les rues de Kiev par la même occasion.

Le récit n’était pas terminé, j’étais censé écrire la suite, qui se serait intitulé Le Roi de soufre. Et là, rien. Non, pas la page blanche. Comme le polar, ce n’est pas trop mon truc. Non, ce qui s’est passé, c’est Maïdan, à partir de novembre 2013. Et là, je me suis aperçu que mon histoire ne pouvait continuer comme je l’avais conçue au départ. Je ne pouvais décemment en poursuivre la rédaction sans intégrer en toile de fond les événements qui, bientôt, allaient ensanglanter cette chère et malheureuse Ukraine.

Alors, le Roi de soufre a dû patienter, tandis qu’en Ukraine, une traduction du premier tome se préparait.

Deux ans ont passé… Et Iryna, encore elle, m’a il y a peu tiré de ma torpeur, en m’annonçant deux choses : d’une part que la version ukrainienne de la Fiancée noire allait enfin sortir, et que l’éditeur ukrainien se demandait où j’en étais de la suite.

Par conséquent, me voilà parti pour raconter la suite des sanglantes aventures de la Fiancée et du Roi, sur fond de révolution, dans un deuxième volume évidemment intitulé Le Roi de soufre — Révolution.

Je réfléchis déjà à un troisième tome, Le Roi de soufre — Comme l’orage, qui se déroulera dans l’est de l’Ukraine pendant la guerre. Et cette fois, l’histoire de la Fiancée et du Roi trouvera sa conclusion.

 

Dans un prochain billet, je vous parlerai d’un autre projet tout aussi dingue, L’ombre du Lombric, qui se passera, cette fois, à Bucarest.

Une brève histoire de l’Œil (1)

Le temps des Dieux

 

Quand notre campagne, intitulée “Reconquête”, débutera, nous serons en l’année fictive 2040, dans une chronologie parallèle à la nôtre.

Mais tant pour les vétérans du monde de l’Œil que pour les nouveaux (bien)venus, un rappel historique, je pense, s’impose.

Car l’histoire des civilisations humaines et autres qui se sont succédé, et souvent bousculées, sur cette lune remonte à bien plus loin que leurs équivalents terrestres.

Tout commence il y a cent mille ans. C’est à cette époque préhistorique que les Odrrons, peuple vivant alors sur Kéron, auraient vu “s’ouvrir l’Œil de Saphir”. Mais les Odrrons (sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir) sont les seuls à entretenir ce mythe.

Pour la plupart des peuples de l’Œil, leur monde a toujours existé, tout comme l’immense planète autour de laquelle il tourne. La tradition populaire fait généralement remonter l’avènement des civilisations que nous connaissons actuellement sur l’Œil de Saphir à l’an 5000 avant notre ère. À en croire les archives du plus ancien État de notre lune, l’empire du Sud-Nibda, c’est à peu près à cette date que se situe la fondation du Premier Empire.

Pour savoir ce qui a pu se passer, on ne peut s’appuyer que sur les mythes, les légendes et les religions des divers peuples de ce monde.

Selon les multiples croyances, l’univers aurait été créé par Moz, en lutte éternelle contre son antithèse, NSO. Un des fils de Moz, Shaddaï, aurait donné naissance à une race d’être si puissants qu’ils maniaient la pierre comme l’homme le fait des métaux, et qu’ils maîtrisaient toutes les énergies, en faisant armes et vaisseaux. Les Shaddaïtes, plus connus sous le nom de “Dieux-serpents”, se lancèrent à la conquête des étoiles depuis leur monde d’origine, dont nul ne sait où il se trouvait. Cette race conquérante était crainte de tous, et il est dit que même NSO les redoutait.

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Tentative de reconstitution d’une Shaddaïte, d’après les témoignages, balbutiants et incohérents, de voyageurs qui prétendent l’avoir croisée dans les montagnes du centre d’Anibda. Ce qui est évidemment impossible, tout le monde sait que les Dieux-serpents ont disparu. Si même ils ont jamais existé… © Archives impériales, Andamius-la-Souterraine.

Ils régnèrent sur l’univers pendant des millénaires, colonisant des milliers de mondes, y compris Kéron, Mars, et même la Terre. Mais en secret, NSO préparait sa riposte. Et c’est ainsi, rapporte-t-on, que le Seigneur du Chaos finit par maudire les Dieux-serpents. Dès lors, ces féroces créatures n’eurent pire adversaire qu’elles-mêmes. À l’apogée de leur domination, leur plus puissant souverain, resté dans les légendes sous le nom d’Empereur Fou, entama la lente mais méthodique destruction de ses propres sujets. Jusqu’à ce que l’ultime survivante de ce peuple mythique, une jeune guerrière, soit blessée et disparaisse ici, sur nos rives.

C’était, assurent les chroniqueurs odrrons, il y a plus de quinze mille ans.

En disparaissant, les Dieux-serpents auraient laissé un monde désemparé. En particulier sur l’Œil de Saphir qui, au fil du temps, était devenu leur capitale, ou leur centre de commandement pour leurs grandes expéditions à la conquête de l’univers.

Là, les peuples se divisaient en trois catégories : les Intendants (ou Rûn), des humains formés par les dieux à gérer leurs immenses propriétés et leurs troupeaux ; les Serviteurs (ou Thâ), des humains qui tenaient les maisonnées des dieux ; et les Esclaves, autrement dit, toutes les autres races (humains, nains, gnomes, gobelins, orques, ogres et centaures, pour ne citer que les plus connus).

Les Rûn et les Thâ ne purent se résoudre à la disparition de leurs maîtres. Se considérant comme les héritiers légitimes des dieux, ils entreprirent d’une part d’en préserver le domaine et d’autre part de tout faire pour qu’ils reviennent. En sacrifiant les Esclaves par dizaines de milliers sur leurs autels. Mais les dieux ne revinrent jamais.

Une guerre éclata entre Rûn et Thâ, et ce furent ces derniers qui l’emportèrent, chassant leurs frères ennemis de la surface du monde. Bien des légendes racontent que les Rûn se seraient réfugiés dans les entrailles de l’Œil où, abâtardis et pervertis, ils ourdiraient encore de nos jours de sinistres complots contre l’humanité.

Le règne des Thâ fut sans pitié, à tel point que toutes les races qu’ils avaient asservies finirent un jour par se révolter. Et les Thâ, à leur tour, disparurent, engloutis par les horreurs qu’ils avaient provoquées, balayés par une immense révolution planétaire.

Quand le dernier des Thâ eut été anéanti, les vainqueurs et nouveaux maîtres de l’Œil, hommes, nains, gnomes, gobelins, orques, ogres et centaures, se partagèrent le monde. Des royaumes se firent et se défirent, et c’est là que commence l’histoire officielle de notre monde, il y a près de sept mille ans.

 

Vous en saurez plus dans le prochain chapitre :

Une brève histoire de l’Œil (2)

Empires et démons

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